Musique

Nigeria : les superstars de l’afrobeats mobilisées contre les violences policières

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Le chanteur Davido au festival de musique Kaya, à Miami, États-Unis, le 20 avril 2019.

Le chanteur Davido au festival de musique Kaya, à Miami, États-Unis, le 20 avril 2019. © JLN Photography/REX

Jusqu’ici globalement peu politisés, les ténors de la pop nigériane Wizkid, Davido ou Tiwa Savage mettent aujourd’hui leur popularité au service du mouvement #EndSARS contre la répression policière.

Le drapeau vert et blanc du Nigeria maculé de taches de sang… La photo, choquante, résume la répression de la manifestation du mardi 20 octobre contre les brutalités policières à Lagos. Et si l’image a fait le tour du Net, c’est aussi grâce aux chanteurs de l’afrobeats. Yemi Alade, Mr Eazi… Tous ou presque l’ont partagée sur leur compte Instagram, avec des commentaires forts. Davido résumant sa détresse dans un cri : « THEYRE KILLING OUR PEOPLEEEEEEEEE. »

Capitalisme apolitique

On pourrait s’étonner de cette mobilisation sans précédent des stars de l’afrobeats. À l’inverse de leur compatriote Fela, créateur de l’afrobeat avec Tony Allen dans les années 1970, les nouveaux ténors de la scène musicale nigériane n’ont jusqu’ici pas brillé par leur engagement. À travers ses sapes, son décorum bling bling, la mise en scène de la réussite sociale, l’afrobeats est une célébration enjouée d’un capitalisme apolitique.

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THEYRE KILLING OUR PEOPLEEEEEEEEE

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Fela était violent parce que la société était violente avec lui

Il y a bien sûr quelques individualités fortes comme Burna Boy, qui se voit comme un héritier du « Black President » Fela, et qui a dénoncé à longueur de lyrics le manque d’eau et d’électricité, la corruption des élus, et, déjà, la répression policière. Mais les autres chanteurs préféraient généralement susurrer des bluettes ou vanter les millions sur leurs comptes en banque en accord avec les fantasmes de leurs fans. « Fela était violent, en colère, parce que la société était violente avec lui », nous confiait en résumé dans un entretien en 2018 Mr Eazi, qui ne sentait pas à l’époque la même rage l’habiter.

Le mouvement Black Lives Matter a mis fin à cette neutralité de bon aloi. Il a été très suivi et relayé par les artistes nigérians, qui ont souvent un pied aux États-Unis (Davido est né à Atlanta) ou qui y donnent régulièrement des concerts. Mais le mouvement contre les brutalités policières au Nigeria a relevé d’un cran leur mobilisation. Ce qui est d’autant plus logique pour des chanteurs jeunes (Wizkid a 30 ans, Burna Boy 29 ans, Davido 27 ans…), en phase avec leur public qui se trouve en première ligne des répressions dans les manifestations.

Combat de la communication

Au-delà du partage d’images et de mots d’ordre des manifestants, les superstars cherchent à peser de tout leur poids dans le bras de fer avec les autorités nigérianes. Sur les réseaux sociaux, Tiwa Savage a ainsi lancé un appel à Beyoncé, avec laquelle elle a travaillé sur le projet « Black is King ». « Je veux qu’ils utilisent correctement leur voix pour défendre le pays qui a donné naissance à l’afrobeats et qui est en feu en ce moment », a-t-elle lancé. Le 21 octobre, Beyoncé se fendait d’un message solennel sur son compte Instagram (155 millions d’abonnés) pour dénoncer les brutalités policières et se placer aux côtés de ses « sœurs et frères » nigérians.

Davido a été un peu plus loin. Le chanteur a des connexions politiques au Nigeria : son oncle Nurudeen Ademola Adeleke est un notable de l’Etat d’Osun, dans le sud-ouest du pays, qui a récemment échoué à se faire élire sénateur. Soutenu par des centaines de manifestants, il a rencontré l’Inspecteur général de la police nigériane, Mohammed Adamu, le 11 octobre, et a notamment réclamé une loi pour punir les policiers qui brutalisent les Nigérians.

Difficile de dire aujourd’hui qui des autorités ou des manifestants vont gagner la bataille de la rue. Mais grâce aux stars de l’afrobeats, le combat de la communication sur les réseaux sociaux est déjà plié.

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