Politique

Crise à la Cour constitutionnelle en RDC : dans le secret de la réunion d’urgence du FCC de Kabila

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 21 octobre 2020 à 12h46
L'ancien chef de l'Etat Joseph Kabila, à Kinshasa, en janvier 2018.

L'ancien chef de l'Etat Joseph Kabila, à Kinshasa, en janvier 2018. © Kenny-Katombe Butunka/REUTERS

Les parlementaires du FCC ont été convoqués le 20 octobre à une réunion sur la crise qui frappe la Cour constitutionnelle. Jeune Afrique révèle le contenu des échanges entre Néhémie Mwilanya, Emmanuel Ramazani Shadary, Jeanine Mabunda…

Les députés nationaux du Front commun pour le Congo (FCC), la coalition politique dirigée par Joseph Kabila, qui boycottent ce 21 octobre la prestation de serment des juges de la Cour constitutionnelle, ont été convoqués en urgence le 20 octobre à une réunion de « crise » à la Gombe, dans la salle de spectacle Showbuzz.

Néhémie Mwilanya Wilondja, coordonnateur du FCC, Emmanuel Ramazani Shadary, candidat de l’ancien chef de l’État à la présidentielle de 2018 et Azarias Ruberwa, le ministre de la Décentralisation, ont ouvert les débats.

Appel à manifester

Selon nos informations, Néhémie Mwilanya a détaillé aux quelque 200 députés présents les « irrégularités » contenues selon lui dans les ordonnances que Félix Tshisekedi a signées le 17 juillet, portant nomination des nouveaux juges de la Cour constitutionnelle. « Nous devons gagner davantage en cohésion », a-t-il martelé, dénonçant ce qu’il considère comme une « dérive dictatoriale » du président.

Dans la foulée, Emmanuel Ramazani Shadary, par ailleurs secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), la formation de Kabila, a insisté sur l’importance de mobiliser la population autour du « respect de la Constitution ». Il a demandé à la population “de se tenir prête » pour manifester. Seul Ruberwa n’a pas pris la parole.

« Sans nous consulter »

La présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, est ensuite revenue sur sa rencontre, le matin même, avec Désiré Cashmir Eberande Kolongele, le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi et sur le refus du Parlement de participer à l’organisation de la prestation de serment. « Nous avons reçu le directeur de cabinet et lui avons fait part de notre étonnement [concernant la tenue de cette cérémonie]. [Notre lettre de réponse] est courtoise, on ne veut pas d’affrontements ni de crise, mais on veut rester maître de ce qu’il se passe dans notre institution », a-t-elle justifié.

Jeanine Mabunda a ensuite évoqué la rencontre tripartite du 12 octobre, avec Félix Tshisekedi et le président du Sénat Alexis Thambwe Mwamba. Le président « nous a dit qu’il allait discuter avec son prédécesseur. Nous avons alors imaginé que des consultations politiques permettrait de décrisper la situation. (…) Mais un conseil des ministres a été convoqué avec à l’ordre du jour la “communication du président-prestation de serments”, dont le Premier ministre a été chargé du suivi. Finalement le protocole d’État, sans nous consulter, a déballé le programme à la télévision. »

La présidente de l’Assemblée nationale a également fait part de son désaccord avec le traitement réservé au Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba dans le cadre de ce dossier. « Il y a des limites en matière de courtoisie à ne pas dépasser. De la même manière que nous respectons le président de la République en tant qu’institution, parce qu’il est le président de tous les Congolais, on ne peut pas ridiculiser le Premier ministre [en le chargeant de faciliter le travail du protocole d’État] ni s’inviter de force à l’Assemblée nationale et au Sénat, sans demander l’avis des gens. »

Enfin, Jeanine Mabunda a conclu son intervention en affirmant qu’il n’y avait « aucune hostilité ni aucune inimitié » envers le bureau du chef de l’État.

Vers une cohabitation ?

De son côté, Alexis Thambwe Mwamba a rassuré les députés sur l’éventualité d’une dissolution de l’Assemblée nationale, brandie par Félix Tshisekedi. Pour dissoudre l’Assemblée, il faut activer l’article 140 de la Constitution, a-t-il déclaré. Il pose la condition d’une crise persistante entre le gouvernement et l’Assemblée nationale. »

« Cela signifie que toutes les initiatives prises par un gouvernement sont bloquées par l’Assemblée nationale. Le président doit alors consulter le président de l’Assemblée, du Sénat et le Premier ministre. N’ayez pas peur ! », a t-il lancé aux députés. Selon nos informations, Joseph Kabila n’exclurait pas la possibilité d’imposer une cohabitation au gouvernement.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3094_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte