Politique

Présidentielle en Guinée : tensions dans l’attente des résultats officiels

| Par - à Conakry
Mis à jour le 20 octobre 2020 à 10h57
Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire le 19 octobre, avant la publication des résultats officiels de la présidentielle.

Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire le 19 octobre, avant la publication des résultats officiels de la présidentielle. © Sadak Souici/AP/SIPA

Alors que les résultats officiels du scrutin présidentiel du 18 octobre ne sont pas encore connus, plusieurs quartiers de Conakry ont été le théâtre d’affrontements, lundi, après que Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire. La Cedeao, l’UA et l’ONU, qui jugent « regrettable » cette proclamation anticipée, appellent au calme et à la retenue.

La journée de vote de dimanche avait été calme, aucun incident majeur n’ayant été répertorié. Mais lundi, la tension est montée d’un cran, à Conakry, alors que les résultats officiels du premier tour de la présidentielle n’étaient toujours pas connus. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a en effet 72 heures, à compter de la réception du dernier procès-verbal de résultat, pour les proclamer.

Cela n’a cependant pas empêché Cellou Dalein Diallo, l’opposant qui défie pour la troisième fois Alpha Condé dans les urnes depuis 2010, de prendre la parole pour revendiquer la victoire. « Mes chers compatriotes, malgré les graves anomalies qui ont entaché le bon déroulement du scrutin du 18 octobre et au vu des résultats sortis des urnes, je sors victorieux de cette élection dès le premier tour », a-t-il lancé vers 15 heures, devant une foule de journalistes et de partisans rassemblés au quartier général de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), dans la commune de Ratoma, l’un des fiefs de son parti.

Heurts à Ratoma

La prise de parole a été courte. À peine deux minutes. Mais elle a déclenché une gigantesque explosion de joie parmi les militants qui avaient pris d’assaut les lieux, scandant « président Cellou ! ». « J’invite tous mes compatriotes épris de paix et de justice à rester vigilants et mobilisés pour défendre cette victoire de la démocratie », a conclu l’ancien Premier ministre de Lansana Conté, avant de rejoindre son domicile situé à Dixinn escorté par un convoi de militants en voiture et à moto.

Les sympathisants de Cellou Dalein Diallo n’étaient pas les seuls visibles le long de l’autoroute Le Prince qui traverse son fief de Ratoma d’ouest en est : les forces de l’ordre – police et gendarmerie – étaient omniprésentes.

La tension est encore montée d’un cran dans la soirée, dans les quartiers riverains de cet axe traversant Ratoma. Selon plusieurs témoins, des coups de feu ont été entendus, et la police a fait également usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants. Si Cellou Dalein Diallo a évoqué la mort de « trois jeunes garçons et plusieurs blessés par balles », les autorités n’ont, pour l’heure, pas confirmé ce bilan. Des scènes identiques ont été observées dans plusieurs autres villes du pays, notamment à Boké (nord-ouest), Labé (nord) ou encore Nzérékoré (sud-est).

Le RPG dénonce une « déclaration irresponsable et dangereuse »

Dans un communiqué, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG–Arc-en-Ciel, au pouvoir), « condamne sans réserve et avec la plus grande fermeté la déclaration irresponsable et dangereuse » de Cellou Dalein Diallo. « Cette attitude anti-républicaine et anti-démocratique appelle de la part de tous les patriotes et de tous les démocrates une vive indignation et une condamnation unanime », insiste le parti d’Alpha Condé. Le RPG demande par ailleurs à ses militants de « rester calmes, sereins et mobilisés ».

Un appel relayé par Naby Youssouf Kiridi Bangoura, ministre d’État et secrétaire général à la présidence, qui invite « les institutions compétentes à prendre toutes les dispositions nécessaires pour prévenir le désordre et empêcher toute velléité de déstabilisation du pays et de ses institutions légitimes ».

« Nous nous en tenons aux résultats qui seront proclamés par les institutions habilitées à le faire et appelons nos militants à la retenue », a insisté pour sa part Sidiki Touré, directeur de communication du parti, joint par Jeune Afrique.

La Cedeao et l’UA évoquent une déclaration « regrettable »

La Ceni a également vivement réagi lors d’un point presse organisé lundi soir. « Aucun résultat provisoire n’est proclamé. La Ceni est la seule institution habilitée à proclamer les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020 », a rappelé son porte-parole, Mamady 3 Kaba.

Dans un communiqué conjoint, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Union africaine (UA) et les Nations unies « appellent au calme et à la retenue avant la proclamation des résultats ». Prenant acte du « déroulement globalement pacifique » du premier tour, le communiqué souligne que les annonces « alors que le processus de compilation des résultats issus des urnes n’est pas encore achevé » sont « regrettables » et ne sont « pas de nature à préserver le calme qui a globalement prévalu au cours des opérations de vote et de dépouillement ».

« Nous invitons les acteurs politiques au respect des dispositions légales et réglementaires » et « à user des voies légales de recours pour toute contestation éventuelle », insistent de concert la Cedeao, l’UA et l’ONU.

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