Politique

Maroc : au RNI, rien ne va plus entre Aziz Akhannouch et Abderrahim Bouaida

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Mis à jour le 19 octobre 2020 à 16h53
akhannouch et bouaida© V. Fournier/JA ; DR

akhannouch et bouaida© V. Fournier/JA ; DR © akhannouch et bouaida © V. Fournier/JA ; DR

Abderrahim Bouaida a été convoqué devant la Commission régionale de discipline et d’arbitrage de son parti. En cause : les propos insultants qu’il aurait tenus sur Facebook à l’égard des jeunes du RNI.

Rien ne va plus entre Aziz Akhannouch, le chef du Rassemblement national des indépendants (RNI), et Abderrahim Bouaida. Professeur de droit à l’université de Rabat et ancien président de la région Guelmim-Oued Noun, Bouaida, 55 ans, a été convoqué devant la Commission régionale de discipline et d’arbitrage du parti.

Une décision prise par Akhannouch, 59 ans, ministre de l’Agriculture depuis 2007. En cause : les propos insultants qu’aurait tenus Bouaida sur Facebook. « [Il] s’est montré à plusieurs reprises méprisant à l’égard des jeunes du RNI, qu’il est allé jusqu’à qualifier de “chiens’’ », raconte un membre du bureau politique du RNI.

Je n’ai jamais insulté personne

Des accusations contestées par l’élu : « Quels que soient mes différends avec Aziz Akhannouch, je n’ai jamais insulté personne. Mais je ne me prive pas d’exprimer mon désaccord avec sa gestion. »

« Tentative d’humiliation »

Issu d’une lignée de notables du Sahara, soutien historique du RNI et présente dans le monde des affaires par l’intermédiaire du groupe pétrolier Petromin, Bouaida a fait ses débuts en politique en 2015, en prenant la tête de la région Guelmim-Oued Noun. Sa convocation devant un conseil de discipline, il la vit comme « une tentative d’humiliation ».

À l’en croire, tout aurait commencé en juin 2019, quand il a été évincé de la présidence de la région et remplacé par sa jeune cousine Mbarka Bouaida, qu’il accuse d’être « une marionnette » entre les mains d’Akhannouch.

« En fait, il n’a jamais digéré sa mise à l’écart, soutient un analyste politique. Il reproche à Akhannouch de ne pas l’avoir défendu face à l’opposition menée à l’époque par Mohamed Belfkih, de l’Union socialiste des forces populaires [USFP], et face au ministère de l’Intérieur, qui l’a démis à la suite du blocage du projet royal de la route express de Tiznit-Laâyoune. »

Akhannouch dirige le RNI comme l’une de ses entreprises

Bouaida voit aussi dans sa convocation une volonté de tuer dans l’œuf le mouvement réformateur qui germe au sein du RNI et dont il est l’un des principaux meneurs. « Akhannouch dirige le RNI comme l’une de ses entreprises. Il prend des décisions sans consulter personne », martèle Bouaida.

Il assure être soutenu par des figures du parti, comme Mohamed Bentaleb, ancien directeur de cabinet d’Ahmed Osman (beau-frère du défunt Hassan II et fondateur du parti), ou comme Mohamed Abbou, ex-ministre du Commerce extérieur, récemment démis de sa fonction de coordinateur de la liste de la circonscription de Taounate-Taza.

La souris contre l’éléphant

« Cette fronde est l’expression d’une peur de certains caciques à la veille des élections de 2021. Akhannouch est déterminé à faire monter de nouvelles figures et certains se sentent menacés », fait-on valoir du côté de la direction du RNI.

« L’enjeu, ce sont les candidatures aux élections. Avant, le choix des listes se jouait entre les clans familiaux. Akhannouch, lui, veut démocratiser les procédures et mettre en place une commission où les décisions se prendraient en toute transparence », affirme une source du bureau politique.

Que risque Bouaida ? « Son adhésion au parti pourrait être gelée », souligne l’analyste déjà cité. « Je ne suis pas seul. Nous sommes plus de 5 000 au RNI à vouloir la réforme, rétorque Bouaida. On peut même sortir et créer notre propre formation. » Des menaces qui laissent Akhannouch et son équipe de marbre : « Le président est serein, ses décisions se prennent sur la base des statuts du parti, et il est appuyé par la grande majorité des membres du RNI. »

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