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Sénégal : les tradipraticiens s’organisent

Par - Mbaye Samb
Mis à jour le 21 août 2006 à 17:45

Le grouillant quartier de la Médina a été, le temps d’un week-end, la place forte de la tradimédecine qui y a tenu ses assises nationales. Ils étaient venus nombreux de tous les coins du Sénégal, et même de l’étranger, pour restructurer cette filière de la médecine en pleine expansion.
Après une longue et fastidieuse journée de débats d’orientation et d’échanges houleux, des notoriétés dont la réputation de « guérisseurs » chevronnés dépasse les frontières du Sénégal ont été portées à la tête de la Fenatras (Fédération nationale des tradipraticiens de santé) : Kaoussou Sambou et Baye Balla Niang, respectivement président et vice-président de l’instance fédérale. Tandis que le pionnier moderne de médecine traditionnelle, le professeur Moustapha Touré, celui-là même qui, sous le magistère Senghor, avait injustement purgé cinq longues années de prison pour avoir osé sauver une femme atteinte de fistule, a enfin vu la consécration de plus de trente ans d’efforts et de lutte, porté qu’il a été à la présidence d’honneur de la nouvelle structure fédératrice de l’ensemble des associations de tradipraticiens du pays.

La Fenatras se donne comme objectif premier d’assainir la profession de médecin traditionnel en l’expurgeant de la gangrène de ses innombrables charlatans et autres intrus fraudeurs. Pour ce faire, l’expérience de l’animateur d’émissions de tradimédecine Cheikh Ahmet Tidiane Niang sera mise à contribution. Une uvre de salubrité publique qui vise en réalité à prendre les devants de la nouvelle loi (dans le circuit législatif) et dont l’« unilatéralisme » a été dénoncé par des acteurs qui, forts de certains échos, disent attendre de pied ferme le législateur quant à d’éventuelles « restrictions abusives » de sa part. Quitte à prendre à témoin de leurs résultats les « who’s who » de la République qui, nuitamment ou discrètement, leur rendent visite pour des « opérations de sauvetage ».

Le second objectif de la Fenatras est de mettre un terme à « l’escroquerie à grande échelle » à laquelle se livrent des marchands d’illusions qui, sous la bannière d’une fausse représentativité ou avec la complicité de l’administration, captent les fonds de l’OMS, les subventions de l’État et les financements d’organismes privés et autres organisations non gouvernementales uvrant au développement de la médecine traditionnelle en Afrique. À cet égard, l’uvre du chercheur Kaoussou Sambou a été illustrative de l’exploitation scandaleuse dont les tradipraticiens font l’objet de la part d’intérêts occultes. L’assistance n’en revient toujours pas de s’être rendu compte que le passage remarquable de Kaoussou Sambou à l’émission de grande écoute TGP a fait l’objet d’une duplication à échelle industrielle sous forme de cassettes vidéo que des pirates écoulent allègrement à Sandaga et à l’étranger, notamment en France. Plus jamais ça, ont entonné en chur les tradipraticiens.

Walfadjri – Quotidien, Sénégal