Politique

Présidentielle en Guinée : Conakry, entre votes communautaires et indécis

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Mis à jour le 18 octobre 2020 à 10h43
Des affiches électorales pour la campagne présidentielle, le 12 octobre 2020.

Des affiches électorales pour la campagne présidentielle, le 12 octobre 2020. © JOHN WESSELS / AFP

Les bureaux de vote ont ouvert dimanche matin en Guinée. Comment les électeurs de Conakry vont-ils voter ? Si, à l’image du pays, la capitale est partagée en « fiefs » électoraux, il faudra compter avec les indécis…

Pour son dernier acte de campagne avant le silence médiatique que les candidats doivent s’imposer depuis vendredi 16 octobre à minuit, Cellou Dalein Diallo s’est offert un gigantesque bain de foule à Conakry. Alors que, pour ses derniers meetings de campagne, Alpha Condé avait choisi de boucler sa tournée à l’intérieur du pays, réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes dans son fief de Kankan, en Haute-Guinée, ou encore à Nzérékoré, en Guinée forestière, le leader de l’opposition avait choisi de clore la sienne dans la capitale.

Une mobilisation « historique à Conakry », s’est félicité Cellou Dalein Diallo sur son compte Twitter.

« Tout le Fouta [la région d’origine du candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée – UFDG] s’est vidé pour accompagner le candidat de l’UFDG, pour donner l’impression du nombre », a dénoncé dans la foulée le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, directeur de campagne d’Alpha Condé, lors d’un entretien diffusé sur Djoma TV le soir même.

Bastions électoraux

Si le sujet est si sensible, c’est que Conakry est, sans surprise, au centre des attentions des candidats. D’autant plus que la très complexe géographie politique de Conakry, qui concentre un peu plus de 1 million d’électeurs guinéens – soit 19 % du corps électoral –, fait écho à celle que l’on retrouve au niveau national, avec des « bastions » électoraux acquis au Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-Ciel), d’Alpha Condé, et d’autres à l’UFDG, de Cellou Dalein Diallo.

L’enjeu, à Conakry, est d’autant plus grand pour les candidats en lice que la consigne du boycott défendue par le Front national de défense de la Constitution (FNDC) ne devrait y rencontrer qu’un faible écho, à en croire un sondage réalisé par l’Association guinéenne de sciences politiques (AGSP). Sur les 540 habitants de la capitale guinéenne munis de leur carte d’électeur interrogés, 86 % affirment vouloir se rendre aux urnes.

Présidentielle en Guinée : les fiefs des principaux candidats

Présidentielle en Guinée : les fiefs des principaux candidats © Jeune Afrique

Selon cette enquête réalisée les 25 et 26 septembre, les communes de Conakry où les électeurs s’affirment le plus enclins à aller voter sont Ratoma et Matoto. La première, à dominante peule, est traditionnellement acquise à l’UFDG lors des élections. La seconde, où résident de nombreux Malinkés, est au contraire l’un des fiefs du RPG. Lors des communales du 4 février 2018, les dernières élections auxquelles l’UFDG et le RPG se sont affrontés, le parti d’opposition avait en outre emporté la commune de Dixinn qui, sociologiquement, partage de nombreuses caractéristiques avec Ratoma.

Dès le départ, la campagne a pris un tour communautaire et ethnocentriste de part et d’autre

À l’époque, grâce notamment à son alliance d’alors avec le RPG, le parti de l’opposant Sidya Touré, l’Union des forces républicaines (UFR), avait pour sa part confirmé sa suprématie à Matam. Au soir du 18 octobre, le taux de participation dans cette commune devra être scruté avec attention, Sidya Touré ayant, au contraire de Cellou Dalein Diallo, maintenu l’appel au boycott.

Quant à Kaloum, qui abrite la présidence et la plupart des départements ministériels, la commune avait été remportée par Aminata Touré, fille du premier président guinéen Sékou Touré qui se présentait comme indépendante.

« Dès le départ, la campagne a pris un tour communautaire et ethnocentriste de part et d’autre », estime Dansa Kouroma, président du Conseil national des organisations de la société civile (CNOSC), qui craint que le vote communautaire ne prédomine toujours fortement, à Conakry comme ailleurs. Selon les données recueillies par l’AGSP, seulement 5 % des personnes interrogées affirment ainsi qu’elles pourraient s’affranchir de ces considérations politico-ethniques.

Vers un ballotage à Conakry

S’appuyant sur un autre sondage de l’AGSP – réalisé cette fois les 9 et 10 octobre auprès d’un millier de personnes âgées de 18 ans et plus –, Kabinet Fofana, le président de l’association, parvient aux mêmes conclusions. Seule une marge d’électeurs qu’il qualifie « d’insignifiante » se dit « favorable à un renouvellement de la classe politique ». Pour Fofana, ce dimanche 18 octobre, ce sont donc les réflexes de vote habituels qui vont prévaloir. En conséquence, « Conakry va être très partagée », prédit-il.

Si, selon lui, le parti au pouvoir devrait arriver en tête dans la commune de Matam avec « un léger écart de l’ordre de 2 % à 3 % », Kabinet Fofana estime à l’inverse que Ratoma et Dixinn seront acquises à l’opposition. Au final, « globalement, les deux candidats seront en ballotage à Conakry », assure Dansa Kourouma. « Ratoma et Matoto vont voter comme d’habitude. Tandis que le RPG pourrait l’emporter à Matam, avec une légère avance. Les résultats à Kaloum, eux, pèseront finalement peu. »

Quant à l’appel au boycott, Kourouma ne pense pas qu’il sera massivement suivi. « Sidya Touré n’a plus de fief. Ses électeurs sont généralement d’anciens militants frustrés des deux bords UFDG et RPG, et quelques intellectuels qui croient au leader de l’UFR. Mais l’électorat de Sydia Touré n’a jamais dépassé les 15 % à l’échelle nationale ».

Restent les indécis, ceux qui, au final, feront basculer les résultats dans un sens ou l’autre, à Conakry en tout cas. Kabinet Fofana estime que la plus forte abstention devrait être enregistrée à Kaloum, où « le taux d’indécis est de 23,33 % ». Le président de l’AGSP avance aussi le chiffre de « 17 % d’indécis dans la commune de Matoto » et celui de « 16,63 % d’indécis à Ratoma ».

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