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Covid-19 : la surprenante résilience des entreprises centrafricaines

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Exploitation forestière de la société Timberland, en Centrafrique.

Exploitation forestière de la société Timberland, en Centrafrique. © © Pacôme PABANDJI

Mises à l’épreuve par les nombreuses crises militaires et politiques qu’a connues le pays, les entreprises centrafricaines ont appris à anticiper les passages difficiles.

Encore relativement épargnée par la crise sanitaire, avec moins de 5 000 cas positifs au coronavirus recensés à ce jour, la Centrafrique subit, comme le reste du monde, la crise économique mondiale. Mais du fait du contexte politique et sécuritaire dans lequel elles s’inscrivent, les entreprises ont déployé une certaine agilité pour surmonter ces crises.

Augustin Agou, directeur général de l’entreprise Timberland, une entreprise forestière qui exploite 23 000 hectares pour un chiffre d’affaires annuel moyen de 30 millions d’euros, met ainsi en avant le système de gestion développé en 2015, après une série de pillages subis par son entreprise : « Nous faisons des projections et économisons sur nos bénéfices, afin d’avoir un fonds de secours qui nous permette de tenir pendant plusieurs mois en cas de problème. C’est ce qui nous a permis de tenir à compter du mois de mars, quand le Cameroun a fermé ses frontières », explique-t-il à Jeune Afrique.

L’entreprise, installée depuis 2014 dans la région du Sud-Ouest centrafricain, principalement à Nola, exporte en effet tout son bois via le Cameroun, principalement à destination de la Chine. « Le bois est resté un long moment au port de Douala », poursuit le dirigeant, sans préciser l’ampleur des pertes subies par Timberland. « Nous avons donc pu continuer à payer les taxes d’exportation et d’exploitation, les impôts, ainsi que les salaires, et nous avons pu conserver tous nos employés sur site », précise encore Augustin Agou.

Fonds spécial d’urgence

Au début des années 2010, Timberland a subi deux pillages de grande envergure, d’abord lors du passage des combattants de la Seleka, puis sous les miliciens Anti-Balaka. Mais l’entreprise a résisté, avec de nouvelles ambitions : l’installation de son unité de scierie à Nola et la certification de ses bois pouvant lui permettre de vendre jusqu’en Europe.

Même résilience du côté de l’entreprise industrielle Vertical (environ 18 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel) qui fabrique du jus de fruits naturels et de l’eau minérale, dont les responsables annoncent même une hausse de recettes pour 2020 – sans en préciser le montant.

« En 2013, lorsque la rébellion de la Seleka a renversé le pouvoir, j’avais dû quitter précipitamment le pays pour me réfugier en France d’où j’ai assisté, impuissant, à la destruction et au pillage de mon entreprise, dont on voyait les images sur les chaînes internationales », se remémore Sani Yalo, PDG de l’entreprise.

De retour au pays en 2014 à la faveur d’un accord de paix entre les milices Anti-Balaka et Seleka, Sani Yalo remet sur pieds son entrepris et, tirant les leçons de sa mésaventure, crée un fonds spécial d’urgence. « C’est ce dispositif qui nous aide aujourd’hui à continuer de fonctionner. Mes 508 salariés n’ont pas eu à subir de chômage technique, malgré le contexte difficile », explique-t-il à Jeune Afrique.

Manque de soutien de l’État

Malgré toutes leurs précautions, les entrepreneurs du pays ne sortiront pas totalement indemnes de cette année 2020. « Avec la crise sécuritaire que nous subissons déjà, cette pandémie est une double peine pour nous », déplore Augustin Agou, qui regrette de ne pas avoir bénéficié d’appui de la part de l’État.

« Nous avons vu ailleurs que des entreprises ont bénéficié de fonds de crise ou de facilitations d’octroi de crédits. Ça n’a pas été le cas pour nous et c’est un miracle que nous ayons tenu jusque-là », dénonce le chef d’entreprise.

Dès début mars, lorsque la Centrafrique a enregistré ses premiers cas de contamination, le gouvernement avait pourtant mis en place un comité de gestion de la crise. Quelques semaines plus tard, le pays enregistrait une cascade de dons dans le cadre de la lutte contre la Covid-19 : 293 millions d’euros de la mission de l’ONU dans le pays, 140 millions d’euros de l’Union européenne, mais aussi des dons privés, comme les 50 000 euros débloqués par la société Telecel.

« Il y avait entre autres, une ligne budgétaire destinée à appuyer des entreprises afin que l’économie du pays ne subisse pas beaucoup la crise », souffle à Jeune Afrique, sous couvert d’anonymat, un membre du gouvernement, également membre de ce comité de gestion. Mais sept mois plus tard, les entreprises assurent n’avoir bénéficié d’aucune assistance concrète.

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