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Mame Madior Boye

Ancien Premier ministre sénégalaise

L’avocate des femmes
Mame Madior Boye ne fait plus la une des journaux depuis bientôt cinq ans. Son nom, celui de la première femme à avoir occupé le poste de chef de gouvernement au Sénégal, n’évoque plus que de vagues souvenirs. Entre 2002 et 2007, tant de choses se sont passées
En réalité, même lorsqu’elle était Premier ministre, Mame Madior Boye ne faisait que de rares déclarations dans la presse. Sa discrétion est connue de ses compatriotes, qui ne sont pas surpris qu’elle soit devenue quasiment invisible ! Mais sa tendance à éviter les médias et les apparitions publiques superflues n’en est pas la seule cause. L’ex-locataire de la primature, où elle a succédé à Moustapha Niasse en mars 2001 après avoir été ministre de la Justice, est une femme très occupée. Pas à faire de la politique, car elle n’a jamais affiché une quelconque appartenance partisane. Depuis qu’elle a quitté le gouvernement en novembre 2002, cette juriste de renom a été nommée, un peu moins de deux ans plus tard, représentante spéciale du président de la Commission de l’Union africaine (UA) pour la protection des populations civiles dans les situations de conflits armés.

Autant dire qu’elle passe une partie de son temps dans les avions et sur les routes : au Darfour (Soudan) et en République centrafricaine en passant par la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Rwanda, le Burundi ainsi que l’Ouganda. Des voyages éprouvants qui la mènent à la rencontre des victimes des conflits et des belligérants. Mais aussi de nombre de chefs d’État.
À 67 ans, elle n’a rien perdu de son acharnement au travail. Lorsqu’elle ne se penche pas sur les moyens d’apaiser les souffrances des civils touchés par la guerre pour les soulager et les protéger – femmes et enfants en particulier -, elle continue de mener son combat pour les droits des femmes. Militante de la cause féminine, Mame Madior Boye, qui a été la première présidente de l’Association des juristes sénégalaises (1975-1990), n’a cessé, depuis, d’élaborer avec elles des stratégies pour valoriser le travail de ses surs du pays et du continent et renforcer leurs droits. Non sans quelque succès. Elle peut ainsi se réjouir de la signature par le Sénégal, en décembre 2004, de la disposition de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relative à la femme en Afrique. Et, plus récemment, du vote d’une loi accordant aux salariées sénégalaises le droit de prendre en charge, sur le plan médical, époux et enfants ou encore de la levée de l’interdiction faite à ses congénères d’intégrer les rangs de la Gendarmerie nationale.

Née à Saint-Louis en 1940, Mame Madior Boye a grandi dans une famille entièrement dévouée aux métiers de la justice. Le père fut greffier, puis huissier, et les trois frères ont tous fait carrière dans le droit. L’un d’entre eux, d’ailleurs, Abdel Kader Boye, professeur de droit, a été recteur de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. De confession musulmane, divorcée et mère de deux grands enfants, la magistrate a toujours inspiré sinon l’admiration, du moins le respect. On se souvient néanmoins du scandale causé en 2001 par la publication, à la une d’un quotidien, d’un photomontage la montrant en maillot de bain. Les responsables de cet « affront » avaient passé une nuit sous les verrous.
Austère, brillante, réservée au point de paraître timide, entière, honnête, pieuse Ceux qui la connaissent et la côtoient ne manquent pas de mots gentils à l’endroit de cette dame à la fois sobre et élégante. Souvent vêtue d’un grand boubou en thioub (tissu teint de façon artisanale) surmonté d’un mouchoir de tête, elle prend soin de ne jamais laisser sa chevelure entièrement dehors. Et oublie rarement ses lunettes à fine monture dorée. Elle aime également à arborer un voile léger qui lui retombe sur les épaules.
Aujourd’hui, outre ses fonctions au sein de l’UA, la magistrate est sollicitée aux quatre coins du monde (États-Unis, Canada, Turquie, Tunisie, Pologne, Espagne) pour animer rencontres et autres séminaires consacrés à des questions qui tournent pour la plupart autour de la femme. C’est l’une de ses préoccupations depuis bientôt quarante ans.

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