Politique

[Tribune] RDC : pourquoi Félix Tshisekedi doit réformer la fonction publique

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Mis à jour le 13 octobre 2020 à 16h34

Par  Isidore Kwandja Ngembo

Politologue et ancien conseiller à la direction de l’Afrique centrale et occidentale au ministère canadien des Affaires étrangères et du commerce international.

Le président congolais Félix Tshisekedi le 9 octobre 2020.

Le président congolais Félix Tshisekedi le 9 octobre 2020. © #RDC 09.10.2020| #CitéUA 52ème réunion hebdomadaire du Conseil des Ministres sous la conduite du Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. © Présidence RDC

Le fonctionnement de l’administration publique congolaise demeure un obstacle majeur à l’attraction et à la mobilisation des ressources financières nécessaires pour mettre en œuvre les politiques publiques initiées par le président Tshisekedi.

Les enquêtes préliminaires récemment menées par la police judiciaire des Parquets de Kinshasa sur la paie des agents et fonctionnaires de l’État mentionnent environ 133 000 agents fictifs et 43 000 doublons qui bénéficient indûment de l’enveloppe salariale de la Fonction publique.

Au regard de ces révélations, on constate non seulement qu’il y a un sérieux problème dans la maîtrise des effectifs réels de la Fonction publique et que l’opacité qui entoure sa gestion est persistante mais aussi, et surtout, que les réformes précédentes n’ont pas été efficaces et n’ont pas non plus produit les résultats escomptés.

Salaire décent

Ces centaines de millions de dollars du Trésor public détournés chaque année, depuis 2011, ont eu pour effet de porter gravement atteinte au droit fondamental des fonctionnaires de l’État à avoir un salaire décent. Ces détournements de deniers publics affectent non seulement les conditions de vie et de travail des fonctionnaires et leur bien-être socio-économique, mais aussi et surtout la qualité des services offerts aux citoyens et aux entreprises nationales et étrangères, privées ou publiques, qui voudraient investir dans le pays.

Depuis son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est lancé dans une série de réformes, notamment avec la création de nouvelles agences gouvernementales chargées de promouvoir l’État de droit, la bonne gouvernance, l’intégrité et la transparence dans la gestion de la chose publique, indispensables pour améliorer le climat des affaires dans le pays, promouvoir le développement du secteur privé, stimuler la création d’emplois et d’améliorer les conditions socio-économiques des Congolais.

Un cadre efficace et transparent

La création des nouvelles agences et autres organismes gouvernementaux devrait aller de pair avec la réforme profonde de la Fonction publique congolaise, qui constitue la pierre angulaire de toute gouvernance démocratique. Cela passe inévitablement par la création d’un cadre institutionnel efficace et transparent, d’une part, et par le renforcement accru des capacités humaines et institutionnelles, d’autre part, dans le respect des principes de bonne gestion des affaires publiques.

En dépit de la volonté politique et de la détermination affichées, les réformes sectorielles en vue d’améliorer le climat des affaires risquent ne pas aboutir à des résultats adéquats, faute de majorité au Parlement pour leur donner force de loi.

De plus, les efforts de Félix Tshisekedi risquent de se heurter à une administration publique moins transparente et peu efficace dans sa traduction des engagements politiques du gouvernement en matière de politiques publiques concrètes.

Le fonctionnement de l’administration publique congolaise actuelle demeure un obstacle majeur à l’attraction et à la mobilisation des ressources financières nécessaires à la mise en œuvre des politiques publiques initiées par le président congolais afin de soulager la souffrance et d’améliorer les conditions de vie de son peuple.

Plus efficace, plus efficiente, plus respectueuse

La crise sanitaire actuelle due au Covid-19 représente un défi énorme pour toutes les administrations publiques, qui doivent adapter leur mode de fonctionnement. Il est impératif de faire des changements, non pas tape-à-l’œil, mais qui réforment profondément la Fonction publique congolaise pour qu’elle soit le reflet d’un État moderne. Elle doit devenir plus efficace, plus efficiente, plus transparente et plus respectueuse du principe de responsabilité.

Tant que le gouvernement congolais n’intensifiera pas ses efforts pour renforcer les capacités des institutions publiques et améliorer la situation des fonctionnaires, il rencontrera des difficultés à réaliser ses objectifs.

 

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