Danse

Let It Happen : trois sœurs d’origine congolaise qui font danser le web

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Mis à jour le 19 octobre 2020 à 10h11
Les jumelles Norah et Yarah (14 ans) et leur cadette Rosa (12 ans), le trio de Let It Happen.

Les jumelles Norah et Yarah (14 ans) et leur cadette Rosa (12 ans), le trio de Let It Happen. © Julie Gonnet pour JA

Avec leurs chorégraphies sur les tubes de Tupac, Fally Ipupa ou Ray Charles, Norah, Yarah et Rosa (alias « Let It Happen ») cumulent des millions de vues sur les réseaux sociaux. Rencontre avec trois danseuses à l’énergie contagieuse.

C’est devenu une habitude : chaque nouvelle vidéo postée par Norah, Yarah et Rosa Mukanga sur les réseaux sociaux flirte avec le million de vues. Enfants surdouées du hip-hop, ces trois sœurs néerlandaises d’origine congolaise secouent la Toile avec leurs chorégraphies survitaminées et leur énergie contagieuse.

À seulement 14 ans – pour les jumelles Norah et Yarah – et 12 ans – pour leur cadette Rosa, elles s’approprient les classiques des plus grands noms du hip-hop, de la soul, de la pop et du rap africains-américains – de Ray Charles à Notorious Big en passant par Prince, James Brown ou Alicia Keys – mais aussi des tubes africains.

Toujours en plein air, dans des ruelles confidentielles ou sur la grand place de Maastricht, elles accordent ainsi leurs pas sur « Inama » de Fally Ipupa et Diamond Platnumz, sur « Maradona » de la chanteuse nigériane Niniola, ou encore sur « Premier Gaou ». Et n’hésitent pas, dans les messages accompagnant leur vidéo, à interpeller directement ces artistes : « Magic System, on a littéralement grandi avec votre musique », « danser sur « Maradona » rend toujours nos cœurs joyeux ».

De Maastricht à Los Angeles

Les performances de « Let It Happen », leur nom de scène, sont désormais reprises et partagées par des milliers d’anonymes et des stars du show-business. Alicia Keys et Janet Jackson, le rappeur Snoop Dogg ou encore l’actrice Viola Davis les ont ainsi virtuellement adoubées. « C’est vraiment irréel pour nous. Mais nous sommes très reconnaissantes, ça nous touche beaucoup », affirment-elles à l’unisson.

Originaires de la région néerlandaise du Limbourg, elles ont désormais leurs entrées à Los Angeles. Elles ont collaboré avec plusieurs grandes chaînes de télévision et marques internationales et ont investi deux fois le plateau du Ellen DeGeneres Show, l’un des plus gros talk-shows américains. « Nous étions très nerveuses, nous n’avons vraiment réalisé ce qui s’était passé qu’après, quand nous avons vu les vidéos de l’émission », avoue Norah.

Tout a pourtant débuté le plus simplement du monde pour ces trois sœurs. « Nous avons commencé à danser très jeunes, racontent les jumelles. Il y avait toujours de la musique à la maison. » Et notamment la playlist de leur grand-mère, venue de RDC aux Pays-Bas alors que leur père, Osongo, n’avait que 3 ans. « Elle écoute toujours de la musique africaine en faisant la cuisine », s’amusent ses petites-filles.

Très vite, Norah et Yarah entament des cours de danse et, bientôt rejointes par Rosa, participent à des concours et des événements partout en Europe : à Monaco, Amsterdam, Paris… Nous les rencontrons d’ailleurs à l’école Juste Debout, dans le nord de la capitale française, où elles suivent un stage de plusieurs jours avec six professeurs. Mais que reste-t-il encore à apprendre à ces jeunes street-danseuses, si à l’aise sur la piste ? Les sœurs Mukanga créent elles-mêmes la plupart de leurs chorégraphies. « On démarre la musique et on part en freestyle », assure Yarah.

Incontestablement précoces, les trois sœurs se disent totalement libres de leurs choix artistiques et soutenues à 100 % par leurs parents. Si leur père, Osakongo, était présent à notre arrivée pour faire les présentations, il s’est éclipsé pour laisser ses filles gérer elles-mêmes l’interview, comme des pros.

Mais où puise-t-on cette assurance et l’inspiration quand on n’a pas encore 15 ans ? « Mes sœurs m’inspirent tous les jours », répond spontanément Norah, déclenchant le sourire de Rosa et Yarah. Malgré les masques qui dissimulent la moitié de leur visage – précautions sanitaires obligent –, leur complicité saute aux yeux.

Black Lives Matter

Récemment, elles ont trouvé un espace d’expression dans le mouvement Black Lives Matter. Fin mai, elles réclamaient solennellement justice pour George Floyd, se mettant en scène sur le titre « Changes », du rappeur Tupac.

Introduite par un extrait du I have a dream de Martin Luther King, leur dernière vidéo est un hommage à l’Africaine-Américaine Breonna Taylor, tuée en mars par des policiers à Louisville. « Ton nom ne sera jamais oublié et nous continuerons à combattre et à travailler à “ce rêve collectif” jusqu’à ce qu’il devienne une réalité », écrivent-elles.

« Nous pensons qu’il est important de raconter des histoires et de faire passer des messages, confirme Yarah. Nous essayons d’utiliser notre plateforme pour nous exprimer, et exprimer des idées, en parlant avec notre cœur. » L’audience des sœurs Mukanga ne fait en effet que grandir. Près de quatre ans après leur premier moment de gloire – sur la scène du stade Gelredome, avec Justin Bieber –, elles partageaient cet été l’affiche virtuelle du prestigieux festival Lollapalooza avec Paul McCartney.

Sans pression

Le tout, prétendent-elles, sans pression. « Si nous ne le sentons pas, nous ne le faisons pas », répond tout simplement Rosa. Une décontraction qui colle à leur nom : « Let It Happen (« laisse les choses se faire »), ç’a toujours été notre façon de penser, d’envisager les choses », assure Yarah.

Un credo qui leur réussit plutôt bien. En février dernier, elles ont rencontré au hasard d’une rue parisienne le chanteur et danseur américain Usher et improvisé avec lui une mini-chorégraphie. Quelques pas ensuite partagés plus de 5,6 millions de fois sur Tik Tok, le réseau chinois.

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