Politique

Tunisie : le premier cercle de Hichem Mechichi, le très discret nouveau chef du gouvernement

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 13 octobre 2020 à 14h53
Le chef du gouvernement tunisien Hichem Mechichi.

Le chef du gouvernement tunisien Hichem Mechichi. © Hichem

Bon connaisseur des rouages de la Kasbah, Hichem Mechichi compte sur ses solides connexions avec des énarques et d’ex-collaborateurs, mais aussi sur de puissants réseaux informels.

Haut fonctionnaire souvent décrit comme intègre, discret et bourreau de travail, le nouveau chef du gouvernement tunisien Hichem Mechichi, en fonction depuis le 2 septembre 2020, intrigue. À 46 ans, il a pourtant officié à des postes clefs et s’est fait connaître du grand public en tant que premier conseiller en charge des affaires juridiques du président Kaïs Saïed puis comme ministre de l’Intérieur, de février à septembre dernier.

Il a également occupé par le passé différents postes à la Kasbah, dont il connaît les rouages. Il a travaillé en tant que chef de cabinet auprès de personnalités appartenant à des tendances très éclectiques, d’Afek Tounes à Ennahdha.

D’abord au secrétariat d’État à la femme et à la famille, auprès de Neïla Chaabane (2014-2015) ; au ministère des Transports, puis aux affaires sociales sous Mahmoud Ben Romdhane (2015-2016) ; et enfin à la Santé, sous Samira Meraï et Imed Hamami (2016-2018), poste durant lequel il a également été choisi pour suivre la formation du très sélectif Institut de Défense Nationale pendant un an.

On ne lui connaît ni appartenance politique ni associative et son passé loin de tout engagement, ainsi que ses réseaux, attisent la curiosité. Hichem Mechichi est avant tout un énarque — il a tour à tour été diplômé de l’ENA Tunis en 2002, puis de l’ENA Strasbourg en 2007 –, qui s’entoure de ses pairs. Voici les personnalités sur qui il peut compter.

  • Moez Mokkadem
Moez Mokkadem

Moez Mokkadem © Hichem

Son directeur de cabinet, lui aussi énarque, n’a eu de cesse de croiser le chemin de Hichem Mechichi. Les deux hommes sont devenus des intimes. En 2004, il a été conseiller des services publiques à la présidence du gouvernement, où Mechichi est déjà contrôleur général.

Après la révolution de 2010-2011, les deux hommes se sont régulièrement retrouvés en poste sur des thématiques communes. En 2015, lorsque Mokkadem a été nommé PDG de la société du réseau ferroviaire rapide de Tunis, Mechichi est devenu chef de cabinet au ministère des Transports.

Ils se sont ensuite retrouvés à la Kasbah en 2016, l’un comme chef de cabinet au ministère de la Fonction publique, de la Gouvernance et de la Lutte contre la corruption, et l’autre comme chef de cabinet au Ministère des affaires sociales. En 2018, quand Mechichi a été chef de cabinet du ministère de la Santé, il a soufflé le nom de Mokkadem, qui a alors pris la tête de la Pharmacie centrale.

  • Walid Dhahbi

Également issu de l’ENA, le nouveau secrétaire général du gouvernement est un fils de l’administration publique. Mais, ayant toujours officié dans l’ombre, très peu d’informations circulent à son sujet. Hichem Mechichi l’a fait revenir du Qatar, où il était détaché depuis cinq ans dans le cadre de l’Agence tunisienne de coopération.

Les deux hommes se seraient rapprochés au sein de la Commission nationale d’investigation sur la corruption de feu Abdelfattah Amor, au lendemain de la révolution. Il avait auparavant dirigé le suivi de l’action gouvernementale et été, comme lui, contrôleur général à la présidence du gouvernement. Mechichi sait d’ailleurs s’appuyer sur le corps des contrôleurs. Ces hauts commis de l’État forment un puissant réseau informel et se cooptent au sein des arcanes du pouvoir.

  • Slim Tissaoui
Slim Tissaoui

slim tissaoui© hichem © hichem

Son conseiller en charge des affaires sociales a été tour à tour gouverneur à Siliana, Sfax et Beja, lorsque Mechichi était chef de cabinet. C’est ainsi qu’ils se seraient rencontrés. Le choix de ce militant, ex-secrétaire général régional de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) à Jendouba – région du Nord-Ouest d’où Mechichi est originaire -, échappe au profil type de l’énarque et à ses réseaux à la Kasbah.

Bien qu’apartisan, l’actuel chef de gouvernement a longtemps traité avec la centrale syndicale. C’est lui qui servait de négociateur à ces ministres alors qu’il était chef de cabinet sur des dossiers clefs pour l’UGTT, que ce soit aux Transports, aux Affaires Sociales ou à la Santé. Dans ce cadre, outre ses compétences techniques, son pouvoir de fédération et son sens de l’écoute ont été salués.

  • Neïla Chaabane
Neila Chaabane

Neila Chaabane © Hichem

L’actuelle doyenne de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis — où Hichem Mechichi a suivi une partie de ses études dans les années 1990 –, l’a introduit dans les cabinets ministériels en 2014. C’est elle qui l’a choisi comme chef de cabinet, quand elle a été nommée secrétaire d’État chargée des Affaires de la Femme, de l’Enfance et de la Famille.

Ils ont depuis conservé une amitié, loin de la politique, selon la principale intéressée. Il faut dire qu’ils se sont rencontrés à une période cruciale. En 2011, elle a été la seule femme parmi les douze membres de la Commission nationale d’investigation sur la corruption d’Abdelfatah Amor. Hichem Mechichi y était alors détaché comme expert par le premier ministère. L’équipe a travaillé d’arrache-pied durant près d’un an, jusqu’au décès de son président et a tissé, aux dires de ses membres, des liens forts.

  • Elyès Ghariani
Elyes Ghariani.

Elyes Ghariani. © Hichem

Conseiller chargé des affaires diplomatiques auprès de Mechichi, il est un diplomate de carrière. Il a été ambassadeur aux Pays-Bas (2016) mais aussi à Berlin (2011) après avoir été chargé d’affaires à Paris après la révolution.

Comme Mechichi, il a également fréquenté la Kasbah — en temps que conseiller sous Habib Essid puis sous Youssef Chahed — et fait à ce titre partie des réseaux de l’administration publique que le chef du gouvernement connaît par cœur.

  • Ezzedine Saïdane

Cet autre ex-membre de la Commission Abdelfatah Amor collaborait directement avec Hichem Mechichi au sein de la sous-commission financière, qui traitait de gros dossiers de corruption. Le groupe a supporté ensemble les pressions, voire les menaces, en plus du poids de la charge de travail qui lui a incombé.

Actuellement directeur de la société de consulting financier Directway, Saïdane a été consulté par le nouveau chef du gouvernement au moment de la formation de son cabinet. Il lui a demandé son point de vue sur la crise économique que traverse le pays, ainsi que sur des choix de personnalités.

  • Nadia Akacha
Nadia Akacha

Nadia Akacha © Hichem

La ministre-conseillère et cheffe du cabinet du président de la République, Kaïs Saïed, était sur les bancs de l’université de droit de Carthage lorsque Mechichi terminait ses années à l’ENA. Issus tous deux de la banlieue sud de Tunis, Ezzahra, ils se seraient rencontrés à cette époque. Leurs relations suscitent énormément d’interrogations, Nadia Akacha étant vue comme celle qui l’aurait introduit auprès du chef de l’État. Ces liens se seraient depuis distendus.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer