BTP & Infrastructures

Meridiam, Arise, DP World… Quand la Cemac compte sur le privé

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Les six pays de la Cemac ont ciblé onze projets d’infrastructures prioritaires.

Les six pays de la Cemac ont ciblé onze projets d’infrastructures prioritaires. © Vincent Fournier/JA

D’ici à novembre, les ministres de l’Économie d’Afrique centrale espèrent mobiliser plus de trois milliards d’euros auprès des entreprises pour financer onze projets d’infrastructures centrés sur l’intégration régionale.

Un scope réduit et resserré : onze projets d’infrastructures sur la table et non plus 84. Dont deux qui sont déjà entièrement financés : l’interconnexion électrique Cameroun-Tchad (466 millions d’euros) et celui, plus modeste, de l’Université inter-États Cameroun-Congo (2,5 millions d’euros).

C’est un peu plus de 3 milliards d’euros que doivent maintenant mobiliser les ministres de l’Économie de la zone Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) en vue de la table ronde qui se tiendra à Paris les 16 et 17 novembre prochains pour boucler le financement de ces projets.

Booster le commerce sous-régional

Ces derniers concernent, à chaque fois, deux pays de la sous-région au minimum, comme la route Kogo-Akurenam (Guinée équatoriale-Gabon, 396 millions d’euros), le corridor Brazzaville-Ouesso-Bangui-N’djamena (605 millions d’euros) ou encore l’aménagement hydroélectrique de Chollet (Cameroun-Congo-Gabon-Centrafrique, 1,8 milliard d’euros). Objectif : booster le commerce sous-régional.

On peut trouver du bœuf au Tchad, pourquoi en faire venir d’Argentine ?

« Nous n’avons qu’un seul corridor qui nous mène à Douala, nous en aurons un autre qui nous mènera au Congo, souligne le ministre centrafricain de l’Économie Félix Moloua. La Centrafrique n’a pas de grandes capacités financières et pas autant de matières premières que ses voisins. Pour bénéficier de financements et se désenclaver, elle se doit de marcher main dans la main avec ses voisins. On peut trouver du bœuf au Tchad, pourquoi en faire venir d’Argentine ? »

Durant toute cette semaine, dans le cadre du forum InfraWeek organisé dans la capitale française par Paris Europlace, une délégation menée par Daniel Ona Ondo, président de la commission de la Cemac, et composée notamment du ministre de l’Économie gabonais Jean-Marie Ogandaga, entend battre le rappel. Et, si les bailleurs de fonds traditionnels (Banque Mondiale, BAD, États, UE…) sont sollicités, les officiels de la zone Cemac font aussi un appel du pied aux acteurs privés.

Des contacts avec Arise et DP World

Alors que des entretiens ont eu lieu en début de semaine avec des représentants du fonds Meridiam, déjà présent au Gabon sur les projets de route Transgabonaise et de centrale électrique, des contacts ont aussi été établis précédemment avec l’opérateur logistique Arise, des fonds nordiques ainsi qu’avec DP World, qui s’est dit intéressé à financer les deux ports secs de Beloko (corridor Douala-Bangui) et de Dolisie (corridor Gabon-Congo).

« Compte tenu de notre endettement important, nous avons estimé qu’il fallait également intégrer des partenariats public-privé. Au niveau de la sous-région, la Banque de développement des États d’Afrique centrale est déjà en contact avec des fonds », explique à Jeune Afrique l’ancien premier ministre gabonais Daniel Ona Ondo.

De quoi alléger le poids de la dette extérieure et renforcer les réserves de change dans cette zone composée de six pays qui a déjà engagé des réformes visant notamment à une meilleure circulation des personnes, à une plus grande transformation locale des matières premières et à une limitation de la sortie des devises.

La transformation locale, un impératif

« Il faudrait étendre l’obligation de transformation locale du bois au secteur minier, à la manganèse, à la bauxite », estime Michel-Cyr Djiena-Wembou, secrétaire permanent du Programme des réformes économiques et financières de la Cemac (Pref-Cemac).

Avant de poursuivre : « La sortie des devises aggrave la balance des paiements et des déficits. Nous devons désormais nous assurer que la sortie des devises est faite de manière légale, que les réserves sont suffisantes pour appuyer la monnaie. Les sociétés pétrolières sont actuellement sensibilisées. Si elles ne rapatriaient ne serait-ce que 10 % de leurs devises, on passerait directement à huit mois d’importation contre trois actuellement.»

Le problème du Gabon n’est pas le remboursement de sa dette mais le manque de liquidités

En butte aux conséquences économiques de la crise sanitaire, à la baisse des prix du pétrole, qui a lourdement affecté ses rentrées fiscales, et à l’insécurité dans certains régions, la zone Cemac devrait affronter une récession de 5 % cette année.

« Le problème du Gabon n’est pas le remboursement de sa dette mais le manque de liquidités. La crise a asséché nos finances publiques », résume le ministre gabonais Jean-Marie Ogandaga, qui table néanmoins, avec ces réformes, sur un taux de croissance de 7 % d’ici à 2023.

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