Économie

La course à la direction de l’OMC, un scrutin très scruté

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Mis à jour le 07 octobre 2020 à 16h50
Siège de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à Genève.

Siège de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à Genève. © Kentaro Sugimo/AP/SIPA

L’élection à la tête de l’organisation, paralysée depuis décembre 2019 par les différends commerciaux entre la Chine et les États-Unis, n’a jamais suscité autant d’intérêt.

Ils sont encore cinq en lice, mais ne seront très bientôt plus que deux. Le long processus de désignation du futur directeur-général de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), démarré mi-juin et attendu pour se terminer le 7 novembre au plus tard, va connaître une étape décisive le 8 octobre, lorsqu’en fin de matinée, Keith Rockwell, le porte-parole de l’organisation, dévoilera les noms des deux finalistes devant la presse internationale réunie à Genève.

Car l’arrivée d’un nouveau responsable à la tête du commerce mondial, dont le siège est vacant depuis le 31 août, n’a semble-t-il jamais suscité autant d’intérêt. « La crise majeure que traverse actuellement l’institution et les incertitudes liées au Covid-19 posent de graves questions sur l’évolution des échanges commerciaux », explique Manfred Elsig, expert en relations internationales à l’université de Berne.

Au-delà des cercles feutrés de la diplomatie mondiale

Habituellement suivie tous les quatre ans par seuls initiés, l’attention portée à l’élection du prochain patron de l’OMC va cette fois bien au-delà des cercles feutrés de la diplomatie mondiale, au point que même les bookmakers anglais ont un avis sur la question. Comparée souvent à l’élection du pape pour son opacité et sa confidentialité, celle du directeur général de l’OMC connaît cette année un vent de modernité avec ses têtes d’affiches encadrées par les meilleurs cabinets conseils et son scénario à rebondissements, à commencer par la démission surprise – et toujours inexpliquée – de l’ancien titulaire du poste, le Brésilien Roberto Azevedo, le 14 mai.

Les résultats du premier round destiné à éliminer trois candidats, le 18 septembre, avait déjà provoqué l’étonnement, avec l’élimination d’un des favoris, le Mexicain Jesus Seade, victime selon lui « de la guerre d’influence que se livre aujourd’hui certains gouvernements et qui n’a rien à voir avec le niveau d’expertise des candidats ».

Car il semble bien que la décision finale, même si elle reste l’apanage du board de l’OMC, ne dépendra pas seulement des traditionnelles petites faveurs diplomatiques accordées par les uns aux autres. « Les enjeux sont cette fois bien trop importants », estime Manfred Elsig.

Soutien de l’UE pour la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala

En cette époque de pandémie, nul besoin d’utiliser un jet privé de l’armée brésilienne comme Roberto Azevedo en 2013, mais le soutien politique et logistique accordé par les gouvernements des différents candidats, sous l’œil approbateur des principaux membres que sont aujourd’hui les États-Unis, la Chine et l’UE, « n’a aucun précédent à l’OMC », affirme un de ses cadres.

Débarqué fin septembre à Paris pour une visite officielle de cinq jours, Uhuru Kenyatta, le président kényan, est bien reparti avec plusieurs milliards d’euros de contrats dans sa valise, mais pas avec le soutien de la France qu’il était venu chercher pour sa candidate, Amina Mohamed : le 2 octobre, l’Union européenne (UE) a donné un nouveau tour à cette élection en apportant son soutien et celui de ses 26 pays membres à la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala et à la Sud-Coréenne Yoo Myung-hee, portant un coup sévère aux espoirs des trois autres postulants, à commencer par la diplomate kényane.

Les États-Unis et la Chine, dont les différends commerciaux paralysent l’OMC depuis décembre 2019, se sont jusqu’à présent refusé à prendre officiellement position. « Mais il est clair que Washington ne soutiendra qu’un candidat qui lui est favorable, pendant que Pékin peut accepter d’appuyer quelqu’un qui ne lui est pas forcément défavorable », résume Manfred Elsig.

L’Afrique, seul continent à n’avoir pas encore dirigé l’OMC

Dans ce petit jeu des pronostics, et même si elle ne semble pas bénéficier du soutien particulier des États-Unis qui pourraient voter pour le Britannique pro-Brexit Liam Fox, Ngozi Okonjo-Iweala apparaît comme la plus susceptible d’obtenir autour d’elle le consensus nécessaire des 164 pays membres de l’organisation.

Bien sûr, elle n’a pas insisté durant sa campagne sur sa nationalité américaine, acquise en 2019, mais à 66 ans, l’ancienne ministre des Finances, puis des Affaires étrangères de son pays, ex-numéro deux de la Banque mondiale, s’appuie sur un CV long comme le bras. Elle vient également d’Afrique à un moment où le poste semble promis pour la première fois à un ressortissant du continent.

Ses détracteurs peuvent bien insister sur son étiquette de « banquière » et sa méconnaissance relative des grands dossiers commerciaux, la « dame de fer » nigériane, soutenue à bout de bras par son président, Muhammadu Buhari, devrait, aujourd’hui encore, faire la différence face à ses concurrents. Suffisamment pour passer l’obstacle de ce deuxième round et continuer à rêver d’une possible victoire dans quelques semaines, pour elle et pour l’Afrique, seul continent à n’avoir pas encore dirigé l’OMC.

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