Politique

Maroc : l’échec de l’enseignement à distance

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Avec la pandémie de Covid-19, de plus en plus d'enfants suivent les cours à distance.

Avec la pandémie de Covid-19, de plus en plus d'enfants suivent les cours à distance. © © Suvrajit Dutta/Pacific Press/LightRocket via Getty Images

Près d’un élève sur sept n’a pas encore retrouvé le chemin de l’école. Les appels au présentiel se multiplient alors que l’école à domicile a montré ses limites.

Zahra, trentenaire divorcée, n’a jamais vraiment eu la vie facile avec ses trois enfants à charge et son travail irrégulier de femme de ménage. Maintenant qu’elle se retrouve obligée de s’improviser maîtresse d’école, avec la fermeture des établissements scolaires de Casablanca, elle frôle la crise des nerfs.

« Je passe mes matinées à essayer de les aider avec les cours qu’ils reçoivent via internet, mais moi-même je n’y comprends pas grand-chose », nous confie celle qui a quitté les bancs du collège il y a de cela 25 ans. En fait, Zahra se contente de faire le gendarme entre ses trois rejetons qui se partagent le seul smartphone obsolète de la maison, outil indispensable pour l’enseignement à distance.

Dépenses supplémentaires

En plus, cette cheffe de famille doit faire face à de nouvelles dépenses : « Chaque jour, je me retrouve devant un dilemme : utiliser 10 dirhams pour acheter une recharge internet ou pour payer le déjeuner à mes enfants. »

La moitié des élèves ne disposent pas d’ordinateur portable, de tablette ou de connexion internet

Tout comme les enfants de Zahra, une majorité des 7 millions d’élèves marocains sont sous-équipés et ont du mal à suivre un enseignement à distance. Selon une étude du Policy Center for the New South, « la moitié des élèves ne disposent pas d’ordinateur portable, de tablette ou de connexion internet ».

L’accès à l’outil digital à la maison reste limité — sauf pour ce qui est des téléphones portables avec accès à internet (76 % déclarent en disposer) — et une minorité d’élèves sont familiarisés avec l’usage d’internet : « 49% des élèves enquêtés déclarent avoir fait usage de la connexion internet, 41% utilisent des ordinateurs portables, ce pourcentage retombe à 34% pour les tablettes », peut-on lire dans l’étude du think-tank.

Fracture numérique

Une telle fracture numérique, résultant d’une série de programmes nationaux inachevés depuis le début du millénaire, se manifeste à travers le sous-équipement même des écoles marocaines.

La récente étude PISA de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) révèle les limites du canal digital dans l’éducation marocaine : seulement 25,8 % des élèves sondés disposent d’une connexion à l’école avec un débit suffisant, tandis que 27,8 % disposent d’une plateforme d’apprentissage en ligne effective.

« En moyenne dans les pays de l’OCDE en 2018, il y avait près d’un ordinateur disponible à l’école à des fins éducatives pour chaque élève de 15 ans. Au Maroc (comme en Turquie et au Viet-Nam), il n’y avait qu’un seul ordinateur disponible pour quatre étudiants », révèle l’enquête.

Les élèves ont quasiment perdu les compétences acquises avant mars 2020

Au-delà du sous-équipement en outils numériques, c’est le processus pédagogique de l’enseignement à distance qui montre des lacunes. Sur les réseaux sociaux, comme dans la presse, les témoignages anonymes d’enseignants sont alarmants quant au retard accumulé.

« Les élèves ont quasiment perdu les compétences acquises avant mars 2020. La plupart ne sont pas au niveau », lance cette enseignante de français. Une de ses consœurs a de son côté, beaucoup de mal à capter l’attention des élèves sur les plateformes d’enseignement : « Tout le monde parle en même temps ; les enfants se cachent derrière la caméra, jouent avec les micros, décrochent le téléphone en plein cours. »

Ambiance de classe

Avec des classes virtuelles pour certains et des cours et devoirs envoyés sur l’application WhatsApp pour d’autres, parents comme enseignants redoutent un creusement des inégalités d’un système d’enseignement déjà peu équitable.

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour réclamer l’ouverture des quelque 2000 établissements scolaires, maintenus fermés dans les zones où les risques de contamination sont toujours importants. Une décision qui fera le bonheur des parents des 950 000 élèves concernés se retrouvant encore confinés à la maison. Eux-mêmes sont d’ailleurs impatients de retrouver leurs camarades. « L’école, c’est la classe, les amis, la récréation, nous lance le benjamin des rejetons de Zahra. C’était bien mieux avant le Covid ! »

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