Agroalimentaire

Engrais : OCP Africa change de tête, pas de stratégie

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 30 septembre 2020 à 17h16
Port de Jorf Lasfar, au Maroc

Port de Jorf Lasfar, au Maroc © OCP

Avec Mohamed Anouar Jamali, Mostafa Terrab choisit un profil atypique pour conduire le développement du géant marocain des phosphates sur le continent, dans un contexte de concurrence exacerbée.

La réorganisation interne du géant marocain des phosphates se poursuit. Entamée en début d’année avec la création de quatre directions autour du patron, Mostafa Terrab, le changement au sein de l’état-major du groupe touche maintenant sa filiale dédiée au continent africain, OCP Africa.

À l’issue d’un conseil d’administration qui s’est tenu le 18 septembre, l’entreprise, présente dans 16 pays africains, a annoncé la nomination de Mohamed Anouar Jamali comme directeur général (DG), en remplacement de Karim Lotfi Senhadji.

Issu du monde universitaire

Pour les observateurs du secteur des engrais, ce changement de patron à la tête d’OCP Africa n’est pas une surprise, il a seulement été retardé par l’irruption de la pandémie de coronavirus, qui a bousculé le calendrier de la réorganisation enclenchée début 2020.

En mars, notre fil d’informations spécialisées, Jeune Afrique Business +, donnait en effet le dirigeant sur le départ, possiblement en route pour prendre la direction de Safco International General Trading, la filiale de trading du groupe à Genève. Une information toutefois non confirmée par le groupe marocain.

Ce qui étonne davantage, c’est le profil du nouveau DG. Titulaire d’un double doctorat – en science du management de l’Université catholique de Louvain et en gestion de la chaîne d’approvisionnement de l’Université Laval – Mohamed Anouar Jamali a passé la majeure partie de sa carrière dans le monde universitaire : professeur au Québec durant près de dix ans, puis, de retour à Casablanca, directeur R&D et des relations internationales de l’École nationale supérieure des industries du textile et de l’habillement (ESITH) pendant presque six ans, et, depuis 2018, directeur de l’ « Initiative Afrique » de l’Université Mohammed VI Polytechnique, autre filiale du groupe OCP.

Faire aboutir les projets africains

Si son parcours compte un passage par l’industrie à la Société nationale de transports et de logistique (SNTL) – à la tête du centre d’innovation « Tamayuz Supply Chain » puis de la filiale Logdev Africa –, il n’a rien à voir avec le profil commercial et industriel de ses deux prédécesseurs.

Tarik Choho, le premier patron d’OCP Africa, arrivé à la création de l’entreprise en février 2016 mais resté seulement huit mois, affichait une expérience de plus de dix-huit ans au sein du groupe nucléaire français Areva. Quant à Karim Lotfi Senhadji, resté presque quatre ans en poste, c’est un ancien pilote reconverti en contrôleur de gestion ayant rejoint OCP en 2010.

Avec Mohamed Anouar Jamali, le patron d’OCP, Mostafa Terrab, semble donc jouer une carte plus politique via le choix d’un bon connaisseur de l’Afrique et d’un profil capable de faire aboutir des projets de développement sur le continent – élément essentiel depuis des années de la philosophie et stratégie du géant marocain des phosphates.

Performances en dents de scie

Reste que le nouveau patron aura également des objectifs commerciaux et financiers à tenir, à savoir l’augmentation des ventes d’engrais et la livraison en temps et en heure des projets d’usine de production d’ammoniac ou d’engrais phosphaté, en Éthiopie, au Nigeria, au Rwanda et au Ghana.

Or, si les projets en cours ne semblent pas souffrir de retards pour le moment, les résultats sur le plan des ventes sont mitigés, en raison d’une concurrence accrue sur le continent notamment de la part du russe PhosAgro et du saoudien Maaden. Alors que l’Afrique représentait 27 % de l’ensemble des ventes d’OCP en 2017, cette proportion est tombée à 21 % en 2018 avant de remonter à 24 % en 2019, selon les résultats annuels consolidés du groupe. Et, au 30 juin 2020, elle était à nouveau de 21 %.

Surtout, la valeur des ventes d’OCP en Afrique est passée de 6,8 milliards de dirhams en 2017 (environ 600 millions d’euros) à 5,2 milliards en 2018 (environ 470 millions d’euros) pour remonter péniblement à 5,9 milliards en 2019 (environ 546 millions d’euros), une performance en dents de scie, loin du décollage espéré.

C’est avec ces donnés et dans un contexte toutefois positif de prix mondial des engrais à la hausse que Mohamed Anouar Jamali entre en scène pour déployer la stratégie combinant essor commercial et projets de développement d’OCP sur le continent.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer