Économie

Expansion africaine : Deutsche Bank n’a pas le droit à l’erreur

Après la nomination de deux co-PDG pour le Moyen-Orient et l’Afrique en septembre, la principale banque allemande lorgne le marché éthiopien, malgré des fragilités structurelles.

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Mis à jour le 1 octobre 2020 à 17:28

Addis-Abeba. Deutsche Bank compte sur la libéralisation du secteur financier éthiopien. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

Le vent de réformes économiques qui souffle sur l’Éthiopie n’a pas échappé au géant allemand Deutsche Bank.

Le pays disposera d’« un potentiel de croissance important, une fois que la stratégie de privatisation aura été pleinement lancée », a ainsi confié à JA Kees Hoving, l’un des deux co-directeurs généraux de la banque pour le Moyen-Orient et l’Afrique nommés en septembre – avec Loïc Voide.

« Le renforcement de la stabilité politique après les élections [reportées à 2021] pourrait amener de nombreuses institutions internationales, dont la Deutsche Bank, à jouer un rôle plus actif dans le pays », a ainsi confié le dirigeant, selon lequel la Deutsche Bank est en contact étroit avec l’Éthiopie depuis de nombreuses années.

La banque avait en effet déjà été choisie par Addis-Abeba pour gérer une vente d’euro-obligations en 2014, et « a la possibilité de confirmer des lettres de crédit avec certaines banques en Éthiopie pour permettre aux entreprises clientes de faire du commerce », précise Kees Hoving.

Tarifs élevés et déficit d’infrastructures

L’Éthiopie, où le secteur bancaire reste fermé aux investissements étrangers, a enregistré la croissance la plus rapide du monde au cours de la dernière décennie. La croissance moyenne a été de 9,6 % par an, et plus de 75 % des 112 millions d’habitants du pays ont moins de 34 ans. « Des années de croissance soutenue créent une classe de consommateurs en plein essor », écrivent ce mois-ci les analystes de la société de conseil spécialiste des marchés émergents Tellimer.

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Le secteur financier a commencé sa mue avec l’adoption, en 2019, d’une loi adoptée permettant au secteur bancaire d’accueillir les investissements de la diaspora. En 2019 a également été attribuée la première licence de services financiers pour une société étrangère, décrochée par la société américaine de financement d’équipement Ethio Lease.

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Depuis Dubaï, où ils sont basés, les nouveaux dirigeants de Deustche Bank guettent désormais l’ouverture du marché bancaire à plus grande échelle, tout en étant conscients que « le pays est actuellement confronté à de nombreux défis ». Les tarifs élevés, le déficit d’infrastructures et la difficulté de faire des affaires sont ainsi quelques-unes des contraintes que relèvent les analystes de Tellimer.

Indigo Ellis, directeur de la division Afrique de Verisk Maplecroft, considère en outre que l’Éthiopie est l’un des quatre pays africains où l’insécurité alimentaire provoquée par la pandémie contribuera à la déstabilisation des gouvernements locaux et nationaux.

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Fragilités internes

Mais Deutsche Bank devra aussi se battre contre ses propres démons : l’ancienne directrice générale de l’exploitation Kim Hammonds, qui gérait les systèmes informatiques de la société, a déclaré en 2018 que la banque était l’endroit « le plus dysfonctionnel » où elle avait jamais travaillé. Des restructurations stratégiques sans fin n’ont jamais porté leurs fruits.

La banque tente actuellement de réduire la taille de sa banque d’investissement et de se retirer de l’intermédiation boursière. Avec un ratio cours/valeur comptable de 0,27, les actions de la Deutsche Bank sont parmi les moins chères des banques européennes. En comparaison, le ratio est de 0,38 pour BNP Paribas, 0,48 pour le Credit Suisse et pour HSBC.

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Enfin, la fuite en septembre de données sur les transactions bancaires suspectes déposées par les banques auprès du Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN) du département du Trésor américain n’a rien fait pour renforcer la confiance à l’égard de l’établissement : Deutsche Bank est à l’origine de 62 % des transactions supposément frauduleuses répertoriées.

 

Renforcement des contrôles

En 2015, la banque avait payé une amende de 258 millions de dollars après que les autorités américaines ont découvert qu’elle avait transféré des fonds pour le compte de clients en Libye, au Soudan, en Iran, en Birmanie et en Syrie, pourtant sous le coup de sanctions américaines, de 1999 à 2006.

La banque a consacré « d’importantes ressources au renforcement de ses contrôles au niveau mondial et nous n’hésitons pas à nous séparer de clients ou de correspondants bancaires qui ne répondent pas à nos normes élevées », assure Kees Hoving, précisant que Deutsche Bank a investi près d’un milliard de dollars au niveau mondial dans l’amélioration des contrôles, de la formation et des processus opérationnels, faisant passer son équipe de lutte contre la criminalité financière à plus de 1 500 personnes – un chiffre appelé à augmenter encore.

Outre le marché éthiopien, la banque allemande « continuera à rechercher des opportunités pour soutenir nos clients internationaux et locaux et soutenir le développement des économies africaines », conclut le dirigeant.