Politique

[Chronique] Gabon : au nom du père, du fils et du coronavirus

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La Fédération des Églises charismatiques, pentecôtistes et de réveil du Gabon avait décidé le 12 septembre dernier de rouvrir les églises sans autorisation.

La Fédération des Églises charismatiques, pentecôtistes et de réveil du Gabon avait décidé le 12 septembre dernier de rouvrir les églises sans autorisation. © Damien Glez

Alors que les églises sont toujours fermées pour cause de Covid-19 au Gabon, la grogne monte parmi les croyants. Et au sein du clergé.

Les voies du coronavirus sont aussi impénétrables que celles du Seigneur. Scientifique ou pas, bien malin celui qui peut dire, avec certitude, si une deuxième vague d’infections sera effective dans les pays les plus affectés par le virus et si le continent restera encore largement épargné. Les plus laïcs n’oublient pas que c’est un rassemblement religieux – dans l’église La Porte ouverte chrétienne, à Mulhouse, en février – qui avait fait basculer la France dans la pandémie et exporté l’infection dans certains pays d’Afrique.

Pour les croyants pratiquants, et singulièrement les adeptes des mouvements « charismatiques », un lieu de culte serait plutôt un vivier de guérisons, en écho aux miracles sanitaires du Christ…

Au Gabon, ce 26 septembre, le ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha, et son collègue de la Santé, Guy Patrick Obiang Ndong, réaffirmaient pourtant qu’il n’y avait « aucune ouverture des églises prévue » le week-end en question. Une réponse directe à la décision de la Fédération des Églises charismatiques, pentecôtistes et de réveil du Gabon de rouvrir les lieux de culte dès le 27.

Évêque interpellé

L’annonce gouvernementale précédait l’outrepassement apparent de l’église Bethsaïda. L’évêque Jean-Baptiste Moulaka y sera interpellé, ce dimanche, devant des fidèles qui, eux, affirmeront que les activités du jour s’apparentaient moins au culte qu’à une séance de désinfection…

La déprime a laissé place à l’agacement

Comme dans de nombreux pays, la déprime liée aux premières mesures de distanciation sociale a laissé place à un agacement certain au Gabon. Telle une goutte d’eau qui fait déborder le calice, la persistance des restrictions alimente une rébellion qui entamerait bien le sacro-saint principe de la laïcité et donc de la primauté des lois de la République sur celles de la religion.

Et les arguments de pleuvoir, des plus statistiques aux plus politiciens : les 54 décès gabonais avérés dus au Covid-19 (pour environ 8 700 infections officielles) ne justifieraient pas un tel branle-bas de combat sanitaire ; certaines provinces ne compteraient plus de cas actifs ; certains tests positifs surestimeraient l’activité réelle du virus ; les masses populaires useraient de prophylaxies efficaces que les autorités « occidentalisées » snoberaient…

Un agenda politique caché ?

Provocateurs, certains disent admettre la distanciation religieuse, à condition qu’on interdise aussi la circulation de véhicules sur tout le territoire, afin d’anticiper les accidents meurtriers de la route. Quant aux plus politiques qui voient midi à leur porte militante, ils affirment que les rassemblements du parti au pouvoir violeraient la règle de prudence imposée aux Églises.

Mues par un agenda politique caché ou pas, les autorités rappellent que les négociations sur les conditions de réouverture des lieux de culte continuent au fil des statistiques sanitaires et qu’un « allègement progressif des mesures restrictives amorcé le 30 juin dernier se poursuit pour tous les secteurs d’activités impactés ». Et Dieu l’omniprésent ne se rencontre-t-il pas en dehors de ses temples ?

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