Politique

Présidentielle en Guinée : le chapitre du « fichier de la discorde » est-il clos ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Dans un bureau de vote de Conakry, lors de la présidentielle de 2015.

Dans un bureau de vote de Conakry, lors de la présidentielle de 2015. © REUTERS/Luc Gnago

La refonte du fichier électoral, pierre d’achoppement entre le pouvoir et l’opposition depuis des années, a été validée par la Cedeao. Si la Ceni et le parti d’Alpha Condé s’en réjouissent, l’opposition maintient ses critiques et ses doutes.

À quelques jours de la présidentielle du 18 octobre prochain, c’est un véritable satisfecit que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a délivré dans son rapport sur l’état du fichier électoral, pourtant au cœur des polémiques depuis des années. Cela suffira-t-il à clore cet interminable contentieux ? Rien n’est moins sûr.

« Le fichier électoral est débarrassé de toutes les anomalies rencontrées au regard du code électoral. Il est de qualité suffisante pour les prochaines élections », a affirmé mercredi 23 septembre Francis Béhanzin, chef de la mission dépêchée à Conakry par l’organisation régionale, fin août.  « Il n’existe sur le fichier aucun électeur sans pièce justificative », a ajouté le général béninois, Commissaire « Paix et sécurité » à la Cedeao.

La Ceni se félicite

En février dernier, la Cedeao avait obtenu, in extremis,  le report du double scrutin (législatives et référendum constitutionnel). Le vote avait alors été repoussé, quarante-huit heures seulement avant la date initialement prévue, le 1er mars.

« Pour en arriver au report de ces consultations, se souvient le général Béhanzin, il a fallu un travail de persuasion. Je ne vous le cache pas : le chef de la mission, le général Salou Djibo, et moi-même avons fait face au chef de l’État. Il n’a pas été facile de le convaincre. Mais le président Alpha Condé ne pouvait pas faire autrement, compte tenu de sa stature et de son militantisme panafricain. »

Dans leurs conclusions, la Cedeao et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui a également mené un audit sur le même fichier électoral, avaient notamment recommandé le retrait des 2,4 millions d’électeurs inscrits sans pièces justificatives. Cependant, le double scrutin s’est finalement tenu le 22 mars sans observateurs internationaux et sans l’opposition, qui l’avait boycotté en arguant, notamment, du mauvais état du fichier électoral.

Six mois plus tard, et fort du rapport de la Cedeao, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Kabinet Cissé, voit dans les conclusions de la Cedeao « une consécration de l’effort fourni par l’ensemble des commissaires de la Ceni ». Évoquant un « résultat concluant », il affiche « un sentiment de satisfaction, de travail bien accompli ».

Tibou Kamara, le très influent conseiller personnel du chef de l’État, ministre d’État chargé de l’Industrie et PME, a pour sa part estimé que ces conclusions « permettent d’établir la fiabilité du fichier électoral, ce qui est un gage de transparence des élections à venir » et sont une preuve « de la volonté politique du chef de l’État d’organiser des élections démocratiques, transparentes dont les résultats seront crédibles, acceptées et acceptables par tous ».

Dans un entretien relayé par plusieurs médias guinéens, celui qui est aussi le porte-parole d’Alpha Condé pour cette campagne présidentielle, balaie les critiques émises par l’opposition, affirmant que c’est à la demande de celle-ci que la Cedeao a été impliquée et jugeant qu’ « elle ne devrait pas désapprouver le rapport simplement parce qu’il ne correspondrait pas à ses attentes ».

Les doutes persistants de l’opposition

À peine Francis Béhanzin avait-il rendu les conclusions de l’audit de la mission technique de la Cedeao, l’opposition est en effet montée au créneau. Lors de la présentation du fichier électoral par la Ceni, le 14 septembre dernier, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) avait déjà donné de la voix pour le critiquer.

À l’origine de la colère de l’opposition, notamment, les fortes disparités régionales. La région de Kankan, fief historique d’Alpha Condé, concentre ainsi 22 % des électeurs (1,17 million), soit plus que la région de Conakry (19 % des électeurs, avec 1 million d’inscrits). Et à l’inverse,  la région de Labé, bastion de Cellou Dalein Diallo, principal opposant au président sortant, ne représente que 8 % de l’électorat (avec 424 832 électeurs inscrits).

Se disant « déçu », Cellou Baldé, ancien député UFDG, a affirmé que son parti n’avait pas été sollicité par les experts de la Cedeao. « Ils ont fait un travail solitaire, sans nous associer, regrette-t-il. L’audit a été fait après l’émission et la distribution des cartes d’électeurs. Conséquences : il y en a qui détiennent des récépissés sans avoir leurs cartes ». Pour lui, « le fichier électoral n’est pas fiable », et « conforte nos doutes sur le gonflement de l’électorat dans les fiefs du pouvoir en Haute Guinée ».

Moins tranché, Dansa Kourouma, président du Conseil national des organisations de la société civile (CNOSC), salue des « améliorations » dans le fichier électoral refondu. « La masse d’électeurs enregistrés lors de la dernière révision exceptionnelle avait été gonflée, juge-t-il. Après le travail des experts de la Cedeao, je pense que l’on peut dire que le fichier a été décompressé. Et la phase de distribution des cartes d’électeurs est une autre opportunité à saisir pour continuer d’assainir le fichier. »

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