Politique

Grève des avocats en Algérie : la fronde des robes noires

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Mis à jour le 29 septembre 2020 à 10h26
Manifestation d’avocats, à Alger, le 7 mars 2019.

Manifestation d’avocats, à Alger, le 7 mars 2019. © Bensalem-APP/Andia.fr

Alors que les procès de plusieurs personnalités de l’ère Bouteflika doivent se poursuivre, les avocats du pays entrent en grève. Explications.

L’Union nationale des ordres des avocats a appuyé, ce lundi 28 septembre, la position du barreau d’Alger qui a décidé dimanche d’une grève pour réclamer une « justice indépendante ». À l’issue d’un conclave tenu à la Cour suprême, elle a décidé de paralyser l’activité judiciaire, sur l’ensemble du territoire national, le 30 septembre et le 1er octobre, en protestation contre les violations récurrentes des droits de la défense et l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

C’est un nouveau coup dur pour le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune et son gouvernement, déjà en campagne pour le référendum sur la révision constitutionnelle, annoncé pour le 1er novembre, mais rejeté par une bonne partie de la classe politique. La position de l’Union des barreaux est pourtant jugée frileuse par certains membres du bâtonnat d’Alger.

Boycott de toutes les juridictions de la capitale

Le Conseil de l’ordre des avocats d’Alger — le plus important au sein de l’Union avec ses 8000 adhérents sur un effectif national de 45 000 avocats assermentés — s’est en effet montré le plus radical. Le vendredi 25 septembre, ses membres ont voté pour un boycott de toutes les juridictions de la capitale (tribunaux de première instance et Cour) du 27 septembre au 4 octobre.

Ils entravent ainsi la tenue des procès programmés durant cette période, dont certains très suivis sur le plan médiatique. Le procès en appel de l’homme d’affaires Ali Haddad poursuivi pour obtention de privilèges indus, de dilapidation de deniers publics, et de conflits d’intérêts, a ainsi été renvoyé à l’audience du 11 octobre.

Les procès du patron de Cima Motors, Mahieddine Tahkout, inculpé de corruption et de Mme Maya, de son vrai nom Lechnach Zoulikha Chafika, fille présumée du président déchu Abdelaziz Bouteflika, fixés au 30 septembre, seront certainement également ajournés.

Objet de la protestation ? Un incident survenu jeudi 24 septembre, lors du procès en appel de Mourad Eulmi, ex-PDG du concessionnaire automobile Sovac. Le bâtonnier Abdelmadjid Sellini sollicite le report du procès à la journée du samedi invoquant son épuisement. L’échange avec le magistrat, intraitable, dégénère. Pris d’un malaise, Sellini est évacué d’urgence vers l’hôpital.

Le président du Syndicat national des magistrats, Issaad Mabrouk, livre une version différente. Se référant aux témoignages du magistrat et du procureur général d’Alger, il insinue que l’acte du bâtonnier était prémédité pour obtenir coûte que coûte un ajournement du procès dans lequel le principal accusé devait être interrogé par vidéoconférence, sans son consentement. Une procédure désormais autorisée, à la faveur d’un amendement introduit au code de procédure pénal en août dernier.

Droits bafoués

Pour Me Nourredine Benissad, président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), « cet incident est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Nous nous éloignons de plus en plus de procès équitables ».

Ce qui est arrivé au bâtonnier d’Alger Abdelmadjid Sellini est une humiliation pour tous les avocats

Me Assoul Zoubida, ancienne magistrate, abonde  : « Les droits à la défense sont constamment bafoués. Qu’un bâtonnier ne soit pas respecté au moment où il formule une demande au profit de son mandant, veut dire qu’il n’y a plus de limite dans la répression. »

Une rencontre entre des représentants de la corporation et les autorités judiciaires n’est pas à exclure au cours de la semaine. Une approche a déjà été tenté par le procureur général près de la Cour d’Alger pour permettre au moins aux procès criminels de se tenir dans les délais prévus.

« Nous lui avons dit non », clame Me Baghdadi à ses collègues rassemblés sur le parvis du Palais de la Justice. « Ce qui est arrivé au bâtonnier d’Alger Abdelmadjid Sellini est une humiliation pour tous les avocats » assène-t-il, intraitable.

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