Industrie

Coronavirus : quel impact sur l’industrie manufacturière en Afrique ?

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Par  Edouard Mien

Doctorant au Cerdi

Par  Michaël GOUJON

Économiste du développement au Cerdi

Unité de fabrication de masques au Bardo, en Tunisie.

Unité de fabrication de masques au Bardo, en Tunisie. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Si la crise économique touche globalement l’ensemble des secteurs (hormis celui de la santé), le secteur manufacturier semble bien résister.

Au printemps 2020, les premiers rapports du FMI, de la Banque mondiale ou des Nations unies montrent que les pays africains restent, pour la plupart, relativement épargnés par les impacts sanitaires de la crise. Cela s’explique par leur moindre intégration dans l’économie mondialisée, une population plus jeune, d’une densité moindre que les autres continents et des mesures de prévention prises rapidement.

Même si elles diffèrent grandement entre pays, les perspectives à moyen terme sont plus problématiques, du fait de la relative faiblesse des systèmes de santé et de la difficulté de faire respecter le confinement ou les gestes barrières à une population en situation de pauvreté.

Mais dans ces premiers mois, le choc semble tout de même plus économique que sanitaire. La demande internationale des matières premières qui sont exportées par l’Afrique faiblit, les productions nationales qui nécessitent des intrants importés souffrent parfois de la rupture des chaînes de production et d’approvisionnement, et les revenus issus de l’étranger (investissements, aide internationale, revenus des migrants) devraient diminuer. Enfin, les États disposent de moins de moyens financiers pour soutenir les entreprises, alors que celles-ci souffrent des mesures sanitaires.

Au Maroc, le textile, les industries métalliques et mécaniques ainsi que la construction ont été les plus fortement touchés

Si cette crise touche quasiment tous les domaines de l’activité économique, le secteur manufacturier semble cependant moins touché que les services – notamment le tourisme et les transports –, ou que les matières premières.

La Banque mondiale, à l’aide d’un modèle de simulation économique pour l’Afrique subsaharienne, estimait même en avril que l’impact de cette crise sur la valeur ajoutée serait positif en 2020, avec un gain de +5 % pour la production du secteur manufacturier – en raison d’un remplacement de produits importés par des produits locaux –, alors que l’agriculture perdrait environ 3 %, les services 6 % et le secteur de l’énergie 21 %.

Toutefois, cet impact positif est à relativiser, car le secteur manufacturier a une place réduite dans l’activité économique en Afrique. Il est sans doute moins exportateur (notamment vers les marchés chinois et européens), moins intégré aux chaînes de valeur et plus informel qu’ailleurs, même si, en la matière, une grande diversité caractérise le continent.

Différentes enquêtes, conduites auprès d’entreprises, permettent de disposer d’informations sur les sous-secteurs manufacturiers les plus touchés, par pays.

Ainsi, au Maroc, le textile, les industries métalliques et mécaniques ainsi que la construction ont été les plus fortement touchés, tandis qu’en Tunisie, les secteurs les plus exposés sont le tourisme, le transport et le textile, avec une accentuation de la fragilité financière des micro-entreprises.

Les restrictions administratives et la rupture des chaînes de production sont les principaux freins à la production, avant la baisse de la demande étrangère

Au Cameroun, les entreprises industrielles ont été moins impactées que les entreprises de services, tandis qu’au Burkina Faso, les deux secteurs sont pareillement fragilisés, le secteur textile étant particulièrement touché.

Sans surprise, les grandes entreprises dont la production est dédiée à l’exportation sont les plus touchées, mais les petites entreprises (en particulier de l’artisanat) peuvent être fortement impactées, et se montrent surtout moins résilientes que les plus grandes entreprises.

Une enquête que nous avons menée en mai auprès de plus de 80 experts africains complète ces premiers éléments. Elle indique que les restrictions administratives et la rupture des chaînes de production sont les principaux facteurs négatifs affectant la production – avant même la baisse de la demande étrangère.

Les causes du ralentissement

Les causes du ralentissement © Secteur privé et développement

Le continent pourrait même bénéficier en partie du remplacement des produits importés par ceux issus de la production locale

Les estimations du FMI datant de juin 2020 montrent que l’Afrique devrait perdre environ six points de croissance en 2020 par rapport à 2019, une perte équivalente à celle du Moyen-Orient, de l’Asie centrale et des pays en développement d’Asie ; et moindre que celle enregistrée par les pays d’Amérique latine et les Caraïbes, et par les pays développés.

Reste à savoir si le secteur manufacturier africain fera preuve de résilience, à moyen terme, face à une crise d’une nature et d’une ampleur inédites. Peut-être pourrait-il même bénéficier en partie du remplacement des produits importés par ceux issus de la production locale.

Ce texte est adapté d’un article paru dans le dernier numéro consacré au secteur industriel de la revue trimestrielle « Secteur privé & développement » éditée par Proparco, filiale de l’Agence française de développement. Il est repris ici avec l’autorisation expresse de SP&D et de ses auteurs.

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