Politique

Mali : qui est Moctar Ouane, le nouveau Premier ministre de la transition ?

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Mis à jour le 29 septembre 2020 à 13h36
Le Premier ministre malien de transition, Moctar Ouane.

Le Premier ministre malien de transition, Moctar Ouane. © DR Primature du Mali

Nommé Premier ministre de la transition le 27 septembre, l’ex-ministre des Affaires étrangères est un diplomate reconnu. Sa neutralité politique sera un avantage pour former un gouvernement consensuel.

Sa nomination aura été le premier acte posé par le colonel-major à la retraite Bah N’Daw. Deux jours après son investiture, le nouveau président de la transition a signé le décret qui fait de l’ex-ministre des Affaires étrangères, Moctar Ouane, son chef de gouvernement. À 65 ans, il a été préféré à un membre du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), qui avait proposé pas moins de quatorze noms pour le poste. Il doit maintenant former sa nouvelle équipe, qui sera chargée de conduire la transition malienne jusqu’à l’organisation de nouvelles élections.

  • De Moussa Traoré à ATT

Ancien conseiller diplomatique des présidents Moussa Traoré (entre 1990 et 1991) et Amadou Toumani Touré (entre 1991 et 1992), le nouveau Premier ministre a officié durant sept ans en tant que ministre des Affaires étrangères, de 2004 à 2011. Il avait auparavant exercé diverses fonctions au sein de l’État, notamment en tant que conseiller puis en tant que chef de cabinet au secrétariat général de la présidence.

  • Conseil de sécurité

Représentant permanent du Mali auprès des Nations unies de 1995 à 2002, Moctar Ouane a représenté le groupe africain auprès du Conseil de sécurité. Ces années à New York, ajoutée à son expérience au ministère des Affaires étrangères, lui ont permis de tisser des relations à l’international. Un profil ouvert vers l’extérieur, qui permet de rétablir un équilibre avec celui – plus sécurocrate – du président de la transition.

  • Premier civil

Il est le premier membre de l’exécutif de transition à ne pas appartenir à la classe militaire. Le président de la transition est un ancien colonel-major et la vice-présidence est occupée par le colonel Assimi Goïta, meneur du putsch du 18 août qui a provoqué la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) et membre du Comité national pour le salut du peuple (CNSP). La nomination d’un Premier ministre civil était l’une des exigences de la Cedeao en vue de la levée des sanctions économiques imposées à Bamako.

  • Neutralité

Moctar Ouane n’affiche aucune coloration politique. Une neutralité nécessaire pour mener à bien la période de transition, censée s’achever d’ici à 18 mois. « Ce choix correspond au besoin d’avoir des éléments neutres et une transition civile. Moctar Ouane n’est ni trop vieux ni trop jeune et répond aux critères attendus d’un bon technocrate. Il permet d’équilibrer l’équipe », analyse Housseini Amion Guindo, président du parti Convergence pour le développement du Mali (Codem).

  • Paix et sécurité

Il vient de quitter ses fonctions de délégué général à la paix et à la sécurité de l’Uemoa, poste qu’il occupait depuis janvier 2016. Il avait rejoint l’organisation deux ans plus tôt.

  • Polyglotte

Né le 11 octobre 1955 à Bidi, dans le cercle de Bankass, Moctar Ouane est originaire de la région du centre. Marié et père de trois enfants, il parle le français, l’anglais, le bambara et le peul.

  • Diplomate respecté

Moctar Ouane semble jouir d’une bonne réputation au sein des cercles diplomatiques, qui louent son professionnalisme. « Malgré son jeune âge, c’était quelqu’un d’unanimement respecté et apprécié à New York », se remémore un diplomate occidental qui l’a côtoyé lorsqu’il représentait l’Afrique au Conseil de sécurité, et qui le décrit comme un homme « calme et pondéré » et un « interlocuteur apprécié ».

  • Partisan du dialogue

Réputé pour être un homme de dialogue et de consensus, Moctar Ouane a toujours favorisé le dialogue comme outil de résolution de la crise malienne. « L’usage de la force concerne l’aspect sécuritaire de la réalité dans l’espace sahélo-saharien, pour parvenir à anéantir les groupes mafieux terroristes. Pour ce qui concerne l’autre volet de la crise, le volet politique, le dialogue, la négociation, reste l’option prioritaire. Je pense qu’il faut distinguer les choses très clairement », déclarait-il en 2012 alors qu’il était interrogé au sujet d’une possible intervention au Mali.

  • Lutte contre la corruption

Particulièrement attendu sur les questions de transparence, le Premier ministre sera scruté sur sa gouvernance. À l’occasion de sa nomination, un rapport du vérificateur général datant de 2010 a ressurgi. Il pointe notamment des fraudes et une mauvaise gestion au sein de la direction financière du ministère des Affaires étrangères entre 2007 et 2009, lorsqu’il était en fonction.

  • Nombreux défis

Au-delà de la création de son gouvernement, qui devra être composé au maximum de 25 membres, le nouveau Premier ministre devra composer avec une équipe hétéroclite et trouver sa place entre le président et le vice-président. La mission est d’autant plus délicate que les arrangements institutionnels entre les différents acteurs de la transition restent à mettre en œuvre.

Malgré sa nomination, les sanctions de la Cedeao continuent pour l’instant de peser sur le Mali. Leur levée est suspendue à certaines des exigences de l’organisme régional, comme la publication de la charte de la transition ou la libération des membres de l’ex-régime toujours en détention.

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