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Maroc-Mauritanie : comment Éric Besson, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, fait jouer son réseau 

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 16 octobre 2020 à 18h15
Eric Besson, alors ministre de l’Industrie, en juillet 2011.

Eric Besson, alors ministre de l'Industrie, en juillet 2011. © ABDELHAK SENNA/AFP

Président de Sicpa au royaume, où il compte sur un solide carnet d’adresses pour faire avancer ses affaires, Éric Besson est aussi un discret lobbyiste. En Mauritanie, il joue les intermédiaires dans un projet de rachat de l’opérateur Mattel. 

Installé au Maroc depuis 2019 où il dirige la filiale locale de Sicpa, l’un des leaders mondiaux en matière de solutions et services d’authentification et de traçabilité sécurisés, Éric Besson a aussi gardé une activité de conseil. Membre depuis 2018 du conseil d’administration du Groupe de liaison des amis de la Mauritanie (Glam) créé par l’avocat de ce pays Jemal Taleb, il accompagne actuellement le groupe Telecel (actif notamment en Centrafrique et en Afrique du Sud) dans son projet de rachat de l’opérateur Mattel, filiale en Mauritanie de Tunisie Telecom.


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Selon nos informations, l’ancien ministre français de Nicolas Sarkozy travaille sur ce dossier avec la banque d’affaires Rochefort et associés, fondée par Enguerrand Rochefort, partenaire habituel de Telecel.

Tunisie Télécom qui possède 51% du capital et ses associés minoritaires locaux, Mohamed Ould Bouamatou et Béchir El Hassen, se sont à nouveau entendus pour mettre en vente la société. Outre Telecel, le groupe Axian, contrôlé par la famille Hiridjee, étudie cette opportunité. Orange, sans doute dans la perspective d’une association avec sa filiale sénégalaise Sonatel, est aussi un candidat naturel pour cette acquisition. En 2016, le groupe français avait tenté sa chance, mais l’opération avait échoué en dépit d’une offre de 60 millions d’euros, réévaluée à 80 millions. Les autorités tunisiennes avaient finalement décliné la vente pour des raisons politiques.

Mattel qui est aujourd’hui le troisième opérateur de Mauritanie avec un chiffre d’affaires de 45 millions de dollars, derrière Chinguitel (un peu moins de 60 millions) et Mauritel (158 millions, filiale de Maroc Télécom) ne serait plus évalué qu’entre 10 et 30 millions d’euros, selon un expert télécom au fait du dossier. Une autre source mauritanienne indique qu’un investissement de 30 millions de dollars sera aussi nécessaire pour remettre à niveau les équipements et le réseau de l’opérateur, qui possède des licences 2G et 3G.

Avant d’implanter avec succès Sicpa au Maroc, où il est né, Éric Besson était déjà conseiller de la société familiale suisse, connue aussi pour employer Dominique Strauss-Kahn (“DSK”), autre ancien ministre français résidant dans le royaume. Les deux hommes entretiennent d’ailleurs de très bonnes relations. L’ex-socialiste, devenu secrétaire d’État à la Prospective, puis détenteur des portefeuilles de l’Immigration et par la suite, de l’Industrie sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a également été consultant à l’international pour le géant de l’énergie français Engie. Désormais installé à Rabat, Éric Besson, dont l’épouse, Jamila Azeroual, est franco-marocaine, peut compter sur un solide réseau pour faire avancer ses affaires.

Même s’ils se sont un peu éloignés, sa première porte d’entrée au Maroc a été Brahim Fassi Fihri, fondateur de l’Institut Amadeus et des conférences MEDays auxquelles Besson a participé à de nombreuses reprises. Il connaît bien le père du jeune entrepreneur, Taieb Fassi Fihri, conseiller du roi Mohammed VI et ancien ministre des Affaires étrangères. Depuis quelques années, il s’est beaucoup rapproché du communicant Omar Alaoui. L’ancien directeur de cabinet de Salaheddine Mezouar, à l’époque où ce dernier était encore le patron des patrons du royaume, officie depuis fin 2019 pour le cabinet de lobbying ESL & Network, dirigé par Alexandre Medvedowsky.

Par l’intermédiaire d’Alaoui, Éric Besson a rencontré l’homme d’affaires Hicham Aït Menna, actif notamment dans l’immobilier et président du club de football de deuxième division du Chabab de Mohammedia, ville où l’ex-ministre a passé une partie de son enfance. Les deux hommes possèdent la même passion pour le ballon rond au point d’avoir projeté de racheter récemment le club français, pensionnaire de Ligue 2 de Troyes. Hicham Aït Menna, proche du président du Rassemblement national des indépendants (RNI) et ministre de l’agriculture Aziz Akhannouch, aurait par ailleurs dans son viseur la mairie de Mohammedia.

Dans les milieux économiques, Éric Besson a enfin su cultiver des liens d’amitié avec son ancien homologue marocain au ministère de l’Industrie Ahmed Réda Chami qui dirige actuellement le Conseil économique, social et environnemental. Il fut, entre 2016 et 2018, ambassadeur auprès de l’Union européenne.

Maintenant solidement ancré au Maroc, Éric Besson n’a en revanche plus énormément de contacts avec la Tunisie, pays de son ex-femme Yasmine Tordjman, arrière petite-fille de Wassila Bourguiba, seconde épouse du premier président tunisien. Le couple avait fait connaissance via l’entremise du producteur de cinéma Tarak Ben Ammar, lui même neveu de l’ancienne première dame. Les deux hommes auraient gardé, malgré le divorce prononcé en 2015, une estime réciproque.

A la suite de la publication le 29 septembre de notre article “Maroc-Mauritanie : comment Eric Besson, ancien ministre sous Nicolas Sarkozy, fait jouer son réseau” Eleanor Azar, Board Executive Deputy de Telecel Group, nous a fait parvenir le droit de réponse suivant :

“Telecel Group tient à apporter un démenti formel à certaines allégations contenues dans l’article. S’il est exact que Telecel Group étudie avec intérêt la possibilité de s’associer à la reprise et au développement de la société Mattel, opérateur de téléphonie mobile en Mauritanie, il est en revanche erroné d’affirmer que la société française de conseils financiers Rochefort et associés, le conseille à ce sujet.

Il est également inexact d’affirmer dans votre article que Telecel Group a eu recours aux services de Monsieur Eric Besson et/ou de la société SICPA pour le projet envisagé en Mauritanie.”

Enguerrand Rochefort, fondateur de la banque Rochefort, nous a également fait savoir que sa “banque d’affaires ne travaille pas avec Telecel sur le rachat de Mattel.” Il a en revanche précisé être effectivement intéressé par la vente de cet opérateur mobile.

 

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