Économie

Liaisons Afrique-Asie : Emirates parie sur la réouverture du ciel pour rebondir

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 25 septembre 2020 à 16:56

Emirates, qui a repris peu à peu ses opérations en Afrique de l’Ouest depuis le 15 juillet 2020, peine cependant à se projeter, même à court-terme. © Kamran Jebreili/AP/SIPA

Reprenant ses opérations sur le continent, le géant dubaïote des airs reste plongé dans l’incertitude. Emirates compte cependant sur un retour de ses voyageurs entre l’Afrique et l’Asie pour sortir de l’ornière. 

Comme ses principaux concurrents Turkish Airlines et Ethiopian Airlines, Emirates a repris peu à peu ses opérations depuis le 15 juillet en Afrique de l’Ouest, relançant début septembre ses dessertes d’Abidjan, Accra ou encore Conakry, tout en restant cependant encore banni au Nigeria pour cause de non-réciprocité en matière de visa.

Fréquences réduites

La compagnie relie à nouveau onze destinations sur le continent, au lieu d’une vingtaine avant la pandémie, et s’apprête à rouvrir cinq autres liaisons début octobre : Le Cap, Johannesburg, Durban, Harare, Maurice. Mais les fréquences des vols ont été réduites, Emirates effectuant par exemple deux rotations hebdomadaires sur Dakar contre cinq avant la crise sanitaire.

En raison des contraintes sanitaires et réglementaires extrêmement changeantes, le géant des airs dubaïote a beaucoup de mal à se projeter, même à court-terme. Les cabines de ses Boeing 777 connaissent une fréquentation variable, loin de faire le plein comme c’était le cas par le passé, estime une source proche de l’entreprise. « Seule l’arrivée d’un vaccin pourrait rassurer les voyageurs, faciliter leur déplacement et donner plus de visibilité aux compagnies », commente un spécialiste du secteur.

Tout n’est pas sombre pour autant. Emirates a pu jusqu’à ces dernières semaines profiter d’un trafic de commerçants et touristes ouest-africains, attirés par les facilités accordées en matière de visa par Dubaï et des offres hôtelières attractives, alors que l’Europe restait fermée aux Ouest-Africains non-résidents sur le Vieux-Continent. L’Emirat draine chaque année des millions de consommateurs dans ses centres commerciaux et espaces duty-free ultra-luxueux.

Espoirs d’une reprise

Mais, pour retrouver de la vigueur, la compagnie dont le hub constitue une grande porte d’accès vers l’Asie et le Moyen-Orient – et le fruit de son succès – , attend avec impatience la réouverture des frontières chinoises et saoudiennes, alors que commencera, début octobre la Omra, le petit pèlerinage vers La Mecque. Celui-ci ne sera autorisé aux musulmans non Saoudiens que le 1er novembre.

Outre ce public de fidèles, c’est chez les importateurs africains qu’Emirates a trouvé ces dernières années son plus important vivier de clientèle, enregistrant une hausse constante de la fréquentation depuis l’Afrique de ses routes vers la Chine, l’Inde, la Corée et le Japon.

Si sa première destination restait de loin Canton, avec ses nombreux marchés de rue où les commerçants venaient faire le plein de vêtements et de produits électroniques, elle a aussi développé de nombreuses liaisons vers des villes asiatiques secondaires comme Zhengzou ou Yinchuan, au cœur de l’hinterland chinois.

Ses avions sont par ailleurs devenus de plus en plus prisés par les hommes d’affaires chinois, coréens ou encore australiens, qui se rendent au Sénégal, en particulier pour les projets gaziers, et en Côte d’Ivoire. « Ce trafic sera le premier à redécoller », indiquait en mai à Jeune Afrique Tewolde GebreMariam, directeur général d’Ethiopian Airlines. De quoi conserver, malgré tout, une pointe d’optimisme pour Emirates, qui a déjà remboursé pour 1,1 milliard de dollars de billets à ses clients partout dans le monde, et qui, sur le papier, bénéficie de reins suffisamment solides – liquidités, aide de l’Etat, structure de coûts – pour profiter d’une reprise du trafic dont la date, aujourd’hui encore, reste une grande inconnue.