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Football : pourquoi la fédération malgache cumule-t-elle les dettes ?

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Mis à jour le 25 septembre 2020 à 15h33
Le footballeur malgache Jerome Mombris lors du quart de finale de la CAN face à la Tunisie, le 11 juillet 2019, au stade Al Salam du Caire

Le footballeur malgache Jerome Mombris lors du quart de finale de la CAN face à la Tunisie, le 11 juillet 2019, au stade Al Salam du Caire © AP Photo/Ariel Schalit

La Fédération malgache de football a de lourdes dettes à son compteur. Les performances de la sélection nationale lors de la CAN 2019 lui avaient pourtant permis de renflouer ses caisses…

Il y a un petit peu plus d’un an, lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en Égypte, Madagascar a atteint les quarts de finale face à la Tunisie (0-3), après avoir notamment battu le Nigeria au premier tour (2-0) et éjecté la RD Congo (2-2, 4-2 aux t.a.b).

À leur retour au pays après cette toute première participation à une phase finale, les Baréa, entraînés par le Français Nicolas Dupuis, ont été fêtés comme des héros. Cette performance est ainsi venu renforcer l’orgueil de Madagascar, l’ego des joueurs… et, accessoirement, les finances de la Fédération malgache de football (FMF).

En effet, la Confédération africaine de football (CAF) lui a versé deux importantes sommes : 260 000 dollars de prime de qualification – dont 90 000 dollars partagés entre les joueurs – et 1,05 millions de dollars de prime de performance – dont 650 000 dollars versés aux internationaux.

Dettes et primes non versées

L’instance a donc récolté au total 570 000 dollars. Pourtant, des questions financières se posent encore aujourd’hui.

Ainsi, des primes inhérentes au parcours de la sélection malgache en Égypte, d’un montant de quelques milliers d’euros, n’ont toujours pas été virées à certains membres du staff. Et plusieurs d’entre eux attendent toujours que la prime relative à la victoire obtenue au Niger en novembre dernier (6-2), lors des qualifications pour la CAN 2022, d’un montant total d’environ 2000 euros, leur soit versée.

Hôtels, VTC, frais de santé… La fédération doit régler plus de 23 000 euros

Ces retards viennent par ailleurs s’ajouter à des dettes contractées auprès de plusieurs prestataires de service lorsque la sélection préparait la phase finale en Égypte. Selon des documents que Jeune Afrique pu consulter, la fédération malgache n’a pas encore réglé l’intégralité de certaines factures : elle doit encore s’acquitter de 16 243,04 euros pour l’hébergement dans un établissement en Île-de-France, 4150 euros pour des trajets en VTC, 2100 euros pour des contrôles de l’activité cardiaque des joueurs et des échographies, ainsi que 748,28 euros pour des prises de sang. Soit un total de plus de 23 000 euros.

Une source locale assure aussi, sous couvert d’anonymat, « que de nombreux billets d’avion n’ont pas été payés » à deux agences de voyage situées à Antananarivo. Ces titres de transport ont été achetés pour des membres de la délégation lors de déplacements liés à des matches internationaux, faisant gonfler la facture de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Le lanceur d’alerte écarté

Le non-paiement des factures a été signalé au début du mois de septembre à des membres de la CAF par Sylvain Razafinirina, le coordonnateur sportif de la sélection. Informée, la fédération malgache l’a immédiatement licencié, le 7 septembre.

« J’ai estimé qu’il était normal de transmettre cette information à la CAF. Les factures doivent être honorées. Elles remontent à plus d’un an pour la plupart, et la fédération a touché de l’argent de la CAF », explique Razafinirina.

Selon la fédération, ces dettes ont été contractées par ses prédécesseurs

Le coordonnateur sportif a reçu un soutien massif des joueurs, dont certains sont agacés par les manquements à répétition de l’instance. « Le licenciement de Razafinirina est injuste, car il faisait beaucoup pour la sélection, pour l’organisation. Mais c’est souvent comme ça en Afrique, au niveau des fédérations, ce n’est pas assez stable », confirme Anicet Abel, le capitaine des Baréa.

Contactée, la fédération justifie l’éviction du coordonnateur sportif de la sélection, en poste depuis 2007 : « Il ne lui appartenait pas d’effectuer cette démarche auprès de la CAF. Il n’en a pas les attributions, il n’est pas élu, il a été nommé pour occuper une fonction bien précise. Il s’agit d’une affaire interne à la fédération », explique Jocelyn Razafimamonjy, président de la commission communication et membre du comité exécutif de l’instance.

Des huissiers saisis

« Ces dettes existent, reconnaît ce dirigeant. Mais elles ont été contractées par le Comité de normalisation, qui a dirigé la fédération sur instruction de la FIFA, jusqu’à l’élection de septembre 2019. » À l’automne 2019, une partie de la presse malgache avait accusé Béatrice Attalah, la présidente du Comité de normalisation, d’avoir laissé une ardoise de près de 500 000 euros à la fédération fraîchement élue…

La FMG a aussi hérité de dettes dont elle n’est pas responsable. Ainsi, un agent (Lova Ramisamanana, président de l’agence Alefa Barea) qui avait organisé deux matches amicaux contre les Comores (1-1, le 11 novembre 2017 à Saint-Leu-la-Forêt) et le Kosovo (0-1, le 24 mars 2018 à Franconville), s’était contenté de verser une avance aux deux hôtels qui avait accueilli la délégation malgache. Mais le solde, qui se chiffre à plusieurs milliers d’euros, n’a jamais été payé, et les établissements se sont tournés vers la fédération.

« Nous allons payer tout ce que nous devons, assure Razafimamonjy. Nos finances restent néanmoins fragiles. Nous étudions actuellement la meilleure façon de régler toutes les factures, et nous allons en donner le détail à la FIFA. »
La fédération ne peut pas utiliser les subventions de la FIFA, destinées notamment à des programmes de développement, ou de la CAF, pour payer des dettes de ce type.

« La FMF a touché pas mal d’argent grâce à la CAN. Des centaines de milliers d’euros ont été versés, il faut donc s’interroger sur leur utilisation. Il n’est pas normal que des factures anciennes, dont certaines ne sont pas d’un montant très élevé, n’aient pas été payées, depuis tout ce temps », estime un observateur avisé du football malgache, qui se dit surpris par cette affaire. Entre le Comité de normalisation, la nouvelle fédération et le ministère des Sports, on dirait que tout le monde se renvoie la balle », poursuit-il.

Selon nos informations, certains des créanciers ont déjà saisi des huissiers de justice…

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