Politique

Maroc : soutien royal au football féminin

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La sélection féminine marocaine affrontant l’équipe algérienne de football lors de la CAN 2014.

La sélection féminine marocaine affrontant l'équipe algérienne de football lors de la CAN 2014. © FADEL SENNA / AFP

Le royaume, qui a développé ces dernières années une solide diplomatie sportive sur le continent, veut désormais s’illustrer sur la planète du foot féminin.

Depuis quelques années, le Maroc s’est positionné comme un des acteurs majeurs du sport en Afrique, et particulièrement du football. Le royaume, qui s’est doté d’infrastructures modernes, a été candidat malheureux à l’organisation de la Coupe du Monde 2026 face au trio composé des États-Unis, du Canada et du Mexique. Il a également développé une politique de diplomatie sportive, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) signant de nombreux accords de partenariats avec plusieurs fédérations africaines.

Mais le football féminin faisait encore récemment figure de parent pauvre de cette politique active. La mise en place d’un récent projet de développement de ce secteur devrait lui permettre de réaliser un bond en avant. Fouzi Lekjaa, le président de l’instance, avait érigé le développement du football féminin en priorité en 2018. Deux ans plus tard, les avancées sont significatives.

Professionnalisation

« Nous ne partions pas du néant, car des choses existaient déjà avec des championnats, des sélections nationales dans plusieurs catégories d’âge et, depuis 2016, une académie basée à Rabat et exclusivement réservée aux filles, explique Omar Khyari, conseiller du président pour la promotion du football féminin. En 2019, une Ligue nationale de football féminin a été créée. Mais l’objectif était d’aller plus loin, en structurant et en accompagnant le football féminin ».

Le budget annuel alloué au football féminin est passé de un à six millions d’euros

Ainsi, le budget annuel alloué au football féminin est passé de un à six millions d’euros. Une somme conséquente qui devrait permettre aux quatorze clubs de Division 1 (D1) et aux trente de Division 2 (D2) de se professionnaliser.

« Les clubs de D1 toucheront chacun 120 000 euros par an, ceux de D2 auront 80 000 euros. Cela permettra de verser des salaires aux joueuses, et elles pourront ainsi vivre de leur passion », poursuit Khyari, qui précise qu’un salaire minimum a été fixé : 340 euros (D1) et 260 euros (D2). En outre, 10 000 cadres techniques spécialement dédiés au football féminin seront formés.

La FRMF ne versera pas cette somme sans obtenir des garanties. Ainsi, les clubs devront justifier le paiement régulier des salaires et des primes des joueuses et des staffs techniques, la prise en charge des frais médicaux, la création d’équipes de moins de 15 ans et de moins de 17 ans. Et la fédération vérifiera la bonne gestion financière.

Attirer l’attention des sponsors

À l’horizon 2024, celle-ci souhaite que le nombre de 90 000 licenciées soient atteint. « Il s’agit de créer une véritable économie autour du football féminin. L’investissement sur quatre ans représente 24 millions d’euros », ajoute Omar Khyari.

En professionnalisant le football féminin, en incitant des clubs exclusivement féminins à se créer, le FRMF espère attirer l’attention de sponsors. « Avec des structures solides, une bonne gestion financière, une exposition médiatique plus importante, et si nos sélections féminines ont des résultats, intéresser des partenaires économiques sera plus aisé », précise Khyari.

Pour mettre en forme ce projet, la FRMF a fait appel à l’ancienne internationale américaine Kelly Lindsay

Pour mettre en forme ce projet, la FRMF a fait appel à l’ancienne internationale américaine Kelly Lindsay, désormais en charge du football féminin à la Direction technique nationale marocaine.

« Le président Lekjaa estime que le foot féminin doit être géré de manière aussi professionnelle que le masculin. C’est cela qui m’a fait venir au Maroc. M. Lekjaa a décidé de mettre des moyens pour cette stratégie nationale. Nous avons fixé des objectifs annuels dans différents secteurs : jeu, détection des talents, formation des joueuses, des entraîneurs, les sélections nationales, etc. C’est un projet énorme, mais il est organisé avec précision et diligence », plaide-t-elle.

Vitrine

La fédération, qui a mis en place un projet d’ampleur sur le territoire national, n’ignore pas que la meilleure vitrine pour sa promotion reste la sélection nationale. Comme le confirme Kelly Lindsay, l’instance va « explorer le monde », afin de trouver des joueuses susceptibles de porter le maillot marocain. Car le Maroc n’a jamais fait d’étincelles sur la scène internationale : le pays n’a jamais participé à la Coupe du Monde, et ses deux seules apparitions en phase finale de la CAN (1998 et 2000) se sont achevées au soir du premier tour.

Les Lionnes de l’Atlas doivent être présentes de manière régulière dans les grandes compétitions

« Nous sommes conscients qu’il faut que les Lionnes de l’Atlas soient présentes de manière régulière dans les grandes compétitions, comme la Coupe du Monde et la CAN notamment », reprend Omar Khyari, qui mise aussi sur la première édition de la Ligue des Champions féminine en 2021 pour que le club marocain engagé s’y fasse remarquer. « Il faut que chaque fille sache que nous sommes là pour lui offrir l’opportunité de jouer pour le Maroc », ajoute Kelly Lindsay.

Au royaume, de nombreux terrains dédiés à la pratique amateur du football ont été installés. « Il faut que les filles y jouent, qu’elles le pratiquent autant que les garçons. Nous encourageons les filles à se tourner vers le foot, qu’elles n’hésitent pas à le faire. Nous savons que certaines d’entre-elles sont réticentes à faire du sport, alors que sa pratique est un élément d’égalité sociale », conclut Omar Khyari.

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