Politique

Guinée : comment Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo mènent campagne

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Mis à jour le 08 octobre 2020 à 14h24
Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé.

Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé. © Photomontage : Jessica Vieux pour JA ; Vincent Fournier pour JA

Dans une campagne qui prend des allures de duel entre Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, sur qui s’appuient les deux candidats pour convaincre ? Et quelle est leur stratégie ? Décryptage.  

La campagne est officiellement lancée. Dans la course qui vient de s’engager, la bataille pour convaincre les électeurs guinéens s’annonce particulièrement intense entre les deux principaux candidats : Alpha Condé, candidat à un troisième mandat, et son adversaire de toujours, Cellou Dalein Diallo, qui, après avoir tourné le dos à la stratégie du boycott prôné par une partie de l’opposition, mène sa troisième campagne présidentielle face au président sortant.

Et dans cette course pour le palais Sékhoutouréya qui prend des allures de duel, les stratégies commencent à se dessiner. Et elles sont en partie liées aux hommes et aux femmes qu’ils se sont choisi pour lieutenants.

Alpha Condé : la carte Ibrahima Kassory Fofana

Du côté d’Alpha Condé, le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, qui était déjà son directeur de campagne en 2015, rempile. C’est d’ailleurs lui qui est apparu sur les écrans de la télévision nationale dans le premier spot de campagne diffusé par le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG – Arc en ciel, parti présidentiel) – chaque candidat dispose de 7 minutes d’antenne par jour – pour exposer les axes sur lesquels Alpha Condé s’appuie pour tenter de se faire réélire.

Voter pour le président sortant, c’est « permettre à ce dernier de consolider les acquis de ses dix ans de gouvernance », a argué Ibrahima Kassory Fofana, promettant notamment « d’éradiquer l’extrême pauvreté ».

Ibrahima Kassory Fofana est épaulé par les leaders de la Coalition démocratique pour le changement dans la continuité (CODECC) comprenant des partis politiques dont la grande majorité sont dirigés par des ministres en poste. Aboubacar Sylla, le ministre des Transports, Mouctar Diallo, ministre de la Jeunesse et de l’Emploi, ou encore Papa Koly Kourouma, ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement sont sur le pont, dans les médias comme auprès de leurs militants.

« La spécificité de la campagne, c’est que la candidature du professeur Alpha Condé est particulièrement portée par les jeunes et les femmes », assure Domani Doré, porte-parole du RPG, qui explique que des commissions spécifiques ont été crées au sein du directoire de campagne pour « responsabiliser ces deux couches sociales ».

Et sur ce dossier, la Première dame, qui jusqu’ici se concentrait plutôt sur des actions humanitaires, s’implique directement. Fin août, lors d’une rencontre des femmes du RPG et des partis alliés au Palais du Peuple, Djénè Kaba Condé, a défendu l’idée d’une collecte de fonds auprès d’elles pour contribuer à financer la caution du candidat Alpha Condé. Depuis, la télévision nationale multiplie les reportages dans des marchés du pays montrant des femmes mettant la main à la poche. Objectif : récolter 800 millions de francs guinéens (environ 70 000 euros).

Pandémie oblige, Alpha Condé ne prévoit pas de parcourir le pays à bord de son hélicoptère pour s’offrir des bains de foule, comme il le faisait par le passé. Samedi 19 septembre, c’est d’ailleurs par visioconférence qu’il s’est adressé à ses militants réunis à Siguiri, dans son fief électoral de l’Est du pays. Le chef de l’État a alors tenu un discours pour le moins offensif. « Cette élection n’est pas seulement une élection, c’est comme si nous étions en guerre, a-t-il notamment lancé en malinké. Les autres candidats ont fait un bloc pour me combattre ». Et Alpha Condé d’ajouter : « Si vous votez pour un candidat malinké qui n’est pas du RPG, c’est comme si vous votiez pour Cellou Dalein Diallo. Vous devez le savoir. Dans la région du Fouta (fief de l’UFDG, NDLR), c’est Cellou seul qui est candidat ».

« Aucune tournée n’est prévue, mais nous n’excluons pas des visites inopinées sur le terrain »,  confie cependant Domani Doré, qui assure que le RPG veut privilégier le porte-à-porte et la proximité, avec un mot d’ordre : convaincre militants et sympathisants de retirer en masse leurs cartes d’électeurs.

Cellou Dalein Diallo : le retour de Fodé Oussou Fofana

Contrairement à Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, candidat de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) et principal opposant au président sortant, a d’ores et déjà programmé des visites dans les principales villes du pays. Mais il ne se rendra pas dans les sous-préfectures et villages, comme lors de ses deux précédentes campagnes pour la présidentielle. Voilure réduite pour cause de coronavirus, d’abord, mais aussi pour des raisons logistiques, assure son équipe de campagne.

« Entre 2010 et aujourd’hui, les routes se sont énormément dégradées. Il faut une journée pour rallier Kindia, qui se trouve à 135 kilomètres de Conakry. On va donc décentraliser notre organisation, de sorte que notre message touche tout le monde », affirme Ousmane Gaoual Diallo, directeur de communication de l’UFDG.

C’est Fodé Oussou Fofana, vice-président du parti, qui a été chargé de diriger la campagne de Cellou Dalein Diallo. Il l’avait déjà conduite lors de la première tentative de celui-ci face à Alpha Condé, en 2010, mais avait passé la main en 2015 à Aboubacar Sylla, alors porte-parole de l’opposition, passé depuis à la majorité et devenu ministre des Transports.

En le nommant à ce poste, Cellou Dalein Diallo marque sa confiance envers Fodé Oussou Fofana, avec lequel il a eu mailles à partir ces derniers mois. Le vice-président du parti comptait en effet parmi les partisans de la participation de l’UFDG aux dernières législatives, mais avait dû s’incliner devant l’option du boycott choisie par une partie de l’opposition, dont son parti. À l’inverse, pour la présidentielle, Fofana militait cette fois en faveur du boycott… Il dirige donc aujourd’hui une campagne pour une élection à laquelle il ne voulait, initialement, pas participer.

L’axe de campagne de Cellou Dalein Diallo s’est rapidement dessiné : l’UFDG mise sur « l’expérience » de son candidat. Ancien Premier ministre de Lansana Conté, député, candidat présent au second tour face à Alpha Condé lors de la présidentielle de 2010… Le parti met aussi en avant la participation de Cellou Dalein Diallo aux assemblées générales de l’ONU, lorsqu’il y remplaçait un président malade, ou encore les chantiers pilotés par l’opposant lorsqu’il était aux affaires. Et ne manque pas une occasion d’attaquer le bilan du président sortant.

« C’est grâce au travail de notre candidat dans le gouvernement de Lansana Conté que la Haute-Guinée est encore rattachée au reste du pays. Pour rallier cette région, les ministres d’Alpha Condé prennent l’avion pour Bamako et utilisent la route qui a été construite par Lansana Conté et Cellou Dalein », insiste ainsi Ousmane Gaoual Diallo, directeur de communication de l’UFDG.

En ce début de campagne, Cellou Dalein Diallo, qui séjourne actuellement à Dakar où il a donné une série d’interviews à des médias sénégalais, mise aussi sur ses soutiens à l’étranger. Ses partisans n’ont ainsi pas manqué de relayer la petite phrase du président bissau-guinéen dans l’entretien qu’il a accordé il y a quelques jours à Jeune Afrique. Umaro Sissoco Embaló y déclarait notamment : « Cellou, c’est mon frère, mon candidat préféré pour la Guinée. Si j’étais Guinéen, je voterai pour lui et Alpha le sait ! ».

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