Arts

Les masques africains au temps des algorithmes

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Mis à jour le 24 septembre 2020 à 16h38
Masque du collectif Obvious à la galerie Lebenson, en septembre 2020.

Masque du collectif Obvious à la galerie Lebenson, en septembre 2020. © Adrien THIBAULT/lebenson gallery

Le collectif français Obvious a réalisé une série de masques africains d’un nouveau genre, grâce à un ensemble d’algorithmes et au talent du sculpteur ghanéen Abdul Aziz.

Ovales, allongés, ou ronds, les masques créés par le collectif français Obvious arborent des formes africaines typiques… Mais il est difficile de leur attribuer une origine géographique. En réalité, chacun d’entre eux emprunte ses traits à plusieurs familles de masques grâce à l’emploi d’algorithmes.

Comme l’explique Hugo Caselles-Dupré, co-fondateur de Obvious, le processus de création commence avec un ensemble d’algorithmes existant déjà « sous forme de code informatique, mais jamais utilisé jusqu’ici dans les arts plastiques ». Ceux-ci ont été « entraînés » à reconnaître des milliers de modèles de masques africains glanés dans plusieurs bases de données : « Nous avons d’abord contacté le musée du Quai Branly (Paris), qui nous a fourni une base de 500 pièces. Puis nous avons ajouté d’autres sources, notamment des images trouvées sur Internet. »

Base de données

Pour que la magie opère, il faut, selon Obvious, « au minimum 2000 à 3000 masques dans la base de données », très variés. Le collectif a donc choisi d’intégrer des pièces issues de tout le continent africain et de toutes les époques, afin offrir aux algorithmes un terrain d’entraînement très large.

« Une partie des algorithmes va générer des visuels de nouveaux masques, et l’autre partie va les comparer avec ceux de la base de données », explique Hugo Caselles-Dupré. À partir d’un certain moment, les nouveaux masques sont jugés crédibles et triés par les membres d’Obvious selon des critères définis en amont. « Nous avons travaillé avec des experts dans les musées et chez Christie’s », précise le co-fondateur.

Les membres du collectif ont ensuite fait une sélection de vingt-deux masques, qui les ont séduit par « leur couleur et leur aspect un peu pop ». Certains ressemblent à des masques authentiques, mais avec un petit quelque chose en plus : « Ils sont par exemple inspirés par le style dogon, très présent en Afrique de l’ouest, tout en étant contemporain ».

Les masques seront présentés du 6 au 13 octobre à la galerie Lebenson de Londres

Masque du collectif Obvious à la galerie Lebenson, en septembre 2020. © Adrien THIBAULT/lebenson gallery

Société secrète

Il restait ensuite à produire les masques, à leur donner une existence concrète. Obvious est alors parti à la recherche de sculpteurs traditionnels dans différents pays africains, et a finalement contacté le ghanéen Abdul Aziz via les réseaux sociaux.

Propriétaire d’un atelier à Accra, le sculpteur est chargé de réaliser les masques créés par les algorithmes, mais reste libre de choisir les matériaux. Il a donc utilisé essentiellement un bois sombre, « du bois d’osese (ou sese), un bois d’Afrique de l’Ouest très utilisé au Ghana pour réaliser des objets sculptés ». Aussi appelé bois de Holarrhena Floribunda, holarrhene du Sénégal ou arbre à latex, il est présent dans la médecine traditionnelle. Pour les pigments, l’artiste a utilisé des produits naturels, « des patines à base d’acajou » et de cendres entre autres.

Chaque masque de la série est créé en un seul exemplaire et doté d’un nom en swahili, qui résume ses attributs ou sa fonction au sein d’une société secrète fictive. Les membres d’Obvious ont en effet imaginé tout un univers autour des masques. « Nous avons inventé un univers où une intelligence artificielle prendrait la place des divinités traditionnelles et serait objet d’un culte. Les masques sont donc reliés à des rituels fictifs où ils apportent une protection, ou favorisent la prise de décision ».

Le sculpteur ghanéen Abdul Aziz

Le sculpteur ghanéen Abdul Aziz © DR

Paris, Londres… et l’Afrique ?

Ces masques ont été exposés en septembre à Paris et seront présentés du 6 au 13 octobre à la galerie Lebenson de Londres. Est-il envisageable de les montrer ensuite en Afrique ? Pour le collectif oui, même si ses membres s’attendent à des réactions contrastées : leurs créations posent en effet la question de la place de l’artiste occidental face à des objets traditionnels, et des objets intervenant dans des rituels.

En attendant, les masques sont à vendre, comme n’importe quelle œuvre d’art.

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