Télécoms

Transfert d’argent : « L’Éthiopie n’a pas fermé la porte à M-Pesa »

Réservé aux abonnés | | Par
Une agence de transfert d'argent aux couleurs de M-Pesa à Nairobi au Kenya.

Une agence de transfert d'argent aux couleurs de M-Pesa à Nairobi au Kenya. © Sayyid Abdul Azim/AP/SIPA/2011

Conseillère en transformation digitale du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, Myriam Saïd revient sur les chantiers prioritaires de l’Éthiopie en matière de connectivité et d’entrepreneuriat numérique.

Myriam Saïd évolue dans les coulisses de l’administration du Premier ministre, Abiy Ahmed, depuis 2018. Cette physicienne formée à l’université de Provence Aix-Marseille, qui a dirigé une start-up éthiopienne du secteur de la fintech pendant huit ans, a dirigé les programmes de digitalisation du ministère éthiopien de l’Innovation et de la technologie pendant neuf mois avant d’intégrer, en février dernier, le cabinet du Premier ministre.

Elle le conseille désormais sur les sujets stratégiques liés au numérique, de la libéralisation du secteur des télécoms à la définition d’un « start-up act » en passant par l’ouverture aux investissements étrangers.

Jeune Afrique : Avec seulement 24 % de la population disposant d’un accès à internet, l’Éthiopie fait partie des pays les moins connectés du continent. Que faire pour combler ce fossé ?

Myriam Saïd : Nous manquons encore d’infrastructures télécoms, notamment de tours [au nombre de 8 000 aujourd’hui, quand il en faudrait environ dix fois plus] pour connecter les zones rurales. C’est l’une des raisons qui a poussé le gouvernement à libéraliser le secteur des télécoms et privatiser une partie d’Ethio Telecom, deux processus en cours actuellement.

Ce retard ne doit pas masquer le fait qu’un gros travail a été fait ces dix dernières années. Nous avons principalement installé 35 000 kilomètres de fibre optique, ce qui constitue un solide « backbone » national. À ce jour, 80 à 85 % des principales villes du pays sont câblées.

L’attribution de deux licences d’opérateurs télécoms devait initialement intervenir en mars 2020. Elle est aujourd’hui prévue pour le premier semestre de 2021. Comment expliquez-vous ces multiples ajournements ?

Ils sont liés à des raisons purement administratives. Notre Autorité de régulation des télécommunications (ECA) est encore jeune et nous avons besoin de renforcer ses compétences en poursuivant les recrutements et la définition des divers cadres réglementaires. Actuellement, l’ECA travaille, par exemple, à la définition d’un service universel des télécommunications.

En avril, alors que le géant kényan des télécoms Safaricom était en négociation avec les autorités d’Addis-Abeba pour lancer son application « M-Pesa », la Banque centrale éthiopienne a décidé de réserver le lancement de service de paiement par mobile aux institutions non financières locales. Pourquoi ?

À la différence du Kenya, où le secteur des télécoms est influent, l’Éthiopie est un pays où cette influence est exercée par les banques. Ethio Telecom ne peut, par exemple, pas lancer lui-même sa banque mobile. Il doit se lier à un partenaire bancaire et créer une société dédiée. Nous n’avons donc pas fermé la porte à M-Pesa, et nous leur demandons d’être partenaire d’une banque locale.

Vous travaillez sur l’élaboration d’une loi facilitant l’essor de jeunes entreprises du numérique. Que prévoit-elle ?

Ce projet permettra d’instaurer trois grandes mesures. La première concerne des exonérations fiscales pour les entreprises et tous autres acteurs participant à l’essor d’une économie digitale, comme les incubateurs.

La seconde concerne ces structures d’accompagnement et vise à leur fournir un cadre juridique afin qu’ils soient reconnus par l’État et soient notamment en mesure de recevoir des fonds locaux ou étrangers.

Nous prévoyons enfin de mettre en place un « bac à sable » réglementaire qui fournira plus de liberté aux jeunes pousses afin de tester leur concept au cours d’une période où elles n’auront pas forcément à respecter l’ensemble des exigences réglementaires de leur secteur.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte