Politique

Au Maroc, maintien d’un semi-confinement

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Mis à jour le 21 septembre 2020 à 17h15
Le professeur Said Anajar porte un masque de protection pour éviter la contamination par le Covid-19 alors qu'il examine un patient au Cheikh Hopital de Khalifa à Casablanca, le 11 juin 2020.

Le professeur Said Anajar porte un masque de protection pour éviter la contamination par le Covid-19 alors qu'il examine un patient au Cheikh Hopital de Khalifa à Casablanca, le 11 juin 2020. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Face à la flambée de cas de Covid-19, le royaume a dû prolonger les mesures sanitaires restrictives. État des lieux.

C’est un record dont le Maroc se serait bien passé. En l’espace de 24h, le pays a enregistré 1.927 nouveaux cas de contaminations au Covid-19 le 20 septembre. Les villes les plus touchées sont Casablanca, Marrakech et Agadir, mais également Kénitra. Depuis le 13 septembre, cette dernière s’est d’ailleurs vu imposer de nouvelles mesures de restrictions par les autorités locales : la suspension de toutes les activités commerciales et un couvre-feu à partir de 18h.

Le nombre total de personnes infectées depuis le début de la pandémie a franchi ce jour (101.743 cas ce lundi 21 septembre) la barre symbolique des 100.000, dont 19.181 cas actifs sous traitement (279 dans un état critique, 44 en intubation) et plus de 1000 foyers actifs. Ce qui signifie qu’officiellement, le royaume a dépassé la Chine en matière de contaminations.

Le virus n’épargne pas non plus le gouvernement puisque Aziz Rabbah, ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Environnement, et son épouse ont récemment été testés positif au Covid-19.

Points de vue contradictoires

Du côté des médecins, les point de vues divergent, certains estimant que cette hausse des contaminations est « parfaitement normale, en tout cas logique » quand d’autres se montrent plus inquiets et redoutent une « catastrophe » sanitaire.

C’est le cas à Casablanca, mais également à Marrakech où le personnel de santé décrit une situation chaotique, avec des moyens humains et matériels insuffisants. Le CHU Ibn Rochd de la capitale économique, par exemple, accueille de plus en plus de cas graves en réanimation, dont la majorité (presque 80%) décèdent. Cependant, le taux de guérison à l’échelle nationale flirte toujours avec les 80%.

Des mesures drastiques s’imposent, sans quoi la situation risque de devenir incontrôlable dans les prochains jours

C’est donc sans surprise que, le 9 septembre dernier, le gouvernement a décidé de prolonger l’État d’urgence sanitaire jusqu’au 10 octobre. « Nous risquons d’être submergés par le virus. Dès lors, des mesures drastiques s’imposent, sans quoi la situation risque de devenir incontrôlable dans les prochains jours », a précisé le ministre de la Santé Khalid Aït Taleb.

Quelques jours auparavant, la rentrée scolaire était annulée dans les écoles de Casablanca, où la situation s’apparente à un semi-confinement : accès et sorties de la ville verrouillés, déplacements contrôlés et limités, fermeture des commerces à 20h, fermeture des bars et restaurants à 21h et couvre-feu toutes les nuits de 22h à 5h du matin.

Un coup dur pour la capitale économique et ses habitants, dorénavant coupés du reste du Maroc. Et qui n’est pas près de s’arrêter, plusieurs médias ayant affirmé, sur la base de sources au sein de la Préfecture de Casablanca, que de nouvelles mesures de restrictions pourraient être annoncées prochainement.

Tensions sociales

Alors, les Casablancais doivent-ils redouter un reconfinement ? Les enfants vont-ils pouvoir retourner à l’école ? Comme cela a été le cas pour la majorité des annonces de l’Exécutif ces dernières semaines, la réponse est tombée ce dimanche : pas de retour au confinement, mais une prolongation pour deux semaines des mêmes mesures restrictives prises jusque-là.

À Rabat, la très policée capitale administrative, l’ambiance vire parfois au chaos, alors même que les chiffres officiels n’indiquent aucune hausse spectaculaire du nombre de contaminations au Covid-19. Le quartier populaire de Takkadoum, par exemple, a vu plusieurs de ses accès fermés, ce qui a entrainé des affrontements entre les autorités et les habitants. Depuis, ces derniers sont à nouveau soumis à l’autorisation exceptionnelle de déplacement — qui était d’usage pendant le confinement.

Également à Rabat, les artères du quartier populaire de Yacoub El Mansour ont été le théâtre d’échauffourées entre des dizaines de jeunes et les policiers anti-émeutes le 29 août, la nuit de la fête d’Achoura. Jets de pierre et pneus brulés versus tirs de fumigènes étaient au menu de cette scène violente, largement relayée sur les réseaux sociaux.

Maigre consolation, une circulaire interne de la Direction générale de la sûreté sationale (DGSN) a clôt le débat sur le port ou non du masque en voiture. Réponse : « Il n’est pas nécessaire de verbaliser les citoyens pour non-port du masque à bord d’un véhicule personnel. Néanmoins, les conducteurs d’un véhicule utilisé à titre professionnel sont soumis à cette contrainte».

2.250 établissements scolaires sont actuellement fermés et plus de 950.000 élèves sont privés d’école

Selon les chiffres de ministère de l’Éducation nationale, 2.250 établissements scolaires sont actuellement fermés au Maroc. Au total, plus de 950.000 élèves (sur 7 millions) sont donc privés d’école, d’autant plus que tous les établissements ne sont pas en mesure de fournir un enseignement à distance.

De nombreux professeurs ont alerté sur la baisse générale du niveau et réclament l’enseignement présentiel, tandis que de nombreux parents rassemblés sous le « Collectif des parents en colère » ont lancé un recours en justice (qui n’aura qu’une portée symbolique) contre le gouvernement.

Le 17 septembre, le ministre de la Santé s’est essayé à un exercice inédit depuis le début de la crise. Au cours d’une séance en commission parlementaire, Khalid Aït Taleb a exposé les dépenses de son département dans la lutte contre le virus, et ce dans un contexte où la gestion de crise du Maroc est de plus en plus critiquée, notamment en ce qui concerne sa communication auprès de la population.

Ruptures de stock ?

Le ministère de la Santé a ainsi utilisé près de 1,9 milliard de DH, sur les 2 milliards de DH affectés par le Fonds Covid-19, principalement dans les bio-équipements, les médicaments et les consommables médicaux.

Le ministre a également démenti toutes ruptures de stock de médicaments utilisés dans le traitement du Covid-19, et assure que « le marché national sera approvisionné en quantités régulières nécessaires ».

Depuis la fin du mois d’août, 5.000 Marocains volontaires participent à des essais cliniques du vaccin chinois contre le coronavirus, conduit par le laboratoire Sinopharm CNBG. Ces essais vont durer 40 jours et ont lieu à l’hôpital militaire de Rabat, le CHU Ibn Sina de Rabat et le CHU Ibn Rochd de Casablanca. Selon Aït Taleb, cela permettra au Maroc d’être le premier servi en matière de vaccins, voire de « produire son propre vaccin dans le cadre d’échange d’expertise entre Rabat et Pékin ».

 

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