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La chute du président togolais Nicolas Grunitzky

13 janvier 1967

En cette nuit du 12 au 13 janvier 1967, les rues de Lomé sont quasi désertes. Aux abords de la résidence présidentielle cependant, plusieurs hommes sortent de leurs véhicules. Il s’agit des membres du gouvernement, au grand complet, venus s’entretenir avec le chef de l’État, Nicolas Grunitzky. À 1 heure du matin, un deuxième groupe arrive. À sa tête, le lieutenant-colonel Étienne Eyadéma Gnassingbé, chef d’état-major de l’armée. Tout ce monde discute longuement. À 5 h 30, Eyadéma annonce, sur les ondes de la radio nationale, la destitution de Nicolas Grunitzky par l’armée afin de mettre un terme « à la confusion politique » qui a créé « la psychose d’une guerre civile imminente ». À 6 h 45, de nouveaux pourparlers s’engagent. Quelques heures plus tard, le président de la République en personne confirme son départ à la radio.

Les militaires, qui, quatre ans auparavant, avaient pris le pouvoir pour le confier à Grunitzky, s’en emparent de nouveau. La Constitution est suspendue et l’Assemblée nationale dissoute. Kléber Dadjo occupe provisoirement le poste de Premier ministre. Le lieutenant-colonel Étienne Gnassingbé, de l’ethnie kabyée, met en place un gouvernement où les personnalités issues du nord du pays, d’où il est originaire, sont majoritaires. Devenu président de la République, il commence par supprimer le multipartisme, fait de son parti, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), la seule formation politique autorisée et incite les chefs coutumiers à y adhérer. C’est l’aboutissement d’une chute attendue. Et aussi le vingtième coup d’État réussi en Afrique en seulement quatre ans.

S’agit-il cependant d’un coup d’État ou d’une passation « amiable » du pouvoir ? Sans doute les deux. Personne n’ignorait, en effet, que le régime de Nicolas Grunitzky était l’« otage » des militaires qui l’avaient installé à la tête du pays après que, le 13 janvier 1963, une poignée de soldats, dont fait déjà partie Étienne Gnassingbé, eurent assassiné Sylvanus Olympio, le premier président du Togo. Le comité militaire insurrectionnel avait alors fait appel à Nicolas Grunitzky, qui fait adopter une nouvelle Constitution, dirige le pays d’une manière libérale. Et accepte l’existence d’une opposition. Mais, de crise sociale en crise politique, son autorité, largement entamée, s’érode chaque jour davantage.

En novembre 1966, quelque 5 000 personnes descendent dans les rues de Lomé, à l’appel des dirigeants du Comité de l’unité togolaise (CUT, parti d’opposition de feu Sylvanus Olympio), soutenus par plusieurs militaires, pour exiger son départ. Considéré comme pro-français, Grunitzky s’en sort in extremis grâce à l’intervention de l’ambassadeur de France au Togo auprès d’une fraction de l’armée. Se sentant menacé, le chef de l’État prend des mesures, supprime le poste de vice-président, alors occupé par Antoine Méatchi, et forme un nouveau gouvernement presque essentiellement constitué de membres de son parti, l’Union démocratique des populations togolaises (UDPT). Mais le renforcement de ses pouvoirs n’y change rien. Le renversement de ce fils d’un officier allemand d’origine polonaise et d’une Togolaise, né en 1913, était inéluctable.
Le coup de force du 13 janvier 1967 profite finalement à Eyadéma, qui restera au pouvoir jusqu’à son décès, en février 2005. Quant à Nicolas Grunitzky, il s’exilera en Côte d’Ivoire, avant de trouver la mort dans un accident de voiture en 1969, à Paris.

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