Société

Emmanuel Wafo : « L’interdiction des sacs plastiques va entraîner la perte de 2000 emplois »

Pour Emmanuel Wafo, président de l’Association camerounaise des professionnels de la plasturgie (AC2P), l’interdiction des emballages plastiques au Cameroun pourrait entraîner la fermeture de cinq à six usines et la perte de 2 000 emplois formels.

Mis à jour le 29 avril 2014 à 09:06

Emmanuel Wafo est le président de l’Association camerounaise des professionnels de la plasturgie (AC2P). DR

Depuis le 25 avril, les emballages plastiques de moins de 60 microns sont interdits au Cameroun. Le président de l’Association camerounaise des professionnels de la plasturgie (AC2P) évalue notamment l’impact de cette décision sur une filière industrielle forte d’une cinquantaine d’entreprises et qui emploie 8 000 personnes.

Propos recueillis par Omer Mbadi

Votre association a organisé le lundi 21 avril, à Douala, un séminaire sur les emballages plastiques et leur impact socio-économique. Vouliez-vous réfuter les thèses gouvernementales justifiant l’interdiction qui a pris effet le 25 avril ?

Ce séminaire avait une double vocation : d’une part, informer nos membres sur les attentes du ministère de l’Environnement et, d’autre part, leur expliquer le bien fondé ainsi que le modus operandi des additifs pro-dégradants indispensables pour faire des sachets plastiques biodégradables de moins de 60 microns.

Où est le plan social prévu pour les licenciements à venir ? Que fait-on pour contrecarrer les importations frauduleuses du Nigeria ?

Cela montre que nous ne sommes pas du tout en opposition avec le gouvernement sur sa volonté de réduire l’impact des emballages sur notre environnement et nous sommes en faveur de la promotion de la collecte, du recyclage et de la valorisation des déchets plastiques.

Enfin et surtout c’était l’occasion de montrer à tous que de nombreuses entreprises citoyennes exercent cette activité et que certaines corrections dans la réglementation devraient être prises en compte pour sauver un pan énorme de notre économie.

Votre sortie n’est-elle pas un peu tardive ?

C’est seulement en août 2013 que le ministère de l’Environnement et de la Protection de la nature nous a invités à une réunion d’information et de sensibilisation. Nous avons à partir de ce moment commencé à nous concerter et avons pris la décision de créer cette association qui nous regroupe depuis le dernier trimestre 2013. C’est ainsi que, le 23 décembre, nous avons officiellement saisi pour la première fois le ministère à travers une correspondance lui présentant nos préoccupations.

Quelles sont-elles ?

Elles sont de deux ordres. Sur la forme, différentes confusions existant dans les textes méritent d’être corrigées pour éviter des amalgames, notamment en ce qui concerne la fabrication des emballages plastiques en question. Sur le fond, nous nous posons un certain nombre de questions : quelles sont les alternatives disponibles ? Comment fait-on pour accompagner les entreprises qui font uniquement des sacs de moins de 60 microns et dont tous les investissements ne sont pas encore amortis ? Quel est le plan social prévu pour les licenciements qui vont découler de cette interdiction ?

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Par ailleurs, comment fait-on pour contrecarrer les importations frauduleuses du Nigeria ? Que fait-on des entreprises qui sont utilisatrices des emballages plastiques de moins de 60 microns (les bananeraies, les fabricants de pâtes alimentaires, les fabricants de mouchoirs jetables etc.)

Il y a beaucoup d’autres questions de ce type que nous nous posons et pour lesquelles nous n’avons pas de réponse à ce jour.

Quel est l’impact de cette interdiction sur l’industrie plastique ?

Cette interdiction est de nature à davantage fragiliser l’industrie plastique camerounaise déjà fortement mise à mal par les importations massives et frauduleuses provenant du Nigeria. Au minimum nous assisterons à une réduction de la production locale, à la fermeture pure et simple de cinq à six usines spécialisées dans la production de sachets plastiques de faible épaisseur et à une une perte d’au moins 2 000 emplois formels – sans compter les recettes fiscales en moins pour l’État.

Le ministère de l’Environnement et de la Protection de la nature vous suggère des produits de substitution…

S’il s’agit de faire des sachets plastiques de plus de 60 microns, nous pouvons le faire. La question est de savoir si les Camerounais ont les moyens d’acheter un sachet dans certains cas cinq fois plus cher pour le même usage. Concernant les autres emballages évoqués (feuille de banane, sacs en osier, sac en papier etc.), ils sont indisponibles car trop coûteux vu le pouvoir d’achat des Camerounais.

Les autorités n’ont pas consacré assez de temps à la réflexion et à la concertation.

Quelle appréciation faites-vous de la gestion de ce dossier par le gouvernement ?

Je pense qu’ils sont partis d’un bon sentiment ; mais voulant aller vite, ils n’ont pas pris en compte tous les aspects du projet. Ils n’ont pas pris suffisamment de temps pour la réflexion, la concertation, le benchmark etc.

Que comptez-vous faire maintenant que l’interdiction est en vigueur ?

Nous allons continuer de donner notre avis, de défendre nos emplois, nos investissements et les emplois inhérents, à chaque occasion qui va se présenter. Je pense que nos gouvernants étant de bonne foi, ils finiront par prendre en compte quelques-unes des suggestions formulées par notre association, en pensant également aux nombreuses industries touchées par cette interdiction telles que celle de la banane, des boissons et des confiseries, pour le bien de notre pays tout entier.

Que suggériez-vous ?

Nous avons à chaque fois demandé le report de la date d’applicabilité des textes, pour permettre de faire un véritable audit économique de l’impact des réformes telles qu’elles sont formulées actuellement. Dans un second temps, nous avons sollicité une évaluation d’autres pistes possibles pour dégager scientifiquement le meilleur choix économico-écologique pour notre pays.