Politique

Libye : qui peut succéder à Fayez al-Sarraj ?

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De gauche à droite : le maréchal Khalifa Haftar, Aguila Saleh Issa, Fayez al-Sarraj et Khaled Mechri.

De gauche à droite : le maréchal Khalifa Haftar, Aguila Saleh Issa, Fayez al-Sarraj et Khaled Mechri. © Etienne Laurent/AP/SIPA

L’annonce de la démission de Fayez al-Sarraj pourrait rebattre les cartes. La mission onusienne veut en profiter pour faire avancer les négociations.

Le coup de théâtre marqué par l’annonce le 17 septembre de la démission du Premier ministre Fayez al-Sarraj redonne de l’espoir à la mission des Nations unies en Libye (UNSMIL). Cette dernière s’apprête à recycler son plan de sortie de crise pour tirer le pays du marasme politique.

Pilotée par l’américaine Stéphanie Williams à titre intérimaire, la mission prévoit d’organiser une nouvelle conférence à Genève en octobre faisant suite à la rencontre de Montreux les 7 et 9 septembre. Objectif : ressusciter le grand sommet des 40 représentants libyens initié sans succès par l’ex-patron de l’UNSMIL, Ghassan Salamé en février dernier.

Le président de la Chambre des représentants Aguila Saleh, celui du Haut Conseil d’Etat Khaled al Mishri et l’UNSMIL devaient chacun désigner 13 participants. Ces listes de personnalités sont en train d’être mises à jour.

Négociations

Le premier cadre des futures institutions politiques a été dessiné à Montreux par une dizaine d’acteurs libyens reflétant différents bords politiques. Se trouvaient notamment à la table des discussions les hommes d’affaires misratis Abdelhamid Dabaiba, patron du parti Al Mostakbal et Mohammed al-Montasser ex-membre du Conseil national de transition en 2011, Taj Eddine al-Razzagi, conseiller à la sécurité de Fayez Sarraj, et Zyad Daghim, député de Benghazi.

La présence de l’ex-ministre des Transports sous le régime de Mouammar Kadhafi, Mohamed Abu Ajila, au titre de représentant de Saif al-Islam Kadhafi marquait le retour des « verts » dans les négociations.

Mais la participation d’Hafed Gadur, ambassadeur du gouvernement de Tripoli à Bruxelles, était également significative. Ce dernier est un parent de Mohamed Gadur, le commandant de la puissante milice Nawasi, qui s’est imposée au sein des services de renseignements de Tripoli.

Les participants du prochain sommet devront désigner les noms des personnalités pour le poste de Premier ministre

Au-delà de la question de la désignation de la future capitale, les participants du prochain sommet devront désigner les noms des personnalités pour le poste de Premier ministre et les membres du gouvernement ainsi que du Conseil présidentiel. Celui-ci devrait être réduit à un président et deux vice-présidents, représentant chacun une région libyenne, Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan.

Les représentants libyens devront également plancher sur le dossier stratégique de la répartition des ressources financières. Il s’agira donc de statuer sur une redistribution équitable entre les régions des revenus de la production pétrolière, qui reste la principale manne financière du pays.

Sur un autre dossier stratégique, les participants devront déterminer si les décrets pris par le Gouvernement d’union nationale (GNA) feront l’objet d’une validation par le nouveau gouvernement. Or cela impliquerait la remise en question des accords bilatéraux maritimes et militaires signés avec la Turquie.

Timing propice

L’UNSMIL table sur l’urgence de la situation provoquée par le retrait de Fayez al-Sarraj pour légitimer le processus de Genève et décrocher un nouvel accord politique. Le timing est propice puisque le gouvernement dissident de Benghazi d’Abdallah al-Thani a aussi annoncé sa démission le 12 septembre.

Dans les couloirs du conseil présidentiel, la volonté de Fayez al-Sarraj de quitter l’exécutif n’était plus un secret. À la pression internationale s’est ajoutée celle de la rue à la suite des mouvements de protestation dans la capitale fin août.

Mais le patron du GNA a précipité les choses après avoir rencontré le 12 septembre des émissaires d’Abu Dhabi, parrain de Khalifa Haftar, au Bahreïn.

Le départ de Fayez al-Sarraj risque de déclencher de nouveaux conflits

Sous pression des milices tripolitaines, Fayez al-Sarraj se cherchait une porte de sortie. Or son départ risque de provoquer une brèche dans le fragile socle d’alliances inter-milices tripolitaines et misraties dans la capitale, et déclencher de nouveaux conflits.

De plus, le poste de premier ministre fait l’objet de toutes les convoitises. Parmi les personnalités à l’Ouest, le ministre de l’Intérieur misrati Fathi Bachagha rêve d’endosser le costume, tandis qu’à l’Est, l’ex-ambassadeur de Libye aux Émirats arabes unis, Aref Ali Nayed, conseiller d’Aguila Saleh, vise également le poste. La mouvance islamiste voudrait, elle, pousser Abdulsalam Kajman, membre du Conseil présidentiel.

Interférences

Selon le Libyan Polical Agreement (LPA), la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’État ont dix jours après le dépôt de la démission de Fayez Sarraj pour désigner un nouveau premier ministre.

Or ce choix peut être réalisé dans le cadre de la conférence de Genève, mais aussi directement par Aguila Salah et Khaled al-Mishri, qui passeraient outre le processus de l’UNSMIL.

En outre, les tractations ne se feront pas sans l’interférence des parrains étrangers des camps ennemis : Ankara, allié du GNA, pousse ses pions pour conserver ses accords bilatéraux ; Abou Dhabi continue de parier sur une solution militaire portée par Khalifa Haftar, qui a été lâché par le Caire, qui aujourd’hui privilégie une issue politique au conflit.

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