Banque d'affaires

Maroc : où en est CFG Bank dans le dossier Samir ?

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L'usine de Mohammedia a suspendu sa production en août 2015.

L'usine de Mohammedia a suspendu sa production en août 2015. © DR

Alors que l’énigmatique Elite Capital & Co a renoncé à la reprise de l’unique raffinerie marocaine, la banque chargée d’accompagner l’épineuse liquidation poursuit sa recherche d’un acheteur potentiel.

La saga Samir, du nom de l’unique raffinerie du royaume, connaît de nouveaux développements. Selon nos informations, CFG Bank, chargée d’accompagner le processus de liquidation judiciaire de la société, aurait récemment réalisé « une avancée importante » dans le dossier, dont elle a revu  l’ensemble des pièces. Elle aurait en outre préparé un ou plusieurs roadshow destinés à séduire les investisseurs potentiels – dont le déroulement a été retardé du fait des restrictions liées à la crise sanitaire.

Présidée par l’ancien ministre du Tourisme Adil Douiri, CFG Bank a été désignée en juin par le juge pour accompagner le syndic judiciaire, Abdelkbir Safadi, dans le processus de cession, notamment suite à la forte pression de la Banque centrale populaire. Malgré le manque d’expérience de la banque dans le domaine pétrolier, cette décision a été saluée par beaucoup d’acteurs comme la meilleure dans le dossier depuis mars 2016, date de mise en liquidation du raffineur national.

« L’avantage de confier ce dossier à une banque d’affaires, c’est qu’elle parle le même langage que les acheteurs potentiels et sera plus à même de négocier le volet financier », explique un avocat d’affaires casablancais connaisseur de l’affaire, qui estime CFG Bank « capable de revaloriser les actifs de l’entreprise une nouvelle fois, s’il est nécessaire, pour convaincre un acheteur ».

Renonciation de l’énigmatique Elite Capital & Co

Reste que sur le volet de la reprise des actifs de l’ancienne raffinerie du milliardaire saoudien Cheikh Mohammed Al Amoudi, la situation est compliquée. Le 10 septembre, l’entreprise Elite Capital & Co a fait savoir dans un communiqué qu’elle se retirait des négociations concernant le rachat de la Samir.

L’entreprise, domiciliée à Londres et qui se présente comme un spécialiste dans le conseil, la gestion et le montage financier, dit avoir découvert une « faille dans le deal » proposé par le liquidateur, mais n’en donne pas les détails, mettant en avant l’accord de non-divulgation qu’elle et sa filiale Elite Petro & Gas ont signé.

Si l’annonce de ce retrait a eu un fort retentissement médiatique, les sources au plus près du dossier relativisent son importance : le groupe britannique présidé par l’homme d’affaires Koweitien Faisal Khazaal Said n’avait jamais en effet jamais rendu publiques ses intentions de racheter la raffinerie marocaine et, même si Elite Capital & Co assure avoir participé à des négociations qu’elle qualifie de « marathoniennes »,  des sources assurent que la juge-commissaire Aberrafii Bouhamria n’a jamais reçu d’offre ferme de la part de l’entreprise.

« Coup » médiatique

« L’affaire Samir se prête à ce genre de “coups” médiatiques. Elle prend beaucoup de retard et la liquidation a été pendant longtemps très mal gérée », commente l’avocat d’affaires casablancais, rappelant le précédent du groupe émirati Petroen Engineering DMCC qui, en septembre 2019, avait voulu faire pression en médiatisant son offre de rachat.

« Souvent, il s’agit de groupes qui ont besoin de crédibiliser leur action et leur passé ou de s’offrir davantage de visibilité dans une région. Dans le cas actuel, Elite Capital & Co, qui a certainement fait un premier petit pas dans le processus de rachat de la Samir mais a dû s’arrêter très tôt, a ressorti cette histoire pour des besoins bien spécifiques. Il faut la surveiller de très près dans les prochains mois », décrypte notre interlocuteur.

Une proposition de loi pour renationaliser l’entreprise

« Si les acheteurs ne se bousculent pas, c’est parce que, avec les créances cumulées [45 milliards de dirhams, soit 4,02 milliards d’euros, lors de la cessation d’activité en 2015], l’affaire devient de moins en moins rentable pour les futurs propriétaires, alors que l’outil industriel, inutilisé, se dégrade », pointe l’ancien député Ahmed El Mehdi Mezouari, qui suit l’affaire de près.

En 2015, ce membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) avait été le premier parlementaire à soulever le dossier devant les députés, réclamant des enquêtes sur d’éventuelles fuites de capitaux liées à la Samir, sans succès.

L’USFP a désormais rejoint le Front de sauvegarde de la Samir pour réclamer la renationalisation de la raffinerie. Une proposition de loi en ce sens a été déposée le 8 juillet dernier à la Chambre des conseillers. « La raffinerie doit reprendre son activité au plus vite et pour cela, il faut que l’État prenne une partie du capital en contrepartie de la créance. Cela va encourager le privé à venir y investir », estime Ahmed El Mehdi Mezouari, qui ne cache pas son peu d’optimisme sur les chances de voir cette loi aboutir.

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