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Sidi Moumen va faire peau neuve

Le roi Mohammed VI signe plusieurs conventions, d’un montant total de 10 milliards de dirhams, pour l’éradication des bidonvilles de Casablanca.

Par - Pascal Airault
Mis à jour le 14 janvier 2008 à 11:31

Le quartier le plus pauvre de Casablanca abritera bientôt le plus grand stade du pays. Telle est la volonté du roi Mohammed VI, qui a signé, le 7 janvier, plusieurs conventions pour la construction d’enceintes sportives et la réhabilitation des bidonvilles de la capitale économique. Le complexe, d’une capacité de 70 000 places, sortira de terre à Sidi Moumen à partir de 2009 et sera achevé au plus tard en 2013 pour un coût évalué à 2 milliards de dirhams (176 millions d’euros). Il s’insère dans un programme beaucoup plus ambitieux de construction d’écoles, de logements sociaux, de bâtiments publics et commerciaux, lancé en mai 2003, au lendemain des attentats djihadistes. Le roi s’est rendu, le 13 décembre, sur le site de Sidi Moumen pour constater l’avancement des travaux, dont il a confié la responsabilité à une personnalité montante du gouvernement, Toufiq Hejira, ministre de l’Habitat et membre de l’Istiqlal, un temps pressenti pour occuper le poste de Premier ministre.
Sidi Moumen a valeur de symbole. Ce quartier populaire concentre quelque 300 000 âmes en peine. Plus du tiers de ses habitants vit dans des taudis au milieu des détritus. Il regorge de jeunes chômeurs prêts à tout pour sortir de leur misère, du petit business à l’arnaque en passant par l’exode au-delà du détroit. C’est ici que les kamikazes ont été recrutés et qu’ont été fomentés les attentats de Casablanca le 16 mai 2003 (45 morts et 100 blessés). C’est encore ici qu’un homme s’est fait exploser, en mars dernier, dans un cybercafé. C’est ici, enfin, que pourrait se préparer, comme beaucoup le redoutent, un autre 16 mai.
Le roi et ses conseillers ont décidé de s’attaquer à la racine du mal, notamment la pauvreté. Ils ont concentré leurs efforts et les appuis financiers nécessaires à l’inversion de cette spirale, corollaire du développement de l’économie casablancaise et de l’urbanisation des trente dernières années. L’État n’a pas lésiné sur les moyens, rachetant des hectares de foncier, recourant à ses experts les plus chevronnés et injectant plus de 8 milliards de dirhams pour doter la banlieue d’infrastructures et de logements sociaux. Mais les résultats sont encore faibles L’aide fournie se révèle souvent insuffisante pour sortir les familles de l’informel, l’accompagnement social laisse à désirer et la corruption des fonctionnaires et des promoteurs immobiliers est telle que l’on parle de « mafia du logement ».