Cinéma

Algérie : « La Maquisarde », de Nora Hamdi, raconte les femmes dans la guerre

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Mis à jour le 16 septembre 2020 à 10h27
Ce film se déroule en 1956, quand Neïla, une jeune paysanne kabyle dont un frère participe à la lutte armée, est amenée sans l’avoir vraiment décidé à rejoindre un groupe de maquisards puis est capturée par un commando de l’armée du colonisateur.

Ce film se déroule en 1956, quand Neïla, une jeune paysanne kabyle dont un frère participe à la lutte armée, est amenée sans l’avoir vraiment décidé à rejoindre un groupe de maquisards puis est capturée par un commando de l’armée du colonisateur. © Nora Hamdi

Si « La Maquisarde », adaptation du livre éponyme de Nora Hamdi, a le mérite de montrer les femmes qui se sont battues pour l’indépendance de l’Algérie, son manque de moyens en diminue la portée.

Alors que les films sur la guerre de libération algérienne sont nombreux, rares sont ceux qui, au-delà de la mise en valeur de héros masculins, évoquent l’existence de femmes ayant combattu pour mettre fin au colonialisme. Seules ou presque, les poseuses de bombes de la bataille d’Alger ont pu apparaître à l’écran, mais dans des rôles secondaires. Quant aux longs métrages traitant de la lutte armée entre 1954 et 1962 ayant des femmes pour personnages principaux, ils sont, hormis un ou deux documentaires à l’audience réduite, quasiment inexistants. Voilà pourquoi on ne peut que prêter un intérêt particulier à La Maquisarde, une adaptation au cinéma du livre éponyme de la réalisatrice, Nora Hamdi, publié en 2014 aux Éditions Grasset.

"La Maquisarde", de Nora Hamdi, sortie en France le 16 septembre.

Hevadis Films

Neïla et Suzanne

Ce film se déroule en 1956, quand Neïla, une jeune paysanne kabyle dont un frère participe à la lutte armée, est amenée sans l’avoir vraiment décidé à rejoindre un groupe de maquisards puis est capturée par un commando de l’armée du colonisateur. L’essentiel du long métrage va alors consister à raconter les interrogatoires de l’héroïne dans une prison secrète où opèrent sans ménagement des soldats français à la recherche de renseignements. Puis sa longue détention dans une cellule qu’elle va partager avec une Française, Suzanne, ancienne figure de la résistance aux nazis sous l’occupation désormais accusée d’aider le FLN. Avant une improbable délivrance avec l’aide d’un officier humaniste qui réprouve les méthodes de ses camarades militaires.

Malgré la notoriété de la cinéaste, déjà auteur en 2008 d’un film tiré de son premier livre (Des Poupées et des anges, avec notamment Leïla Bekhti, Léa Seydoux et Samy Naceri) ainsi que de quatre romans remarqués, la réalisation de La Maquisarde ne fut guère aisée. Après trois ans de recherches historiques et de recueil de témoignages, Nora Hamdi n’a pu porter à l’écran comme elle l’aurait voulu ce récit inspiré de ce qu’a vécu sa mère pendant la guerre d’indépendance.

Impossible de tourner en Algérie, où tout film sur la guerre est une affaire d’État

Impossible, a-t-elle vite constaté, de le tourner en Algérie, où tout film sur la guerre est une affaire d’État et où une fille d’émigré en France ne peut être considérée comme légitime pour traiter un tel sujet. De plus, malgré l’assurance d’un casting prestigieux avec Rachida Brakni et Emmanuelle Béart dans les rôles principaux, il a été impossible de financer le projet en France. « Les mots ‘femme’ et ‘guerre’ ne forment pas une association facile à vendre », explique-t-elle. D’où la nécessité de recourir à une sorte d’auto-production. Et, tout en faisant appel à des actrices moins prestigieuses, de décider que le film se déroulerait pour l’essentiel dans un strict huis clos.

Un maniement virtuose du clair-obscur

Il en résulte un long métrage quelque peu théâtral, bridé par son manque de moyens. Mais celui-ci est en partie compensé par le sens du cadre et le maniement virtuose du clair-obscur de Nora Hamdi, qui n’a manifestement pas oublié ses débuts artistiques dans la peinture. Et par l’émotion que savent faire éprouver au spectateur les deux comédiennes qui incarnent la combattante algérienne et la résistante française unies par leur combat commun contre la colonisation. Cet hommage « aux femmes qui se sont battues comme des hommes », selon une formule de l’auteur, et qui ont été forcées de « retourner à leurs fourneaux après la guerre », atteint ainsi pour l’essentiel son objectif. Et contribuera au combat féministe de toujours de son auteur. Reste que le grand film qu’on attend sur la participation des femmes à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie n’est toujours pas réalisé.

 

 

 

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