Politique

Candidatures à la présidentielle ivoirienne : Mamadou Koné, l’homme qui doit trancher

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Mis à jour le 14 septembre 2020 à 17h51
Mamadou Koné, président du Conseil constitutionnel ivoirien.

Mamadou Koné, président du Conseil constitutionnel ivoirien. © AMAH SALIOU/APANEWS

Président du Conseil constitutionnel, qui doit statuer sur la validité des candidatures à la présidentielle du 31 octobre, Mamadou Koné focalise toutes les attentions. Qui est ce magistrat qui tient entre ses mains les ambitions présidentielles de Ouattara, Bédié, Gbagbo et Soro ?

Depuis qu’il a succédé à Francis Wodié, en février 2015, et pris la tête du Conseil constitutionnel, jamais Mamadou Koné n’avait été soumis à une aussi forte pression. Le Conseil a jusqu’à ce 15 septembre, au plus tard, pour rendre public la liste définitive des candidats à la présidentielle du mois d’octobre. À quelques heures de l’annonce fatidique, le magistrat, dont les sorties publiques étaient déjà rares, refuse tout contact avec des journalistes. Et pour cause : la moindre de ses déclarations est commentée, le moindre de ses gestes épié.

« Comme à la veille d’un important match de football, où chaque Ivoirien s’érige en sélectionneur national pour proposer l’équipe qui doit être alignée, tous nos concitoyens sont devenus depuis quelques jours d’éminents juristes, d’éminents constitutionnalistes. Chacun y va de son interprétation, de sa vérité absolue, de sa conviction irréfragable », ironisait-il début septembre, alors que trois nouveaux membres faisaient leur entrée au Conseil constitutionnel.

Rumeurs et intox

« Avec toutes ces sommités du droit qui viendront s’ajouter aux compétences qui siègent déjà au Conseil, la qualité du travail est garantie d’avance », continuait le magistrat de 68 ans. Mais ce trait d’humour, censé relativiser la pression qui pèse sur ses épaules, cache mal l’importance des décisions que le Conseil s’apprête à rendre.

Quelques jours avant que le Conseil constitutionnel ne se prononce, la machine a paru s’emballer, sur fond de rumeurs et d’intox. Le 11 septembre, des documents pourtant confidentiels ont même été publiés dans la presse : il s’agissait des arguments avancés par Me Meïté Ben Abdoulaye, l’avocat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), pour défendre la candidature du président Alassane Ouattara – candidature dont la légalité est contestée par un autre candidat, Henri Konan Bédié.

À l’appui de sa démonstration, Me Ben Abdoulaye affirmait que l’ancien chef de l’État était lui-même inéligible au motif qu’il n’avait, selon lui, pas démissionné à temps du Conseil constitutionnel dont il était un membre de droit.

Longtemps proche du RDR

Les tensions politiques sont si vives à l’approche de l’élection présidentielle que le Conseil et son président ont bien du mal à convaincre qu’ils demeurent à l’écart des querelles partisanes. Le fait que Mamadou Koné ait longtemps été proche du Rassemblement des républicains (RDR), le parti d’Alassane Ouattara avant qu’il ne se fonde dans le RHDP, n’arrange rien. Pas plus que le fait qu’il ait un temps joué le rôle de conseiller juridique auprès de la rébellion des Forces nouvelles.

Mais Mamadou Koné n’en reste pas moins un magistrat chevronné, l’un des plus qualifié du pays. Originaire de Boundiali, dans le nord du pays, il sort major de sa promotion à l’École nationale de la magistrature de Paris en 1980, et débute sa carrière comme substitut du procureur, avant de gravir un à un les échelons. Il sert d’abord comme juge, puis est nommé procureur du Tribunal de première instance de Man (Ouest) en 1987. En 1995, le voici promu magistrat hors hiérarchie, trois ans avant de pouvoir prétendre en théorie à ce statut.

À Abidjan, cette ascension rapide fait grincer quelques dents, mais Mamadou Koné est proche de Faustin Kouamé, à l’époque ministre de la Justice et Garde des Sceaux du président Bédié, et cela va donner un coup d’accélérateur à sa carrière. En 1996, il passe d’avocat général à procureur général, puis est nommé directeur de cabinet du ministre de la Justice. Un poste qu’il occupe jusqu’à 2000, et qu’il retrouvera trois ans plus tard, à la faveur de la nomination d’Henriette Dagri Diabaté  – une fidèle d’Alassane Ouattara – au ministère de la Justice.

C’est aussi un homme dont les positions sur certains sujets ne semblent pas claires et qui préfère être d’accord avec tout le monde

Mamadou Koné fait à son tour son entrée au gouvernement en 2006, en tant que Garde des Sceaux. Il le restera durant cinq ans avant d’être confirmé par Ouattara à l’issue de la crise postélectorale (de décembre 2010 à avril 2011). En mai 2011, le président lui confie les rênes de la Cour suprême.

« Mamadou Koné est un homme d’une grande intelligence et d’un grand sens de l’écoute, affirme un avocat qui dit bien le connaître. Mais c’est aussi un homme dont les positions sur certains sujets ne semblent pas claires et qui préfère être d’accord avec tout le monde, sans jamais laisser transparaître son opinion personnelle. »

D’ici le 15 septembre, à minuit, c’est l’institution qu’il préside qui a entre ses mains le destin des 44 candidats qui ont déposé un dossier devant la Commission électorale indépendante (CEI). Parmi eux, quatre hommes que Mamadou Koné a croisés ou servis au fil de sa carrière : Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro.

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