Diplomatie

RDC : les vraies raisons du report du mini-sommet de Goma

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Yoweri Museveni, João Lourenço, Paul Kagame et Félix Tshisekedi lors du Troisième sommet quatripartite à Luanda, le 2 février 2020

Yoweri Museveni, João Lourenço, Paul Kagame et Félix Tshisekedi lors du Troisième sommet quatripartite à Luanda, le 2 février 2020 © PRESIDENCE RDC

Prévu pour septembre, le sommet de Goma entre le Rwanda, l’Angola, l’Ouganda et la RDC, auquel devait se joindre le Burundi, a été reporté sine die. Réticences de certains invités, dysfonctionnements dans l’organisation… retour sur une véritable cacophonie.

Ce mini-sommet a d’abord été reporté pour des raisons diplomatiques, plusieurs pays ayant posé des conditions à leur participation. Alors que ce devait être le premier rendez-vous diplomatique régional pour le nouveau président Évariste Ndayishimiye, le Burundi a informé par courrier daté du 8 septembre la ministre congolaise des Affaires étrangères Marie Ntumba Nzeza qu’il ne prendrait pas part à cet événement demandant, au préalable, de s’entretenir avec elle.

Selon nos informations, Évariste Ndayishimiye avait déjà formulé cette même requête fin août auprès de deux envoyés spéciaux de Félix Tshisekedi : Fortunat Biselele, le conseiller privé du président congolais, et Claude Ibalanky, le coordonnateur du mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, qui a par ailleurs conduit la délégation de la RDC à Goma pour mener les travaux préparatoires du sommet.

Le chef de l’État burundais leur avait fait part de sa volonté de rencontrer Marie Ntumba Nzeza avant de dépêcher son équipe sur le lieu du sommet. La date du 8 septembre avait même été fixée, mais la ministre des Affaires étrangères ne s’est finalement pas déplacée au Burundi.

Par ailleurs, Évariste Ndayishimiye, qui ne se sent pas encore prêt à rencontrer son homologue rwandais Paul Kagame, considère que Félix Tshisekedi, contrairement à son prédécesseur Joseph Kabila, est plus proche de Kigali que de Gitega.

Les craintes de Museveni

Les Burundais ne sont pas les seuls à avoir posé des conditions préalables à la tenue de ce sommet. Compte tenu des délicates relations qu’entretiennent Kigali et Kampala, l’équipe de travail ougandaise avait tenté d’obtenir une délocalisation du sommet dans un lieu moins proche du Rwanda. À défaut d’obtenir gain de cause, elle avait exigé de pouvoir déployer une très forte présence militaire sur terre et dans les airs afin d’assurer la sécurité du président Yoweri Museveni.

Les autorités angolaises n’ont quant à elle pas pris part aux travaux préparatoires. Raison invoquée ? La tenue les 14 et 15 septembre à Luanda d’une réunion bilatérale avec la RDC axée sur les questions de sécurité, qui devait justement être l’occasion pour leurs deux pays de parler du mini-sommet de Goma.

En l’absence des équipes de travail angolaises et burundaises, mais aussi des représentants du ministère congolais des Affaires étrangères, la délégation rwandaise a finalement quitté Goma le 11 septembre sans être parvenue à un accord sur la date du sommet. Paul Kagame plaidait quant à lui pour un report après la session ordinaire de l’Assemblée générale de l’ONU, qui débutera le 15 septembre.

Rivalités congolaises

Outre les exigences des différentes délégations, le report de ce mini-sommet s’explique aussi par les difficultés d’organisation interne au sein de la présidence congolaise. Dans l’attente de la restructuration du cabinet après la condamnation de Vital Kamerhe et du remaniement gouvernemental, les rivalités entre les membres de l’entourage proche de Félix Tshisekedi s’intensifient.

Comme l’expliquait Jeune Afrique le 27 août, deux pôles distincts étaient impliqués dans les préparatifs du sommet. D’un côté, autour du directeur de cabinet intérimaire Désiré Cashmir Eberande Kolongele, on retrouve non seulement des membres de la présidence, mais surtout une forte présence du gouvernement (ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères, du Commerce extérieur, etc.)

L’autre pôle, regroupé autour du conseiller spécial de Félix Tshisekedi en matière de sécurité François Beya, regroupe essentiellement des éléments des services de renseignement et de sécurité mais aussi des représentants du ministère des Affaires étrangères, du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba ainsi que des services de logistique et d’intendance de la présidence.

Ces deux pôles ne sont jamais réunis pour harmoniser leurs dispositifs de préparation du mini-sommet de Goma. Ils se sont donc rencontrés pour la première fois directement sur place, dans la capitale du Nord Kivu…

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