Politique

Stéphane Kipré : « Gbagbo n’a qu’une envie : rentrer en Côte d’Ivoire »

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Stéphane Kipré, à Paris en octobre 2019.

Stéphane Kipré, à Paris en octobre 2019. © Damien Grenon pour JA

En exil depuis 2011, le gendre de Laurent Gbagbo a été aux premières loges lors de la chute de l’ancien président ivoirien. Neuf ans plus tard, Stéphane Kipré soutient la candidature de son beau-père à la prochaine présidentielle. Et pense déjà à l’après. Jeune Afrique l’a rencontré.

Ce 12 avril 2011, une pirogue se faufile discrètement sur la lagune d’Abidjan. À son bord, Stéphane Kipré, le gendre de Laurent Gbagbo. La veille, il a quitté la résidence présidentielle aux premières lueurs du jour, quelques heures avant que les hommes d’Alassane Ouattara n’y fassent irruption. Aidé par des militants de Gbagbo, il parvient à gagner clandestinement Assinie puis le Ghana, où son épouse Marie-Laurence (la fille de Laurent et Simone Gbagbo) et leurs trois enfants le rejoindront.

Plus de neuf années ont passé depuis ce départ rocambolesque de Côte d’Ivoire. Neuf années d’exil, à vadrouiller d’une capitale à l’autre au gré de ses activités politiques ou professionnelles. Milan, Paris, Accra, Brazzaville… Il se décrit comme un « sans domicile fixe », mais les moyens ne lui manquent pas, loin de là : à la tête d’un fond d’investissement international, ce quadragénaire toujours bien mis dirige un petit empire financier.

De quoi vivre grand train mais, aussi, entretenir ses ambitions politiques, auxquelles il a dédié son parti, l’Union des nouvelles générations (UNG), fondé en 2007 alors qu’il n’avait pas trente ans. Entre ses connexions familiales, politiques et professionnelles, ce fervent chrétien évangélique, membre de l’organisation Leaders pour Christ (LPC), a constitué au fil des ans un vaste réseau. Il est proche de Macky Sall, qu’il connaît de longue date, et est reçu par l’ex-président John Dramani Mahama quand il va au Ghana.

« La Côte d’Ivoire fonce dans le mur »

En cette après-midi ensoleillée de septembre, l’ex-basketteur à la silhouette imposante reçoit dans sa suite d’un palace parisien avec vue sur la Tour Eiffel. Ses quatre smartphones sont posés sur le canapé en mode silence, mais lui ne mâche pas ses mots.

« Les Ivoiriens sont excédés par Alassane Ouattara. Ils ont compris que cet homme ne tenait jamais sa parole ». Comme les autres opposants, il conteste au président sortant le droit de briguer un troisième mandat. Et considère que son « choix de violer la Constitution » et de se présenter à la présidentielle du 31 octobre fait courir de grands dangers à son pays.

« Tout le monde voit que la Côte d’Ivoire fonce dans le mur. Tout le monde, sauf le pouvoir en place. Les conditions ne sont pas réunies pour tenir une élection apaisée. Même s’il a la population entière contre lui, Alassane Ouattara dira qu’il a gagné », dénonce-t-il.

Selon Kipré, il faut trouver des solutions avant le scrutin pour éviter une nouvelle crise « dont personne ne sait quelle sera l’issue ». Lui recommande un report de l’élection et la mise en place d’un dialogue politique inclusif sous l’égide de l’Union africaine (UA) pour régler les points litigieux, à commencer par la composition de la Commission électorale indépendante (CEI) et la révision des listes électorales. Cela prendra le temps nécessaire, assure-t-il, mais c’est indispensable pour « recréer un climat de confiance ».

Gbagbo « incontournable »

Pas sûr que les autorités ivoiriennes, qui tiennent à ce que le scrutin se déroule à la date prévue, l’entendent de cette oreille. Alors, comment faire ? « Nous irons aux élections, mais pas dans ces conditions », répond-t-il, forcément conscient du blocage qui se profile à court terme. Car le temps presse : d’ici le 15 septembre, le Conseil constitutionnel annoncera les candidats retenus pour participer à la présidentielle.

Membre de la plateforme d’opposition Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), dont il est vice-président, Stéphane Kipré soutient la candidature de Laurent Gbagbo. S’il feint d’attendre la décision des Sages, il sait parfaitement, comme la plupart des pro-Gbagbo, que l’ex-président ne sera pas autorisé à se présenter en raison de sa condamnation à vingt ans de prison par la justice ivoirienne dans l’affaire du casse de la BCEAO. Quelle sera alors leur stratégie ? « Nous aviserons en temps voulu », élude-t-il.

Laurent Gbagbo ne pourra jamais accepter de garder le silence face à ce qui se trame dans le pays

Pas question d’en dire plus sur les plans de son beau-père, auquel il va régulièrement rendre visite à Bruxelles. « Il n’a qu’une envie : rentrer en Côte d’Ivoire », affirme-t-il, ajoutant qu’il est « incontournable » pour solder la réconciliation nationale. Quant à un éventuel accord avec Ouattara, il assure qu’il est prêt à dialoguer, mais « pas à n’importe quelle conditions ». « La seule chose que je peux dire, c’est qu’il ne pourra jamais accepter de garder le silence face à ce qui se trame dans le pays ».

L’option Bédié ?

Reste l’option d’un soutien à Henri Konan Bédié, le président et candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), avec lequel Laurent Gbagbo est en pourparlers. Là encore, Kipré ne se risque pas à en dire beaucoup plus. « J’ai du respect pour le président Bédié. Il a compris ce que nous dénoncions depuis des années et a fini par rejoindre l’opposition. »

Pour le leader de l’UNG, tout dépendra de la tactique qui sera adoptée par Laurent Gbagbo après le 15 septembre. Au milieu de ces incertitudes, seule une chose est sûre : une fois que ses aînés Gbagbo, Ouattara et Bédié auront quitté l’arène politique, Kipré tentera de jouer les premiers rôles. Et pourrait donc bien être, à son tour, candidat à la présidentielle.

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