Grande distribution

Pourquoi les supermarchés désertent le Kenya

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Mis à jour le 11 septembre 2020 à 17h27
Un supermarché Shoprite à Kinshasa (photo d'illustration)

Un supermarché Shoprite à Kinshasa (photo d'illustration) © Junior Didi Kannah pour JA

Après seulement deux ans de présence sur le marché kényan, Shoprite jette l’éponge. Un retrait qui suit ceux de Choppies et TFG, et la faillite du géant Nakumatt.

« Le Kenya a continué à afficher cette année des performances en deçà des exigences », constate le groupe sud-africain dans son rapport financier de 2020. Conséquence, la chaîne prévoit « de fermer ou de céder l’année prochaine [ses] deux magasins encore ouverts dans le pays ».

C’est en 2018 que Shoprite fait ses premiers pas sur le marché kényan, espérant profiter de l’échec des deux chaînes de supermarchés leaders dans le pays. Son directeur général, Pieter Engelbrecht, avait à l’époque confié à Reuters que la désorganisation totale du secteur  « en désorganisation  totale » lui permettait de pénétrer le marché à moindre coût :  « Nous pouvons assurer sept implantations en nous acquittant seulement du prix convenu pour le loyer », expliquait-il.

En décembre 2018, le groupe ouvre donc ses quatre premiers magasins. Mais en avril et mai, il commence à réduire la voilure, fermant deux de ses magasins et licenciant le personnel, et le sort de ses deux derniers supermarchés est désormais tranché.

Restrictions sanitaires

L’échec de Shoprite suit le retrait, en 2019, de Choppies, une chaîne du Botswana qui s’était implantée au Kenya en acquérant une participation majoritaire d’un groupe local en 2016. En avril 2019, le départ de la chaîne a été suspendu en raison d’un désaccord avec le fisc kényan.

Et en janvier dernier, la chaîne kényane Nakumatt a été placée en liquidation judiciaire, vaincue par une dette de 38 milliards de shillings kényans (337 millions d’euros). En juin, c’est la chaîne de prêt-à-porter The Foschini Group (TFG) qui a annoncé son retrait du Kenya en raison des loyers élevés en dollars. Ses dirigeants pointaient également l’importance des taxes d’importation, estimant que l’ensemble rend le marché kényan « absolument pas viable ».

La pandémie s’est ajoutée à ce contexte déjà difficile. Dans son rapport de semestriel sur le Kenya, le consultant immobilier Knight-Frank note une chute importante de la fréquentation des centres commerciaux en raison des restrictions sanitaires et du changement de comportement des consommateurs engendré par la pandémie de Covid-19.

Selon Google Mobility Reports, précise l’étude, qui se base sur le bornage des téléphones portables des clients (« pings »), les magasins et centres de loisirs kényans ont enregistré environ 46 % de chute de fréquentation en avril. Le rythme de cette baisse vertigineuse s’est ralenti en juin passant à – 35%.

Le rapport de Knight Frank relève également une baisse des loyers, mais celle-ci devrait s’avérer insuffisante pour sauver le secteur à court terme. Les groupes qui survivent sur ce marché adoptent de nouvelles stratégies pour survivre à la crise sanitaire, en s’installant en centre-ville et en étoffant leur offre d’e-commerce.

Naivas tire son épingle du jeu

Le secteur attire malgré tout l’attention des fonds de private equity. En février, un consortium de différents acteurs, parmi lesquels la Société financière internationale (IFC) de la Banque mondiale, le fonds souverain allemand DEG et le fonds mauricien MCB Equity Fund ont acheté une part minoritaire dans le leader de grande distribution kényane, Naivas.

L’opération a valorisé le groupe à 20 milliards de schillings (92,6 millions d’euros) plus du double de ce qu’il avait atteint en 2013 lors des négociations avec le sud-africain Massmart, détenu par Walmart. À la place, le groupe basé à Johannesburg a préféré opter pour un investissement direct dans le pays et connaît une expansion mesurée depuis. En août 2020, Massmart a ouvert un magasin de sa chaîne de bricolage dans le même centre commercial que Shoprite quittait en avril.

De 2015 à 2019, le secteur du commerce, de l’hôtellerie et restauration représentait environ 2 millions d’emplois, selon des statistiques gouvernementales. Mais la sortie successive des enseignes de grande distribution sud-africaine, qui disposaient d’une présence limitée mais croissante au Kenya, et les réductions de personnel par les acteurs survivants du secteur risquent fort d’aggraver la situation sur le marché du travail kényan. Selon les statistiques gouvernementales publiés en août, le pays a perdu près d’1,7 million d’emplois entre mars et juin 2020, entraînant le doublement du taux de chômage, passé de 5,2 à 10,4 %.

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