Société

Génocide des Tutsi au Rwanda : pourquoi Charles Ndereyehe a été arrêté, puis libéré

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Mis à jour le 12 septembre 2020 à 10:08

Au Mémorial du génocide, à Gisozi, Kigali. © Vincent FOURNIER/JA

Depuis dix ans, Kigali demande l’extradition de Charles Ndereyehe, soupçonné d’avoir joué un rôle dans le génocide des Tutsi. Arrêté aux Pays-Bas le 8 septembre, il a fait l’objet d’une libération inattendue…

Charles Ndereyehe sera-t-il extradé vers Kigali ? Un ultime bras de fer est en cours entre les avocats de ce Rwandais soupçonné d’avoir joué un rôle dans le génocide des Tutsi et la justice néerlandaise.

Le 8 septembre, Ndereyehe, alias Karoli, est arrêté aux Pays-Bas, où il vit depuis 1997. Selon nos sources, son arrestation est alors rendue possible par la perte de sa nationalité néerlandaise, qu’il avait obtenu en 2003.

Mais son avocat, Me Marq Wijngaarden, contre-attaque en produisant un document selon lequel son client conteste cette déchéance de nationalité. Coup de théâtre, le Rwandais est alors finalement libéré en attendant que l’appel ne soit tranché.

Condamné par contumace

Cette procédure de déchéance, la seule à même de permettre son extradition de Ndereyehe, était réclamée depuis plusieurs années par Kigali, qui a émis un mandat d’arrêt contre lui le 20 avril 2010.

Les autorités rwandaises lui reprochent notamment son rôle lors des massacres commis à l’Institut des sciences agronomiques du Rwanda (ISAR), qu’il dirigeait depuis 1993. Le 26 avril 1994 « plus de 300 personnes y furent tuées sous ses ordres », rappelle ainsi la Commission nationale de lutte contre le génocide (CNLG).

Présenté comme un ancien membre de la Coalition pour la défense de la République (CDR), parti extrémiste hutu formé en 1992, il avait rejoint le Zaïre après le génocide avant de prendre la direction des Pays-Bas. Il y est toujours un membre actif des FDU Inkingi, que l’opposante Victoire Ingabire a longtemps dirigé avant de fonder son nouveau parti, Dalfa.

En novembre 2008, il a été condamné par contumace à la prison à perpétuité par une juridiction gacaca (tribunal populaire rwandais).

Enquête néerlandaise

Après la relance de la procédure par la justice rwandaise en 2018, avec une nouvelle demande d’arrestation, la justice néerlandaise avait entrepris, en lien avec le Service de l’immigration et de la naturalisation (IND),  de vérifier les allégations figurant sur le mandat. Des démarches qui ont permis, selon nos informations, de notifier à Charles Ndereyehe sa déchéance de nationalité il y a six semaines.

Le délai lui permettant de faire appel de cette décision ayant expiré le 8 septembre, la justice néerlandaise avait donc procédé à son arrestation, avant que Me Marq Wijngaarden n’obtienne sa libération.