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Cet article est issu du dossier «[Série] Le 11-Septembre raconté par Al-Qaïda»

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Sécurité

[Série] Le 11-Septembre vu depuis l’Afghanistan (4/4)

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Mis à jour le 13 septembre 2020 à 16h49
La tour nord du World Trade Center visée lors des attentats-suicides du 11-Septembre à New York, en 2001.

La tour nord du World Trade Center visée lors des attentats-suicides du 11-Septembre à New York, en 2001. © DAVID KARP/AP/SIPA

L’assassinat du commandant Massoud est la dernière étape avant la mise en œuvre du plan d’attaque contre l’Amérique. Le 11 septembre, il est 17 heures à Kandahar, en Afghanistan, quand un premier avion percute la tour Nord.

Le 30 août 2001, Ramzi bin al-Shabih est réveillé dans la nuit par un appel de Mohammed Atta, son ancien colocataire à Hambourg, qui coordonne l’opération à venir : « Un de mes amis m’a confié un puzzle, je veux que tu m’aides à le résoudre. »

« C’est l’heure de faire des puzzles, Mohammed ? », répond Shabih. Atta insiste : « Deux baguettes, un tiret et un gâteau avec une baguette en bas. Qu’est-ce que c’est ? » « Tu me réveilles juste pour me dire ça ? »

À l’évidence, Shabih feint l’indifférence au cas où la ligne serait sur écoute. Mais il connaît maintenant la date de l’opération : « 11-9 », le 11 septembre.

Opération « Mardi béni »

À partir de là, le nom de code de l’opération est « Mardi béni ». Le 9 septembre 2001, deux journalistes belges d’origine marocaine, travaillant pour la chaîne Arabic News International (ANI-TV) se présentent au fief de Shah Ahmad Massoud, leader de l’Alliance du Nord et principal ennemi des talibans, à Khodja Bahauddin, près de la frontière tadjike. Ils insistent pour rencontrer le Lion du Panshir, ils sont venus de loin pour cela.

Après plusieurs minutes de tractations, ils sont introduits auprès du chef tadjik. Première question : « Commandant, que ferez-vous d’Oussama Ben Laden lorsque vous aurez reconquis tout l’Afghanistan ? »

Au moment où Massoud s’apprête à répondre, l’un des journalistes soulève sa chemise et appuie sur le détonateur de sa ceinture explosive. Massoud est défiguré et meurt quelques minutes plus tard. Une simple vérification aurait suffi : la chaîne ANI-TV n’existe pas. Les deux « journalistes » étaient des membres d’Al-Qaïda.

C’est lorsqu’il apprend l’assassinat de Massoud qu’Abou Hafs comprend que l’opération annoncée depuis plusieurs mois par Ben Laden est imminente.

La mort du commandant Massoud doit permettre à Ben Laden de compter sur l’appui des talibans

La mort du principal adversaire des talibans doit permettre à Ben Laden de compter sur leur appui dans la confrontation avec l’Amérique, qui ne manquera pas de suivre l’attentat.

« À plusieurs reprises, Massoud avait tenté de convaincre la communauté internationale qu’Oussama Ben Laden était le plus grand danger à combattre. Il se murmurait même qu’il préparait une attaque contre les talibans et Al-Qaïda avec l’appui des États-Unis. Son élimination était donc d’une extrême urgence pour les talibans et Ben Laden l’avait bien compris », explique Abou Hafs à Lemine Ould Salem.

Le 11 septembre 2001, il est midi à Khost, là où s’est installé Ben Laden, quand ce dernier, surexcité, se tourne vers son garde du corps yéménite : « Il est très important que nous puissions regarder les infos aujourd’hui ! »

Pirates de l’air

Il vient de recevoir un message de Mohammed Atta qui lui a confirmé que les pirates de l’air ont embarqué sans encombre. Il est environ 4h30 à New York.

Mais, pour le moment, l’écran affiche une neige désespérante : le garde du corps a beau manipuler le satellite, le tourner dans tous les sens, rien n’y fait. Ben Laden ne cache pas son agacement : il va devoir écouter la radio, alors que le monde pourra regarder l’événement qu’il a lui-même organisé en direct à la télévision.

Le cheikh dit que tu devrais écouter les bonnes nouvelles

Il a prévenu tous les membres d’Al-Qaïda présents en Afghanistan : qu’ils suivent les informations aujourd’hui. Ne tenant pas en place, Ben Laden saisit un talkie-walkie et lance un appel : son conseiller Abou Hafs doit le rejoindre.

Mais ce dernier, à qui il n’a plus adressé la parole depuis sa démission quelques mois plus tôt, est occupé à Kandahar. Le messager de Ben Laden l’interrompt tout de même dans ses travaux : « Le cheikh dit que tu devrais écouter les bonnes nouvelles. »

Abou Hafs comprend immédiatement de quoi il s’agit, et rentre illico chez lui. Il passera l’après-midi l’oreille rivée au poste. Aux alentours de 17 heures (8h30 à New York), la nouvelle tombe : un avion vient de s’écraser sur une des tours du World Trade Center. Puis un deuxième.

De l’extérieur, des cris de joie et des rires parviennent aux oreilles de Abou Hafs : le XXIe siècle vient de commencer.

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