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Cet article est issu du dossier «[Série] Le 11-Septembre raconté par Al-Qaïda»

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Sécurité

[Série] 11-Septembre : comment Oussama Ben Laden a imposé son projet d’attentat (2/4)

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Mis à jour le 11 septembre 2020 à 15h48
Oussama Ben Laden, en 2001, en Afghanistan.

Oussama Ben Laden, en 2001, en Afghanistan. © AFP PHOTO/HO

Quand le chef d’Al-Qaïda commence à évoquer une attaque d’ampleur contre l’Amérique, la décision est loin de faire l’unanimité au sein de l’organisation.

Les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, et la réplique ratée des Américains, ne forcent pas l’enthousiasme de Abou Hafs pour la nouvelle orientation d’Al-Qaïda.

Peu à peu, les relations entre Oussam Ben Laden et son référent Charia mauritanien se font plus conflictuelles. Abou Hafs est de moins en moins présent aux réunions des cadres de l’organisation et préfère se consacrer à son Institut d’études islamiques et arabes à Kandahar, auprès du mollah Omar.

Ce dernier, en principe commandeur des croyants en Afghanistan, demande à nouveau à Ben Laden de suspendre ses projets d’actions militaires contre les États-Unis, et goûte peu le manque d’empressement de Ben Laden à lui obéir.

Désaccord

La nouvelle position de Abou Hafs auprès du chef des talibans n’est certainement pas étrangère à l’évolution de ses rapports avec le Saoudien. À qui il fait franchement part de son désaccord quant à sa manière de gérer l’organisation en soliste.

Le mufti apprécie peu de ne plus être consulté, sans que l’on ne parvienne à déterminer précisément si ce n’est pas l’attitude de Abou Hafs lui-même qui a incité Ben Laden à ne plus tenir compte de ses avis.

Jusqu’à ce jour, donc, de juin 2001, où Ben Laden convoque une séance extraordinaire des différentes instances d’Al-Qaïda, au cours de laquelle le chef saoudien annonce sa volonté d’initier une confrontation « physique » avec les États-Unis, sans entrer plus avant dans les détails des opérations prévues.

Selon Ben Laden, cette opération démontrerait que l’Amérique n’était pas la puissance que l’on imaginait

« Selon lui, cette opération allait être une véritable déflagration, elle secouerait la planète entière, et démontrerait que l’Amérique n’était pas la puissance que l’on imaginait », témoigne Abou Hafs. Ce qui n’empêche pas plusieurs cadres de faire entendre des réserves sur le plan – trop risqué selon eux – de Ben Laden.

C’est au tour de Abou Hafs de parler. Il rappelle que toute action non autorisée par le mollah Omar est illégale, et s’appuie sur plusieurs versets du Coran — « (…) Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes » — pour démontrer que les actions évoquées par Ben Laden ne se justifient pas religieusement.

Les nombreuses victimes civiles des deux attentats africains ont-elles fait réfléchir Abou Hafs, ou sent-il simplement le vent tourner comme semble le penser Lemine Ould Salem ?

Ambiance houleuse

D’autres témoignages, compilés dans l’ouvrage The Exile (de Cathy Scott-Clark et Adrian Levy) rendent compte d’une ambiance plus houleuse encore.

Ben Laden aurait été confronté à une forte opposition à ses projets, pas simplement des « réserves ». Abou Musab al-Suri, son proche conseiller syrien, aurait même averti Ben Laden que ses projets « nuiront à Al-Qaïda et lui aliéneront la communauté musulmane ».

« Al-Qaïda n’est pas une organisation, ni un groupe, et nous ne voulons pas qu’il le devienne. C’est un appel, une référence, une méthodologie », rappelle même le très respecté cadre syrien.

Face à la fureur manifeste de Ben Laden, plusieurs cadres demandent de trancher la question par un vote

Abou Hafs aurait, lui, procédé à une attaque en règle de la gestion de Ben Laden, l’accusant de ne pas obéir à l’émir des talibans alors qu’il reconnaît sa légitimité : « Dans les affaires courantes, tu n’acceptes pas les avis de la shura [le conseil]. Et dans les affaires religieuses, tu ne te soumets pas aux ordonnances du comité légal », assène-t-il au chef saoudien.

Face à la fureur manifeste de Ben Laden, plusieurs cadres demandent de trancher la question par un vote. Craignant de ne pas l’emporter, Ben Laden rejette l’idée : « La décision a déjà été prise. »

« Opportuniste »

Symptomatique de son rapport pour le moins « opportuniste » aux commandements divins, Ben Laden prend Abou Hafs à part à la fin de la réunion : « Il insistait pour que je procède à de nouvelles recherches sur le sujet d’un point de vue de la Charia. » En vain.

Un mois plus tard, Abou Hafs remet sa démission à Ben Laden, qui semble décidé à se passer de son feu vert théologique. Le mufti assure à Lemine Ould Salem qu’il ignorait la nature précise des actions à venir. Une manière de se couvrir ?

Quoi qu’il en soit, Ben Laden va ressortir de ses vieux cartons une idée qui lui est venue en février 1993, alors qu’il est installé avec Abou Hafs au Soudan.

Le 26 février 1993 exactement. Ce jour-là, une voiture piégée explose dans le garage de la tour n°2 du World Trade Center à New York, faisant 6 morts et des milliers de blessés.

Commandité par le prédicateur égyptien et chef de la Gamaa islamiyya Omar Abdel Rahmane (qui décède en 2017 dans le centre pénitencier de Butner en Caroline du Nord), l’attentat est le fruit de l’imagination d’un Koweïtien d’origine pakistanaise : un certain Khaled Cheikh Mohammed (KCM).

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