Dossier

Cet article est issu du dossier «[Série] Le 11-Septembre raconté par Al-Qaïda»

Voir tout le sommaire
Sécurité

[Série] 11-Septembre : dans la tête d’Oussama Ben Laden (1/4)

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 11 septembre 2020 à 15h15
Oussama Ben Laden, à Kaboul, en décembre 1998.

Oussama Ben Laden, à Kaboul, en décembre 1998. © AL JAZIRA TV / AFP

Réfugié en Afghanistan depuis sa fuite du Soudan en 1996, le chef d’Al-Qaïda se lance dans une stratégie de confrontation avec les États-Unis.

« Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. » (Coran, Sourate de la Vache, verset 216) Certes, le Livre Saint semble assez peu ambigu sur la nécessité pour les musulmans de défendre leur religion par les armes, mais ce combat peut-il viser des civils, même « mécréants » ?

Le Prophète n’a t-il pas insisté sur l’obligation faite à tout combattant musulman de « ne pas mutiler les dépouilles des ennemis, de ne tuer ni femmes, ni enfants, ni vieillards, (…) de ne détruire aucun lieu habité (…) et de ne pas se rendre coupable de lâcheté ? » Surtout, n’est-ce pas extrêmement risqué pour la survie même d’Al-Qaïda ? Oussama ne va-t-il pas trop loin cette fois ?

Réticences

Ces réflexions trottent dans la tête de Abou Hafs, numéro 3 de l’organisation terroriste, après la réunion à laquelle il vient d’assister en compagnie des cadres d’Al-Qaïda et de son ami Oussama Ben Laden, en ce jour de juin 2001. Le chef d’Al-Qaïda lui a confié un projet « d’attaques inédites et massives contre les États-Unis (…) ». Sans en dire plus.

L’organisation terroriste est depuis 1996 et son départ forcé du Soudan, réfugiée en Afghanistan, sous la protection du mollah Omar, l’émir des talibans.

Dès son arrivée à Kandahar, Ben Laden a opté pour une stratégie de confrontation avec les États-Unis, publiant même une « Déclaration de guerre contre les Américains occupant le pays des deux lieux saints [l’Arabie saoudite] », puis une fatwa qui proclame « le devoir personnel de chaque musulman qui se trouverait dans la position de le faire de tuer des Américains civils ou militaires ».

Le mollah Omar proteste – d’abord timidement – contre ces provocations qui attirent l’attention sur un régime taliban en quête de reconnaissance internationale.

Ben Laden estime que le jihad contre les Américains est un devoir absolu pour tout musulman

En 1998, le chef des talibans doit même éconduire le prince saoudien Turki al-Fayçal, alors patron des services secrets saoudiens, venu en personne le convaincre de lui livrer Oussama Ben Laden.

Le mollah Omar supporte mal d’avoir à choisir entre son devoir d’hospitalité, dicté par le Pachtounwali (le code de l’honneur des Pachtounes), et l’Arabie saoudite, alors l’un des seuls États à reconnaître son autorité en Afghanistan.

Bourbier afghan

Il le fait savoir – d’abord discrètement – au chef d’Al Qaïda. Qui s’obstine : « Le jihad contre les Américains est un devoir absolu pour tout musulman », rétorque le Saoudien, dans le souvenir d’Abou Hafs. Lequel comprend que son ami Ben Laden entend déjà attirer les Américains dans un bourbier afghan, sans se soucier du sort des talibans. Mais Abou Hafs met pour le moment ses réticences en sourdine.

Première conséquence de l’appel au jihad de Ben Laden : le 7 août 1998, les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et Dar es Salam (Tanzanie) sont la cible d’attentats à la voiture piégée. Le bilan est extrêmement lourd : 224 morts (12 Américains) et plus de 4000 blessés.

La réaction américaine est aussi vive que maladroite

La réaction américaine est aussi vive que maladroite : des missiles de croisière de la US Navy s’écrasent sur des camps d’entraînement, fauchant une trentaine d’apprentis jihadistes. Mais épargnent les dirigeants d’Al-Qaïda.

Le raté renforce en Afghanistan le prestige du groupe terroriste, et fait taire, pour un temps, les récriminations du mollah Omar : « Même les talibans, qui avaient interdit à Ben Laden toute action militaire sans leur aval, se sont montrés solidaires.

Et les pressions des Américains et de l’Arabie saoudite, qui avaient dépêché de nouveaux émissaires auprès des talibans pour se faire livrer Ben Laden, sont restées vaines », confie Abou Hafs au journaliste Lemine Ould Salem (dans L’Histoire secrète du Djihad, éd. Flammarion, 2018). L’engrenage qui mènera aux attentats du 11-Septembre est déjà en place.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA309_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte