Mode

Gambela Market, la marque qui veut dépolluer le wax

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Mis à jour le 11 septembre 2020 à 12h55
Chutes de tissu wax

Chutes de tissu wax © Gambela Market

Très prisée, la production du wax est jugée nocive pour l’environnement. Certains acteurs comme la marque parisienne Gambela Market se tournent donc vers l’upcycling, ou l’art de récupérer des chutes pour créer des vêtements originaux. 

Le succès du wax n’est plus à prouver dans le secteur de l’habillement. Pourtant, à l’heure de l’urgence écologique, de nombreuses étoffes sont imprimées en Chine selon des techniques moins durables que l’original tissu hollandais. Et parcourent des milliers de kilomètres pour arriver jusqu’à Château Rouge, quartier emblématique de la vente de tissus afros à Paris. Niveau empreinte carbone, on repassera.

La cire utilisée pour garantir la bonne impression des motifs colorés est quant à elle assez nocive pour l’environnement, puisqu’elle finit par s’écouler dans l’eau. Même constat du côté des teintures, qui depuis l’industrialisation de la technique, sont majoritairement composées de colorants chimiques.

En outre, avec plus de 70 millions de yard (environ 64 millions de mètres) produits chaque année par le géant du genre, l’Hollandais Vlisco, le marché du wax participe considérablement à la surproduction de textile dont le secteur de la mode, deuxième industrie la plus polluante au monde, est responsable.

Des pertes de tissus colossales

De nombreuses boutiques sont spécialisées dans la vente de pans de tissus, quand d’autres ont creusé leur sillon dans le prêt-à-porter. Or, la découpe des vêtements génèrerait entre 20 et 30 % de chutes.« Les pertes de tissus sont colossales et finissent quasi toutes… à la poubelle ! », grince Aude Renoud-Tsasa, fondatrice de la marque Gambela Market, lancée en mars 2020 et spécialisée dans le streetwear et les accessoires confectionnés à partir de chutes de wax.

Face à ce surplus de matière première, l’entrepreneure a décidé de prendre le problème à bras-le-corps en s’associant à trois couturiers du 18e arrondissement de Paris. Pourquoi jeter quand on peut récupérer ? Au total, ce sont entre 50 et 100 litres de sacs poubelle remplis de chutes en vrac « bien tassées » qu’elle récupère tous les mois.

Elle s’en sert pour confectionner ses vêtements, tote bags, carnets, pochettes d’ordinateur, casquettes et autres headbands réalisés selon la méthode de l’upcycling (ou surcyclage). Cette tendance écolo-friendly repose sur l’art de recycler une matière existante en lui apportant de la valeur ajoutée.

« Le plus difficile a été de réfléchir à une collection à peu près permanente, car les bouts de tissus récoltés ont des calibres à géométrie très variable », concède celle qui revend ses créations sur sa boutique en ligne ou lors d’événements. De simples sweats (vendus 55 et 60 €) et t-shirts (à 35 et 40 €) sont ainsi rehaussés d’un empiècement en wax (une poche ou un patchwork) récupéré pendant la collecte.

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Matières durables

Le tri est une étape chronophage. « Il faut classer chaque chute par taille (petite, moyenne et grande), et par qualité (chinois ou hollandais), laver pour éviter que le tissu ne dégorge, pour ensuite pouvoir passer à la conception », détaille celle qui centralise toute son activité à son domicile, avec l’espoir d’ouvrir à terme un atelier d’insertion.

Pour optimiser chaque morceau de wax, même le plus modeste, et aller jusqu’au bout d’une démarche qu’elle souhaite vertueuse et basée sur l’économie circulaire (zéro déchet), Aude Renoud-Tsasa mise avant tout sur les accessoires. « Nous réparons des bijoux cassés et les ornons de tissus », glisse-t-elle.

Proche de la customisation, le travail de Gambela Market se distingue grâce au choix des matières qui se veulent exclusivement durables : coton biologique certifié Oeko-Tex (label garantissant l’absence de produits toxiques pour le corps et l’environnement) et aucune matière provenant de la fast-fashion.

Un créneau qui répond à la prise de conscience environnementale encore récente dans le secteur de la mode. Rares sont en effet les marques ayant fait le choix de la revalorisation du wax via l’upcycling. La plateforme Afrikrea, acteur majeur du e-commerce spécialisée dans la création africaine, ne recense qu’une vingtaine d’articles de mode surcyclés à partir de tissus wax, provenant tous de particuliers. Gambela Market pourrait bien ouvrir la voie à une nouvelle offre de wax écolo !

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