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Comment le coronavirus a dopé l’activité de la tunisienne SAH Lilas

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Mis à jour le 11 septembre 2020 à 12h02
Jalila Meni, PDG de SAH

Jalila Meni, PDG de SAH © SAH Lilas

Après trois années délicates, la société de produits hygiéniques SAH Lilas voit ses ventes exploser et poursuit sa conquête des marchés africains.

Durant le confinement estival, les Tunisiens se sont rués sur les aliments non périssables (pâtes et riz), mais aussi sur les produits d’hygiène comme l’eau de Javel, les couches, le papier essuie-tout, etc… Cette frénésie de stockage se retrouve dans les très bons chiffres de SAH Lilas en 2020. Le groupe de quelque 4 000 salariés cofondé par Jalila Mezni et Mounir el-Jaiez en 2014 a augmenté, au premier semestre, ses revenus consolidés de 33,5 %, pour atteindre 328,8 millions de dinars (102,2 millions d’euros).

Si le cœur de métier – produits d’hygiènes pour bébés et adultes – a progressé de 15 % en moyenne, c’est surtout la forte activité de la filiale Azur détergent (eau de Javel, nettoyant surfaces, liquide vaisselle et produits pour machine à laver), ouverte en 2019, qui a tiré le groupe vers les sommets. Ses produits ont représenté 20 % des ventes de SAH sur les six premiers mois de l’année. Un succès qui devrait continuer car une seconde ligne de production de la marque de détergent sera opérationnelle en 2021.

Même les exportations, qui représentent un tiers des ventes, ont connu une légère embellie (+6,7 %) malgré la fermeture des frontières grâce notamment à la politique d’installation de sites sur place. Ainsi, l’usine de Tripoli a connu un regain d’activité (+21 %) avec la fin de la guerre dans la capitale libyenne.

Des dividendes aux actionnaires

Même si le groupe met en avant les salariés touchés par le virus et les problèmes de logistique, le coronavirus a conforté la politique de forts investissements – 300 millions de dinars (93 millions d’euros) entre 2016 et 2019 – menés par le binôme de dirigeants, qui depuis l’assemblée générale de juin se sont répartis les tâches : à Jalila Mezni, 37e femme la plus influente du Moyen-Orient en 2020 par le magazine Forbes Middle East, la direction générale et à Mounir el-Jaiez la présidence du conseil d’administration.

Luxe suprême, SAH s’est permis de verser, en juillet, un dividende de 0,150 dinar par action, soit un payout de 55 %, à ses actionnaires après trois ans de disette alors que la plupart des sociétés de la place de Tunis décidaient de garder leurs ressources pour amortir les effets néfastes de la pandémie. De quoi calmer les quelques actionnaires frileux, qui lors d’une communication financière à l’automne 2018, s’étaient alarmés de l’ampleur des investissements, du faible montant de la recapitalisation de 50 millions de dinars (15 millions d’euros), des retards dans la mise en route des nouvelles usines et lignes de production, et pointaient du doigt la hausse de l’endettement à près de 295 millions de dinars (près de 92 millions d’euros).

Vendeur de couches à ses débuts, SAH a tout pour devenir un mastodonte du secteur de l’hygiène en Afrique

« C’est une star de notre portefeuille. De vendeur de couches en Tunisie à ses débuts dans les années 90, le groupe est devenu un acteur nord africain majeur dans le secteur de l’hygiène personnelle. Un nouveau cap est franchi avec la réussite des détergents lancés en 2019 qui peut faire de SAH un mastodonte du secteur de l’hygiène en général en Afrique», se félicite Adel Goucha, partenaire au sein de la société de gestion RMBV qui gère le fonds ANAF II, présent dans le capital de SAH. Piloté par Ahmed Badreldin, la société basée aux Pays-Bas se compose d’anciens de l’équipe Afrique du Nord du capital-risqueur dubaïote Abraaj, liquidé en 2018 et qui contrôlait précédemment ANAF II.

Poursuite de la conquête africaine

« Dans une conjoncture malmenée par la crise du COVID-19, le titre représente une opportunité d’investissement intéressante à bien des égards: il s’agit d’une valeur défensive et de croissance, d’une valeur internationale et d’une cible de choix pour les investisseurs institutionnels en quête de « Blue chips » [action de société considérée comme fiable] (…) Le groupe est sur le point d’entamer une phase de génération de cash flow, et de désendettement et de récolter les fruits de ses investissements dans les prochaines années », analyse le leader de l’intermédiation en bourse, Tunisie Valeurs, dans une note de juin intitulée « Des stratégies gagnantes pour une croissance pérenne ».

La direction du groupe table sur un revenu d’au moins 688 millions de dinars (214 millions d’euros, +20 %) à la fin de l’année. Si le temps du retour sur investissement est arrivé, Jalila Mezni ne compte pas arrêter la marche en avant. Un département « Investor Relations » a été mis en place pour favoriser le développement.

Plus que jamais la société veut faire de la conquête de l’Afrique, son second pilier de croissance avec la diversification des produits. Présent dans une quinzaine de pays continentaux, le groupe est déjà numéro 1 sur le segment des couches bébés en Tunisie, Libye et Mauritanie ; top 3 au Sénégal, en Côte d’Ivoire et top 5 en Algérie. L’an dernier, les ventes dans la région de l’Uemoa ont quasiment doublé, tirées par la forte croissance de la filiale SAH Côte d’Ivoire (+250 %), ouverte en 2018.

La société devrait inaugurer, prochainement mais avec retard, une usine de production de couches bébés et de papiers (essuie-tout, serviettes, mouchoirs, etc.) au Sénégal, qui sera son cinquième pays d’implantation. Le Sénégal servira de plateforme pour les pays limitrophes. SAH prospecte aussi au Kenya pour pénétrer l’Afrique anglophone. Dans une moindre mesure, les régions Golfe et Moyen-Orient, bien que très concurrentiels avec la présence des géants mondiaux du secteur de l’hygiène, sont aussi dans le viseur, notamment le Qatar, la Jordanie et le Liban.

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