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Hinda Déby Itno

La pasionaria de N'Djamena

N’Djamena, le 1er février 2006. La place de l’Indépendance de la capitale est comme prise d’assaut par des milliers de femmes venues des quatre coins du pays. Les regards de la foule convergent vers la tribune officielle. Aux premières loges, le Premier ministre Pascal Yoadimanadji et l’ensemble de son équipe gouvernementale. Derrière, les membres du Parlement. Au beau milieu de l’aréopage, une femme basanée, ni très grande ni très petite, belle et élégante. Soudain, elle se lève, ajuste son voile transparent avant d’entamer son discours. Courbettes des dignitaires.
C’est pratiquement la toute première fois que le Tout-N’Djamena découvre Hinda Déby Itno, l’une des quatre premières dames du Tchad. Idriss Déby Itno (IDI) l’a épousée quelques mois plus tôt. Peu de temps après l’avoir rencontrée au cours d’une soirée de la bonne société de la capitale. Le mariage a été célébré sous une vaste tente en plein désert, en présence de diplomates en poste à N’Djamena.

En ce 1er février, cette ancienne étudiante en gestion des entreprises au Maroc, âgée de 29 ans, révèle ses talents de pasionaria. Elle n’a pas froid aux yeux. Et s’exprime avec aisance en public : « Cette manifestation prouve la maturité de la femme tchadienne à prendre son destin en main », dit-elle. Et d’enchaîner à l’adresse de ses « surs » et sous une pluie d’applaudissements : « Vous avez vous-mêmes choisi ce jour [] pour dire non aux envahisseurs à la solde de l’étranger, non à l’agression extérieure, non au diktat de la Banque mondiale. »
On avait déjà vu Hinda prendre la parole, notamment lors de la rencontre des épouses de chefs d’État africains en décembre 2005 à Bamako, en marge du 23e sommet Afrique-France. Mais cette sortie sur la place de l’Indépendance marque un tournant dans la vie publique de la première dame. « Ce n’est pas le ton résolument nationaliste du discours qui a le plus frappé les esprits, mais la capacité de Hinda à susciter, presque toute seule, un tel élan de soutien au régime de son mari menacé par les rebelles et en conflit ouvert avec les institutions financières internationales », commente un connaisseur des affaires tchadiennes.
De fait, ce fut un moment charnière. Depuis cette date, la nouvelle épouse outrepasse allègrement les missions traditionnelles, purement honorifiques, dévolues à la femme d’un chef d’État. Ses coépouses, notamment Wazina ou encore Halimé, mère des enfants d’IDI – une bonne dizaine -, s’étaient cantonnées à ce rôle, plus en retrait. Pas Hinda, qui est non seulement la confidente de son président de mari, mais aussi sa conseillère et sa collaboratrice la plus proche et la plus écoutée. IDI ne se montre plus en public sans sa jeune épouse, qui fut d’abord sa secrétaire particulière à la place de Brahim (29 ans), son fils et dauphin putatif.
Jusque-là, Hinda était perçue comme une simple femme influente du sérail. Sans plus Elle a gravi depuis les échelons et se retrouve presque toujours aux côtés de son époux. Il en est ainsi, quand, au lendemain de l’assaut lancé, le 13 avril, par les rebelles du Front uni pour le changement (FUC) contre N’Djamena, le couple présidentiel parcourt les artères de la capitale pour remonter le moral de ses partisans. Tout comme à la veille de la présidentielle du 3 mai, lorsque IDI et Hinda ont fait le tour du pays. Il n’en a pas fallu davantage pour que plus personne ne mette en doute le faible que le président (54 ans) a pour sa jeune femme. Même si certains l’expliquent par des arrière-pensées présidentielles : en contractant ce mariage et en mettant en avant la belle Hinda, disent-ils, le maître de N’Djamena, boudé y compris par une partie de sa propre famille, sollicite l’appui du clan tribal de son épouse. Née Mahamat Acyl, Hinda est en effet originaire d’Ouddaï, région frontalière du Soudan peuplée ?d’Arabes et de Mabas, qui sont notoirement sensibles aux sirènes de la rébellion. Elle passe pour pouvoir empêcher un tel rapprochement. Elle s’y emploie tout comme elle a mis tout son charme et tout son entregent au service de la réélection du président, candidat à sa propre succession. À force de subventions aux associations et aux journalistes de la presse d’État gratifiée de trente motos. Sans doute pour leur permettre de mieux couvrir la campagne électorale.

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