Politique

Libye : Turcs et Américains à la rescousse de Fathi Bachagha

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Mis à jour le 04 septembre 2020 à 18h13
A l'issue d'une réunion du Conseil présidentiel, vendredi 28 août, le ministre de l'Intérieur Fathi Bachagha a été "suspendu". (Ici, le 29 août 2020.)

A l'issue d'une réunion du Conseil présidentiel, vendredi 28 août, le ministre de l'Intérieur Fathi Bachagha a été "suspendu". (Ici, le 29 août 2020.) © AFP

Fathi Bachagha a pu sauver in extremis son siège de ministre. Après sa suspension, le Premier ministre Fayez al-Sarraj a subi les remontrances de Washington et d’Ankara. Explications.

Le Misrati Fathi Bachagha doit son retour le 4 septembre à son poste de ministre de l’intérieur du Gouvernement d’entente nationale (GNA) aux pressions américaines et turques. En coulisses, Washington comme Ankara ont ferraillé auprès du Premier ministre Fayez al-Sarraj pour réintégrer le ministre qu’il avait suspendu le 28 août.

Cet activisme du côté d’Ankara n’a rien de surprenant. Fathi Bachagha est en effet l’un des relais turcs au sein du GNA et reste proche des réseaux des Frères musulmans turcs. Depuis l’implication de la Turquie en Libye en janvier, le Misrati a toujours été en première ligne pour négocier les accords de coopération maritime puis militaire signés en janvier et juillet avec le président Recep Tayyip Erdogan. Fathi Bachagha était d’ailleurs en visite en Turquie le 28 août, où il rencontrait le ministre de la Défense turc, Hulusi Akar, le jour même de sa mise à pied.

En plus de ses connexions turques, Fathi Bachagha demeure par Washington, dont il a l’oreille. Il avait été reçu en février au Pentagone. Homme fort du gouvernement et soutenu par la puissante cité de Misrata, le ministre rassure le Département d’État, inquiet d’une résurgence du terrorisme dans le pays en proie à la guerre. Fathi Bachagha a ainsi tenté de décliner un plan de désengagement des milices qui structurent le pouvoir à Tripoli.

Bachagha affaibli à Tripoli

Ceci explique le tweet de l’ambassadeur américain Richard Norland le 29 août, rappelant que les « Les États-Unis (…) apprécient le partenariat étroit avec le Premier ministre Sarraj et le ministre de l’Intérieur Bashaga (sic) et appellent à la coopération dans l’intérêt d’une bonne gouvernance pour le peuple libyen ».

 

Sous le coup d’une enquête administrative concernant ses déclarations à la suite des manifestations contre les conditions de vie à Tripoli du 23 août, Fathi Bachagha a été rétabli dans ses fonctions par un décret de Fayez al-Sarraj publié le 4 septembre.

Mais si Américains et Turcs sont parvenus à obtenir son retour au ministère de l’Intérieur, le Misrati a perdu sa mainmise sur le ministère de la Défense qu’il dirigeait officieusement. Fayez al-Sarraj y a nommé le 29 août Salah al-Namroush.

Fathi Bachagha a été accueilli en fanfare sous les feu d’artifices à Misrata le 4 septembre. Mais cette effusion de joie de la part des milices misraties est loin d’être partagée à Tripoli. Fathi Bachagha y sera de nouveau à couteaux tirés avec la puissante milice Nawasi, commandée par Mustafa Gaddur, qui a manœuvré pour l’évincer. Or Fayez al-Sarraj peine à se couper de cette milice, devenue incontournable dans la capitale.

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