Politique économique

Tunisie : qui est Ali Kooli, le « super ministre » de l’Économie ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Mis à jour le 06 septembre 2020 à 12h38
Ali Koolin, ministre tunisien de l'Économie.

Ali Koolin, ministre tunisien de l'Économie. © hichem

Cet ancien banquier, qui cumule les portefeuilles de l’Économie, des Finances et du Soutien à l’investissement, doit stopper d’urgence l’hémorragie des deniers publics.

Le 3 septembre, Ali Kooli a prêté serment et reçu une double passation, de Nizar Yaïche, ex-ministre tunisien des Finances, et de Selim Azzabi, qui détenait le portefeuille de l’Investissement et de la Coopération internationale.

Celui qui s’apprête à prendre ses quartiers dans l’aile privée de l’ancien sérail des monarques de Tunis, devenu siège du ministère des Finances à la Kasbah, avait pourtant décliné le portefeuille des Finances proposé par les chefs de gouvernements précédents, Habib Jemli puis par Elyès Fakhfakh.

Mais il a convaincu Hichem Mechichi de rassembler différentes dimensions économiques au sein d’un seul ministère : l’Économie – un ministère qui avait disparu de l’organigramme gouvernemental depuis 2012 -, les Finances et le Soutien aux entreprises.

Meilleure marge de manœuvre

Un triptyque auquel s’ajoute un volet « contentieux de l’État », et qui permet de rejoindre l’approche transversale défendue depuis plusieurs années par des économistes, mais aussi par le parti Afek Tounes, dont Ali Kooli est l’un des membres fondateurs. « Il aurait pu être un diplomate ; on ne sait pas comment il fait, mais il obtient toujours ce qu’il veut », commente l’un de ses amis.

Ce portefeuille élargi donne au nouveau ministre une assise plus consistante pour opérer les réformes prévues par l’exécutif. Car la tâche qui l’attend n’est pas mince : il s’agit d’arrêter l’hémorragie des finances publiques, d’améliorer les ressources de l’État ou encore de relancer l’investissement, alors que le pays, dont les finances étaient déjà fragiles avant la pandémie, subit de plein fouet le ralentissement de l’activité lié au coronavirus.

La croissance économique tunisienne – déjà faible ces dernières années – est en net recul du fait de la pandémie du Covid-19. En avril, le FMI et les autorités de Tunis anticipaient une baisse de -4,3 % du PIB en 2020, contre +1 % en 2019 et +1,5 % anticipé avant la pandémie. En juillet, la Banque centrale de Tunisie a réduit cette prédiction à -6,5%…

Le FMI prévoit un recul de l’investissement de 18,9 % du PIB en 2019 à 10,6 % en 2020. Le déficit et la dette publics en recul l’an dernier après des années d’augmentation repartent à la hausse. En avril, la dette publique extérieure du pays était anticipée à 83,4 milliards de dollars fin 2020, contre 65 milliards en 2019.

L’urgence de ce mois de septembre sera de finaliser la loi de Finances 2021, malgré tous les aléas sanitaires et économiques. Ali Kooli sera pour cela secondé par Khalil Chtourou, secrétaire d’État chargé des finances publiques et de l’investissement et ancien chef de cabinet au ministère des Finances. Ils devront, ensemble, faire face aux besoins de trésorerie, aux demandes syndicales et à une rentrée sociale qui s’annonce mouvementée.

Pur produit de la finance

Certains observateurs craignent déjà que le profil libéral d’Ali Kooli n’inquiète la très active Union générale tunisienne du travail (UGTT), notamment sur les questions de privatisation. « Le ministre devra mettre en place des relais avec le syndicat », prévient un ancien ministre.

Car c’est à un pur financier que Hichem Mechichi a fait appel pour gérer les finances du pays : à près de 60 ans, il affiche plus de trente ans de carrière dans le secteur bancaire, et était depuis 2010 directeur général de la filiale en Tunisie du bahreïnien Bank ABC (Arab Banking Corporation), tout en présidant le conseil d’administration d’Arab Leasing Corporation en Algérie.

Fin 2019, le total de bilan de Bank ABC en Tunisie a franchi la barre de 1 milliard de dinars (329 millions d’euros), soit deux fois le niveau atteint en 2014. Ses revenus ont également doublé sur la même période à 25 millions de dinars en 2018 (derniers chiffres publiés)

Précédemment, Ali Kooli a occupé les postes de directeur adjoint de la filiale au Japon de l’Union de banques arabes et françaises (Ubaf, filiale de Crédit lyonnais) puis de responsable de développement à la Société générale (SG) ou encore de directeur général et membre du conseil d’administration de la filiale jordanienne de la banque française. Il a également été directeur général adjoint puis directeur général de l’Union internationale de banques (UIB), la filiale tunisienne de SG.

« Tombé dans le bain politique »

Un parcours qui lui permet d’avoir un solide carnet d’adresses et de savoir comment tenir les négociations avec les bailleurs de fonds internationaux dont le FMI et la Banque mondiale qui attendaient depuis plusieurs mois un retour de la stabilité en Tunisie.

Natif de Tunis mais issu du Sahel, ce père de deux enfants est le fils de Mongi Kooli, avocat respecté et compagnon de Bourguiba – auquel il savait tenir tête.

Le nouveau ministre est « tombé dans le bain politique quand il était petit ; une carrière dans le privé ne l’a pas empêché de se sentir concerné par la politique et d’avoir un sens très fin de l’État » rapporte un ancien d’Afek Tounes.

Et ce, même si Ali Kooli, diplômé de l’Institut des hautes études commerciales de Nice et de l’Ecole supérieure de management de Lyon, avait décidé, en 2016, de prendre ses distances avec la politique.

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