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Cet article est issu du dossier «[Série] Côte d'Ivoire : dix chantiers phares»

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Société

[Série] Côte d’Ivoire : une éducation à refaire (8/10)

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École Jean Delafosse des 220 logements, à Abidjan, en Côte d'Ivoire

École Jean Delafosse des 220 logements, à Abidjan, en Côte d'Ivoire © Guillaume Binet / MYOP pour JA

La politique de scolarisation obligatoire lancée par Alassane Ouattara en 2015 peine à porter ses fruits.

Depuis 2015, l’école est devenue obligatoire pour tous les enfants ivoiriens âgés de 6 à 16 ans. C’était une priorité d’Alassane Ouattara depuis son accession à la présidence. Mais, avant de pouvoir rendre l’école obligatoire pour les élèves du primaire et les collégiens, encore fallait-il aménager assez de salles de classe et recruter assez d’enseignants pour les accueillir.

Dotée pour sa mise en œuvre d’un budget de 700 milliards de F CFA (plus de 1 milliard d’euros), cette politique de scolarisation obligatoire (PSO) visait à « donner à toutes les filles et à tous les fils » de Côte d’Ivoire « le droit à l’éducation et à une formation de qualité ». « En cinq ans, nous avons ouvert davantage de classes qu’au cours des vingt années précédentes », soulignait Alassane Ouattara en 2018.

Les données fournies par la ministre de l’Éducation nationale, Kandia Camara, ont cependant révélé que 30 % des enfants âgés de 6 à 11 ans demeuraient hors du système scolaire en 2017.

Une scolarisation à deux vitesses

Pour cette même année, le « Rapport sur le développement humain 2018 » du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) indique que la durée moyenne de scolarisation d’un Ivoirien âgé de 25 ans et plus n’est encore que de 5,2 ans, au lieu d’une durée attendue de 9 ans… Un résultat toutefois similaire à la moyenne observée pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne (5,6 ans au lieu d’une durée attendue de 10,1 ans).

Les données du Pnud montrent par ailleurs que le taux d’alphabétisation en Côte d’Ivoire reste bas, à 43,9 % (contre 59,9 % en Afrique subsaharienne et 77 % au Ghana voisin), même s’il est supérieur chez les 15-24 ans, pour lesquels, grâce à la scolarisation, il dépasse 53 %. Malgré les investissements réalisés, les écoles, souvent vétustes et mal équipées, ne parviennent pas à absorber les nouveaux « contingents » d’élèves.

Toujours en 2017, le Réseau ivoirien pour la promotion de l’éducation pour tous (RIP-EPT) déplorait ainsi des effectifs pléthoriques par classe, le fait que les kits scolaires gratuits n’étaient pas toujours distribués aux élèves les plus démunis comme ils auraient dû l’être, un manque de cantines dans les écoles primaires et d’internats dans les établissements secondaires.

« L’éducation est à deux vitesses, constate un enseignant. Les personnes qui en ont les moyens mettent leurs enfants dans de bonnes écoles privées. Et le seul critère qui semble prévaloir pour le gouvernement n’est malheureusement pas celui de la qualité de l’enseignement, mais celui des grèves : s’il n’y a pas de grèves, c’est un critère de performance. »

Vers un meilleur suivi des enseignants ?

Afin, justement, de s’atteler à « l’amélioration de la qualité des apprentissages », l’exécutif a alloué un budget de 3 805,4 milliards de F CFA au secteur de l’éducation pour la période 2018-2020.

De nombreux professeurs ont été recrutés, dont 10 300 enseignants contractuels dans le primaire et le secondaire en 2019, mais leur formation et les critères de recrutement sont encore loin d’être satisfaisants. « Si les enseignants sont mal formés, ils formeront mal les enfants, et le système se nourrira de sa propre médiocrité », confie un professeur du supérieur qui plaide pour un « audit de l’enseignement ».

Dans cet esprit, à la mi-juillet, le gouvernement a annoncé qu’il souhaitait procéder à la nomination de 135 inspecteurs de l’enseignement pour renforcer l’encadrement, le suivi, le contrôle et l’évaluation du rendement pédagogique.

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