Politique

Tunisie : chez Attayar, l’incompréhension domine après la démission de Mohamed Abbou

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Mis à jour le 04 septembre 2020 à 13h10
Mohamed Abbou, ministre de la Fonction publique et de la lutte anti-corruption, à Tunis, Dar Dhiafa Palace, le 28 février 2020.

Mohamed Abbou, ministre de la Fonction publique et de la lutte anti-corruption, à Tunis, Dar Dhiafa Palace, le 28 février 2020. © © Hichem

Le secrétaire général du parti a jeté un pavé dans la marre en annonçant son retrait de la scène politique. Mais son parti s’oppose à sa décision.

Passé d’avocat opposant réprimé par le régime Ben Ali au statut d’homme politique de premier plan après la révolution de 2011, Mohamed Abbou renonce à la surprise générale à cette carrière.

Député puis dirigeant de feu le Congrès pour la République (CPR), ministre de la réforme administrative en 2012, il a ensuite co-fondé le Courant démocrate (Attayar) dont il était secrétaire général depuis avril 2019. Poste qu’il a quitté ce mercredi 2 septembre en faisant le bilan de son parcours durant les six derniers mois à la tête du ministère de la Fonction publique, de la gouvernance et de la lutte contre la corruption, dans le cadre de la passation de pouvoirs au cabinet du nouveau chef de gouvernement Hichem Mechichi.

Surprise

Le bureau politique d’Attayar, dont Abbou reste toutefois adhérent, rejette sa décision, espérant qu’il continue à encadrer sa formation. Ses camarades ne cachent pas leur surprise. « Nous avons découvert sa déclaration comme tout le monde dans les médias, on ne s’y attendait vraiment pas », confie le député Nabil Hajji, cofondateur et membre du Conseil national du parti. Le Courant démocrate tente encore de le dissuader. À défaut, son Conseil national sera contraint de lui trouver un remplaçant.

En déclarant que la vie politique lui a causé « plus de mal que de bien », c’est toute une classe qu’il incrimine. Il avait déjà mis en garde Hichem Mechichi début août contre les blocages qui entravent la lutte contre la corruption et le contrôle du financement des partis et appelé à ce que des lois encadrent ces pratiques.

Il est connu pour son franc-parler et son intransigeance, c’est une perte pour le paysage politique

Une dénonciation également récemment formulée par le président de l’Instance de lutte contre la corruption, Chawki Tabib, qui refuse, lui, au contraire de quitter son poste.

« Abbou a exprimé sa déception vis-à-vis de l’ensemble des politiciens soumis à des lobbys d’hommes d’affaires corrompus », commente Haykel Mekki député d’Echaab – parti allié à Attayar au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

« Il est connu pour son franc-parler et son intransigeance, c’est une perte pour le paysage politique tunisien et pour la transition », poursuit-il.

Son annonce fracassante a toutefois étouffé une partie de son message, dont ses dénonciations de soupçons de corruption dans des dossiers importants d’acquisition d’armes par exemple. Le mandat de ce chantre de la lutte contre la corruption a-t-il été entaché par le conflit d’intérêt qui a poussé vers la sortie son chef de gouvernement, Elyes Fakhfakh ? C’est l’avis de ses détracteurs et de certains de ses alliés.

Compromission ?

Abbou a été au premier plan de l’affaire en annonçant la cession des actions de Fakhfakh au sein de la société Vivan, opérant avec l’État dans des contrats de gestion des déchets. Il avait également dénoncé le fait que le parti à référentiel islamique Ennahdha a voulu faire tomber le gouvernement en se débarrassant de Fakhfakh, avant même les résultats de l’enquête sur cette affaire.

D’aucuns y ont vu des signes de compromission. « En quittant la scène politique, Mohamed Abbou s’est sacrifié pour sauvegarder l’image de son parti », va jusqu’à croire le président d’un bureau régional d’Attayar.

L’affaire Fakhfakh a peut-être joué car Attayar avait appuyé sa candidature

D’autres saluent au contraire son courage et son annonce de l’ouverture d’une enquête sur le cas Fakhfakh alors qu’il était membre de son cabinet. « L’affaire Fakhfakh a peut-être joué car Attayar avait appuyé sa candidature mais je ne pense pas que ce soit la raison principale, sinon il aurait démissionné de son poste de ministre pendant qu’il était en fonction », suppute Haykel Mekki.

« Son bilan de ministre est tout à fait honorable, il a ouvert de nombreux dossiers sur une période courte », le défend également son confrère au sein d’Echaab, Mohsen Arfaoui.

La rumeur donne deux autres ministres sortants membres d’Attayar démissionnaires : Ghazi Chaouachi et Mohamed Hamdi.  Chez Attayar, Nabil Hajji coupe court : « Ils n’ont pas exprimé cette intention à la réunion de notre bureau politique mercredi 2 septembre. »

Mais l’incompréhension domine parmi les membres du parti. « Peut-être veut-il laisser sa place aux jeunes », espère à Tunis Salim Missaoui, tout en se disant persuadé qu’Abbou, s’il renonce bel et bien à son poste, ne fera que s’éclipser. « Je  ne pense pas qu’une telle figure puisse disparaître de la classe politique, c’est peut-être le répit du guerrier, il reviendra par la force des choses », veut également croire Nabil Hajji.

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